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 Rentrée littéraire

 

CHOUDART OKélia Houdart, je l’avais découverte avec « Gil », également paru chez P.O.L.. Puis je l’avais rencontrée, au hasard d’une exposition puis d’une lecture, à la Maison des arts Georges-Pompidou, à Cajarc, dans le Lot. Un chouette moment !

C’est donc avec intérêt que j’ai plongé dans son nouveau roman,  » Tout un monde lointain « . Et je n’ai pas été déçue.

Cette fois encore, Célia Houdart offre une histoire singulière. Avec, toujours, une petite musique qui ne ressemble qu’à elle.

L’histoire ? Elle s’ouvre sur un premier chapitre dont on ne sait, tout d’abord, pas quoi faire. Qui est donc cette petite fille qui, en 1918, marche dans les herbes sous le regard de son père ?

On suit ensuite Gréco, ensemblière désormais à la retraite qui partage ses journées entre sa maison de Roquebrune-Cap-Martin, ses balades et ses bains de mer. Sa carrière a été fructueuse. Elle est riche, cultivée. Désormais seule.

Toujours, elle veille aussi sur la maison de son ami Alexander, disparu deux ans plus tôt : la villa E.1027, formidable création de l’architecte Eileen Gray.

Un jour, cet équilibre vacille. Un couple, Tessa et Louison, s’est installé dans la maison fermée. Ils sont étudiants, danseurs et follement amoureux. Elle les regarde vivre, s’inquiète pour l’état de la maison de son ami. Contre toute attente, elle accueille finalement ce changement puis se lie d’amitié avec ces deux jeunes gens, beaux et inspirés. Malgré les facéties souvent gores de Louison

L’occasion pour elle, avec eux, de remonter le temps. Les souvenirs de Gréco, cette petite fille d’origine polonaise, vont revenir par vagues. Tessa et Louison vont l’empêcher de s’y noyer…

 Célia Houdart a l’art d’une écriture sensible. On sent le soleil et le vent. L’atmosphère, un temps pesante, devient douce, paisible. Comme une caresse.

Extraits

Page 48 :« A chaque nouvelle visite, c’est de lui-même que l’avocat informait Gréco de l’avancée de la succession Sthol, dont ils savaient très bien tous deux que la villa E.1027 constituait le bien le plus précieux. L’avocat avait promis à sa vieille cliente et désormais amie que si la villa était mise en vente, elle serait pour elle. Gréco la voulait à n’importe quel prix. Elle était disposée à vendre la boutique de New York et ses actions. Mais tout était bloqué depuis plusieurs années. Un cabinet de Los Angeles avait demandé un complément d’enquête dans l’espoir un peu vain de récupérer aussi, un jour, les quelques pièces volées, dont le miroir satellite, qui avaient dû être vendues à un marché aux puces en France ou en Italie ».

Page 136 :« Louison et Tessa adoraient nager nus sous l’eau. Ils aspiraient beaucoup d’air pour faire durer le plus longtemps possible l’état d’apesanteur. Ils ouvraient les yeux. Dans l’eau, le soleil formait comme de fines paillettes d’or qui tournoyaient en scintillant. Leurs corps pouvait être à la fois étincelant et étrangement pâle, soudain refroidi par la lumière. Les chevelures étaient des crinières flottantes. Tessa et Louison prenaient l’eau avec les mains et la vigoureusement. Ils s’enfonçaient peu à peu, le visage en proue. Les bras le long du corps, ondulant comme des nageoires. Des poissons à ventre blanc les frôlaient quelquefois par bancs entiers. »

Page 147 : « 

- J’aurai dû vous parler de Louison et de ses mises en scène macabres. Il ne me prévient pas toujours, vous savez. Il ne faut pas lui en vouloir. Il meurt régulièrement. Il meurt pour rire. C’est son plaisir. Il adore faire peur. Il se ruine en maquillage. Il achète ce qui se fait de mieux. Plusieurs fois, il a été assistant pour des tournages. Blessures, brûlures. Cicatrices. Il maîtrise toute une gamme d’effets. C’est toujours très réaliste. Il règle avec beaucoup de précautions des choses terribles, les pires atrocités, mais en fait c’est à chaque fois un numéro de cabaret.

