3 août 1914 : l’état de siège est proclamé à Epinal



3 août 1914 Ferme de la Grande-Colombière (Est d’Epinal)

Je suis détaché comme médecin aide-major au 2ème bataillon du 170ème régiment d’infanterie.

J’ai comme médecin-auxiliaire, le Dr Caussade, chef de clinique à Nancy. En qualité de médecin du bataillon, je vais vivre désormais avec le commandant Molard, commandant le bataillon, le lieutenant Boulanger, commandant la section de mitrailleuses et le Dr Caussade.

C’est donc avec eux que je ferai « popote »1. Ce sont eux que je trouve à la ferme de la Grande-Colombière, à la sortie du faubourg d’Ambrail, à quinze cents mètres du centre d’Epinal. C’est là que se tient l’état-major du bataillon, tandis que les quatre compagnies sont dispersées dans les forts de Razimont et de la Mouche.

Mon régiment est un régiment de forteresse chargé de la défense de la place d’Epinal.

L’état de siège est proclamé à Epinal, les journaux n’y arrivent plus. Les « bouches inutiles » sont expulsées. Les magasins sont fermés, barricadés. On croirait que l’ennemi déjà fait le siège de la place !

Nous ne vivons que sur des bruits : Strasbourg est en feu et la révolte y gronde… Un zeppelin est passé cette nuit au-dessus d’Epinal… L’Allemagne propose deux milliards à la France à la condition que celle-ci s’abstienne dans le conflit Russo-Allemand !!…

Voici les seuls spectacles auxquels j’assiste : je vois passer de nombreux espions encadrés de baïonnettes, la région en est infestée. On a trouvé ce matin de nombreux fils téléphoniques coupés.

Tous les civils non mobilisables de la place sont réquisitionnés pour les travaux de défense. Je vois aller et venir sur la route de lamentables travailleurs : les uns boiteux, les autres poitrinaires, d’autres de 15 et 16 ans… Tout ce monde-là creuse des tranchées, abat des arbres, pose des piquets, établit des réseaux de fil de fer. Les routes sont barrées par des arbres abattus, par des machines aratoires. A chaque barrage une sentinelle qui ne laisse passer que sur le mot de ralliement.

Il fait chaud et orageux.

Des aéroplanes ronflent dans les airs.

A Nancy, paraît-il, on entend le canon tonner. La guerre serait-elle déclarée ?…

1 Faire popote : prendre ses repas.

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