Histoire de la BD dans la Nouvelle République: acte 10 Fêter la Chandeleur avec le Petzi gourmand



Avec Rasmus, Nounou, Petzi, Case Départ fête la Chandeleur. (Copyright Hansen/Editions Casterman)

Rien de tel qu’une bonne bouffe entre amis pour se remettre des émotions charentaises. Surtout si les amis en question ont entre trois et six ans et qu’avec un soda dont on taira le nom et une crème au chocolat aux noisettes dont on snobera la marque, ils vont dévorer des quantités astronomiques de crêpes. Voilà qui tombe bien, c’est la Chandeleur.

Oncle Erwann, qui n’est pourtant pas grand cuisinier, vous invite donc à partager ce festin avec Petzi, l’ourson danois, qui pendant quelques années, va animer la page Jeunes du jeudi de la Nouvelle République. Avec un bémol typiquement NR (c’est ce qui fait le charme de cette rubrique !), Petzi, star internationale des petits lecteurs, ne s’est PAS appelée Petzi tout de suite dans le quotidien régional. Explications.

Ils ont l'air drôlement contents d'arriver en France : un ourson adorable et son copain pingouin. Les bandes animalières fonctionnent toujours bien dans les années 50.

L’histoire

Comment la Nouvelle République a-t-elle choisi de publier une bande dessinée pour enfants venue de Copenhague (Danemark), mystère ?

D’autant plus que cette bande se présentait sous la forme d’une page entière d’album et que le journal abandonnait donc, par la même occasion, la formule des strips qui avait assuré le démarrage de la BD dans ses colonnes.

En fait, Matho Tonga (western du hollandais Hans Kresse de l’équipe Toonder) avait déjà débuté (oui, oui, oncle Erwann en reparlera) et la page du jeudi se composait de plusieurs BD, soit pleine page, soit en trois cases. Riche période que celle des années 50. Donc, alors que le couple Carla et Vilhelm Hansen avait lancé l’histoire de leur petit héros le 17 novembre 1951, moins d’un an après, la NR commence la publication. Exactement, le 2 octobre 1952. Quelle rapidité ! D’ailleurs, les différents historiens et dictionnaires du neuvième art s’accordent tous pour affirmer que c’est dans les pages de la Nounou que la première version française a vu le jour. Et encore une première qui marche !

Voilà le titre du 2 octobre 1952 : manifestement "inventé" de toute pièce par la Nouvelle République. Comme pour les animaux de Tom Pouce et M. Bommel

Cette bande animalière pour enfants, avec comme M. Bommel, les textes – très courts – sous l’image, vient donc du Danemark affublé, on s’en doute, des noms…  danois. Le personnage principal est un adorable ourson, toujours vêtu d’une salopette rouge à pois blancs, et coiffé d’un bonnet de laine bleu. Il se nomme Rasmus Klump. Impossible de plaire au public du Centre-ouest avec un nom pareil. Fort de l’expérience Tom Pouce, qui a démarré à peine plus tôt, on ne peut, soixante ans plus tard, qu’imaginer que la même technique a été appliquée à ce petit Rasmus venu, lui aussi, du nord. Quelqu’un ( mais qui ????) a donc baptisé l’ourson turbulent et gourmand : Nounou. Nounou, comme le surnom affectueux que les lecteurs donnaient (donnent toujours, mais si, mais si !) à leur journal.

Va donc – pour un temps – pour Nounou.

Restaient les copains du petit héros. Un pingouin qui ressemble très fort à l’Alfred d’Alain Saint-Ogan (qui servit de symbole aux premiers prix d’Angoulême, ce qui était quand même mieux que les Fauves !) : ce sera Pingo (fallait pas être… manchot pour le trouver !) ; un pélican qui sort tous les ustensiles possibles de son large bec, se nommera… Pelli (sans commentaires, cette fois) ; un phoque qui commande le bateau Mary qui va se balader dans toute la planète imaginaire : il est l’Amiral (il deviendra Barbe plus tard). Le trio composé de l’ourson, du pingouin et du pélican donne donc les aventures de Nounou, Pingo et Pelli. Version tourangelle oblige. Ces noms n’apparaîtront nulle part ailleurs.

La toute première planche intégrale dans les colonnes de la Nouvelle République. Comment une BD danoise est-elle arrivée jusque là ?