A cet endroit, le sentier était ombragé. Il faisait moins chaud. Gréco respirait un peu mais elle avait encore les yeux fixes. Elle revoyait cette apparition monstrueuse. Tout se redéroulait dans sa tête. Elle était très secouée. »

« Tout un monde lointain », Célia Houdart, P.O.L., 14€.

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Rentrée littéraire

la fuite

 

Un premier roman, ça faisait longtemps, non ? Je sais, c’est un peu ma marotte ! Cette fois, je vous entraine dans l’univers imaginé par Paul-Bernard Moracchini, un trentenaire qui se partage entre Nice, La Corse et bientôt Paris, nous explique sa maison d’édition, Buchet Chastel.

Après un parcours scientifique bien rempli, ce dernier a choisi de se consacrer uniquement à l’écriture et la composition. Musicien professionnel (guitariste, chanteur et harmoniciste) au sein de plusieurs formations, Paul-Bernard Moracchini n’a jamais cessé d’écrire depuis qu’en 2015, il a été été lauréat du Prix Jeune écrivain.

« La fuite » est donc son premier roman. L’histoire ? C’est celle d’un homme et d’une fuite. Devenu prisonnier d’une société, d’un mode de vie qu’il a fini par mépriser, un homme, jeune, s’en va. Comme ça. Quitte la ville, sa vie pour s’enfoncer dans la forêt. Sans que l’on sache précisément où. Seul un chien, Lione, l’accompagnera dans sa quête d’autre chose.

Un roman ramassé, qui laisse entendre une petite musique un peu désespérée. Une errance onirique, parfois poétique, mais avec, toujours, un fusil à la main.

 

L’ancien petit garçon qui avait grandi à la campagne avant de devoir rejoindre la ville pour raisons de santé, retourne alors à son animalité.

 

Extraits

 Page 29 :« On la croirait remontée des profondeurs abyssales, puis abandonnée au soleil d’une terrasse d’été. Le jabot de murène craquelle sur toute sa surface. Mon regard le parcourt de bas en haut pour se figer sur une bouche fripée comme un derrière de chien et peinturlurée d’une rouge sang de boeuf. Comme je la regarde avec insistance, la triste vamp s’esclaffe. Spectacle d’épouvante. Elle me ramène soudain à tout ce que je voudrais laisser derrière moi. Son masque pittoresque des campagnes a pu me tromper un moment, mais elle est en réalité aussi insupportable que les hommes de la ville, que les hommes du train ou ceux de la gare. Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables est au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà… »

Page 67 : « Plusieurs semaines passèrent. La peau tannée du sanglier était posée sur ma couche et, après chaque repas, je m’étendais sur le lit tandis que mes orteils se perdaient entre les soies et les poils longs de la hure. Alors j’ m’égarais à la fantaisie d’une sieste. C’était devenu une habitude, un caprice modeste, mais confortable. D’ailleurs, j’avais à présent tout le confort nécessaire, ou peut-être avais-je sans le savoir revu à la baisse ma notion du confort. »

Page 121 :« La rencontre avec Camille devait être aussi fade et superficielle qu’une de nos présentations PowerPoint puisque je ne m’en souviens que de manière très vague. Suite à une romance à distance de quelques mois, ma femme obtint sa mutation pour venir s’installer dans ma toute nouvelle acquisition : un petit pavillon de banlieue. la maison était accompagnée d’un crédit dont le nombre d’années dépassait celui de mes anniversaires, ainsi que d’un chien dont la race ne soupçonnait même pas la notion de chasse. Mais je portais le masque aveuglément et avais alors la conviction profonde que tout cela me plaisait et même me correspondait. »

« La fuite », Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14€.

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Rentrée littéraire

AMOUR MALADIE

On continue notre balade à travers les romans de la rentrée littéraire. Ma petite sélection du jour est bourrée d’humour et de folie. La vraie.

François Szabowski signe avec « L’amour est une maladie ordinaire » chez Le Tripode, un roman bizarroïde mais très attachant ( avec une couverture sur laquelle posent quatre fois le même type en slip kangourou, ça aide !)

Dans une interview à son éditeur, François Szabowski explique s’être inspiré de l’histoire d’une femme, sans cesse déçue de ses histoires d’amour après quelques temps pour écrire ce roman.

Seuls les moments passés avec un ex-compagnon décédé dans un accident, trouvaient encore grâce à ses yeux. Elle n’avait pas eu le temps de voir ses défauts, de moins l’aimer.  » Son amour pour lui était immortel, justement parce qu’il était mort. »

Une trame dont l’auteur s’est inspirée pour imaginer son personnage, prénommé d’ailleurs comme lui. Pas un hasard.  » Je pars toujours de moi, de ce que je vis », explique-t-il encore. Et de poursuivre : « Ce livre est le résultat, et la trace, de mon état émotionnel et de mes préoccupations à un moment donné de ma vie. Mais ni ma vie ni ma personne ne sont intéressantes : je ne raconte donc jamais ce qui m’est vraiment arrivé. Le François de ce roman, c’est donc moi sans être du tout moi. François est l’amalgame de pensées ou réflexions que j’ai pu avoir, et de certaines personnes effectivement que j’ai côtoyées intimement, qui s’enfermaient dans le déni, dans l’aveuglement, dans une forme – certes présentable, tout à fait fonctionnelle – de profonde folie ».

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Rentrée littéraire

livre-notre-vie-dans-les-forets Et si on se plongeait dans un roman de science-fiction ? Mais attention, écrit par Marie Darrieussecq. Et là, forcément, ça fait une sacrée différence. En même temps, je ne suis pas fan de science-fiction, tandis que les romans de cette auteure et psychanalyste m’ont très souvent plus.

La preuve encore avec « Notre vie dans les forêts », dernier opus en date. La dernière fois que Quatrième de couv a parlé de Marie Darrieussecq, c’était ici.

Elle nous emmène cette fois dans une histoire étrange ( un peu comme avec « Truismes », le premier roman qui l’avait révélée au grand public). La narratrice se prénomme Viviane. Psychologue spécialiste du traumatisme, elle vit désormais dans la forêt avec d’autres qui, comme elle, ont fui après avoir libéré plusieurs de leurs « moitiés », des presque clones qui sont autant de « réservoirs de pièces détachées ». On ne sait rien du lieu où tous se cachent, rien de ce qui a bien pu se passer.

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Rentrée littéraire

YVES RAVEY

© photo : Hélène Bamberger

 

Rendez-vous avec un habitué des rentrées littéraires : Yves Ravey, romancier et dramaturge, vit à Besançon où il enseigne les lettres et les arts plastiques. Il a publié une quinzaine de romans et revient avec  » Trois jours chez ma tante « .

Vous trouverez ici et puis , deux autres précédents romans chroniqués :  » Un notaire peur ordinaire «  et  » Sans état d’âme « .

 

 

TANTE RAVEY

 

Yves Ravey use, au fil des romans, d’un style implacable. C’est vif, court… et rondement mené. On se laisse embarquer sans la moindre appréhension, sûr (e) d’apprécier les trouvailles de l’auteur et ses personnages un peu en marge.

La preuve encore avec  » Trois jours chez ma tante « .

 

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Une si longue mue…

Rentrée littéraire

Une chance folle

On poursuit notre virée au milieu des livres de la rentrée littéraire.  Petite halte à Tours – ça tombe bien ! – pour découvrir Anne Godard et son nouveau roman « Une chance folle », publié aux Editions de Minuit.

Ce professeur d’université a posé ses valises à Tours il y a quatre ans, après plusieurs années passées en Sologne. Partagée entre Paris (pour les cours) et les bords de Loire, Anne Godard écrit depuis très longtemps, comme elle me l’a expliqué lors de l’interview publiée dans la série estivale de La Nouvelle République édition Indre-et-Loire Plumes d’ici.

 

 

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Rentrée littéraire

OTSWALD

 

Et voici la rentrée littéraire ! Un moment à part. Dans les starting-blocks et les piles des librairies, des romans ( et surtout leurs éditeurs) visent les prix littéraires. Il ne faut pas se rater, plaire aux critiques, au public ( accessoirement ?).