La suite n’est pas mal non plus. Plus confuse aussi au niveau des dates. En 1955, changement de nom. Là, cela devient plus sioux. Le héros, toujours aussi amateur de crêpes au chocolat, reste Nounou. Le manchot Alfred est toujours Pingo. Et le pélican devient… Petzi ( ????). On a donc les aventures de Nounou, Pingo et Petzi. Why ? Je vous remercie de cette question. Sans réponse.

Et puis, après un intermède, en 1956, retour de la bande de Hansen dans les colonnes de la NR sous le titre de : Petzi (l’ourson), Pingo (toujours le même) et Kiki (le pélican). Ce qui nous aboutit à : les aventures de Petzi, Pingo et Kiki. A quoi sont dues ces modifications successives : toujours pas de réponse. Une piste évidente pourtant vient d’Allemagne, où la série a eu un succès considérable dès le début, notamment du côté de Hambourg où un premier album est publié (en 1953) sous le titre « Petzi construit son bateau ». Ceci explique peut-être cela !

1956 : c’est parti. Petzi est bien Petzi. L’origine de l’agence PIB-Copenhagen est bien visible dans les cases. Et l’Amiral, autre curiosité signée de la Nouvelle République, se nomme ici « Barbe ». Etonnant, non !

C’est probablement, au niveau français, de là en effet que vient le nom Petzi utilisé dans les albums souples de Casterman, même si, fierté régionale oblige, on peut toujours croire que le choix de la Nouvelle République qui, la première, a publié cette BD et qui, la première, a employé ce patronyme de Petzi, a eu une influence. En revanche, dans la série Casterman qui débute en 1958, un changement : le pélican va devenir Riki et plus Kiki…

Une bande dessinée pour enfants peut-être, mais quelle prise de tête. Peut-être qu’une bonne crêpe sera la bienvenue.

(Tout savoir grâce au site bdzoom, à Gilles Ratier et Laurent Turpin qui en juin 2009, avec les précisions tourangelles d’Alain Beyrand, évidemment, faisaient le point dans cet article)

Le père de Rasmus Klump est si célèbre au Danemark qu’il a donné son nom à un prix littéraire doté de 500.000 couronnes. (Photo tirée du site facebook officiel de Rasmus Klump)

L’auteur

Vilhelm Hansen (Danemark. 1900-1992).

En fait, c’est un couple qui a créé Petzi, oh pardon, Rasmus Klump. Carla (1906-2001), l’épouse de Vilhelm, a en effet écrit les scénarios de ces histoires simples, drôles, magiques, assez invraisemblables, qui embarquent tout ce petit monde gentil et rassurant aux quatre coins de la planète, où l’on se vouvoie, où l’on pense beaucoup à se nourrir (ah, les crêpes de maman Petzi) et à rigoler.

Diffusée dans la NR à partir de 1953 par une agence de Copenhague (PIB, Presse-Illustrations-Buro) appartenant au groupe de presse Carlsen, cette bande dessinée enfantine va devenir un succès mondial. (ll y a même un groupe facebook de fans)

La deuxième série des albums souples édités à Tournai. Tous de trente-deux pages très colorées.

Présente dans 21 pays, transformée en dessin animé (dès 1972), en série télévisée, les aventures de Petzi vont  être célèbrée en France grâce aux deux séries BD éditées par Casterman. La première de 1958 à 1984 (32 albums) ; la seconde de 1985 à nos jours (26 albums). Les Hansen (ou plutôt leurs successeurs) finiront par mettre (en 1981) des bulles dans la bouche de leurs petits animaux et par abandonner une étonnante technique didactique, où à côté de chaque texte sous l’image, un petit dessin indiquait à l’enfant-lecteur quel personnage s’exprimait.

La saga de Petzi, l’ourson en salopette, démarrée en 1952 dans la Nouvelle République n’est pas prête de s’arrêter…

Voilà. Merci à l’Amiral et à la maman de Petzi : il est temps de passer à table. C’est la Chandeleur à Case Départ.

Et vous savez comment s’appelle le dernier album de la série originale de Casterman publié en 1984 : « Petzi et l’amateur de crêpes ». On se disait aussi ! (Copyright Hansen/Editions Casterman)

 

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À propos de Erwann Tancé

C’est à Angoulême qu’Erwann Tancé a bu un peu trop de potion magique. Co-créateur de l’Association des critiques de Bandes dessinées (ACBD), il a écrit notamment Le Grand Vingtième (avec Gilles Ratier et Christian Tua, édité par la Charente Libre) et Toonder, l’enchanteur au quotidien (avec Alain Beyrand, éditions La Nouvelle République – épuisé).
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