Pour vous aider à trouver de jolies pépites dans cette avalanche de romans, français et étrangers, vous découvrirez, au fil des semaines, quelques-unes de ces nouveautés.

Quelques chiffres pour commencer :

– cette rentrée littéraire voit arriver 581 romans et recueils de nouvelles de la mi-août à la fin du mois d’octobre ( contre 560 en 2016).

Côté français : 390 titres ( +6% par rapport à l’an passé). Parmi eux, des premiers romans bien sûr : 81 contre 66 en 2016. De quoi faire de jolies découvertes !

- Côté étranger : 191 livres ( on en comptait cinq de plus en 2016).

  A noter que ce cru littéraire se veut particulièrement ancré dans le réel. Les questions sociétales s’étalent au fil des pages. Et l’exofiction nourrit toujours les auteurs.

Pour commencer cette revue (subjective et non-exhaustive), un premier roman. Oui, je sais, j’ai toujours une bonne raison pour vous présenter un nouvel auteur, un nouvel univers. Celui de Thomas Flahaut nous est pour le moins contemporain. Avec « Ostwald » il nous plonge dans une catastrophe de type Tchernobyl, dans l’Est de France après un accident nucléaire à la centrale de Fessenheim.

 

 

FESSENHEIMFessenheim ? Rappelez-vous… Il s’agit de la plus ancienne centrale nucléaire en exploitation en France. Depuis ce mois de juillet, elle est totalement à l’arrêt.  Précisons que l’ensemble de Fessenheim doit fermer au moment de la mise en service du réacteur de nouvelle génération EPR de Flamanville (Manche), prévue en 2019, une perspective confirmée par le nouveau gouvernement français mais contestée par des élus régionaux et les syndicats d’EDF, comme nous l’explique un article paru dans Le Monde, le 24 juillet (avec AFP).

Et l’article de préciser : « En 2016, la centrale de Fessenheim a produit 8,4 milliards de kWh, soit « environ 65 % de la consommation d’électricité alsacienne », selon des données fournies par EDF. Cet aspect est régulièrement mis en avant par les défenseurs de la centrale, qui mettent en garde contre une situation de pénurie énergétique en cas de fermeture définitive.

A l’inverse, les militants antinucléaires – vent debout depuis des décennies contre une centrale qu’ils considèrent comme vétuste et dangereuse – s’appuient sur les fréquents arrêts des réacteurs pour affirmer qu’une fermeture ne mettrait pas en danger l’approvisionnement énergétique de l’Est, ou de la France en général. »

Dans ce premier roman , un accident intervient dans la centrale nucléaire de Fessenheim après un tremblement de terre. Pas de catastrophe. Du moins au départ. On se veut rassurant. Mais il y a cette noria de bus et de camions, ses villages et villes vidées, ses camps qui se remplissent finalement. Noël (le narrateur) et son frère Félix, enfants, jeunes adultes d’un couple divorcé qui a connu le chômage et le déclassement ( la famille était alors installée à Belfort, la mère y est restée, le père, lui, s’est installé à Ostwald), flottent entre les deux villes. L’un est étudiant, l’autre devrait commencer à travailler.

Ils comprennent que l’heure est grave quand ils se retrouvent dans un de ces camps de réfugiés, improvisé dans la forêt. Mais ce qui s’y passe choquent et dépassent les deux frères qui vont fuir, découvrir un monde au bord du chaos. Deux frères qui aiment d’ailleurs la même jeune fille, Marie, qui continue de jouer avec leurs coeurs. « Ostwald » raconte cette errance dans un Grand Est imaginaire, si proche pourtant. Une écriture sèche, une originalité brillante.

Premier roman

Né en 1991, Thomas Flahaut a étudié le théâtre à Strasbourg, il rejoint ensuite la Suisse pour suivre un cursus en écriture littéraire. Diplômé de la Haute école des arts de Berne, il vit et travaille à Lausanne, où il a cofondé le collectif littéraire franco-suisse Hétérotrophes.

Extraits

 Page 63 :« Des cercles colorés se déploient comme des ondes autour de la centrale, à travers les forêts noires recouvrant les ballons vosgiens, les champs et les zones urbaines, plus claires. Un journaliste décode la signification des couleurs. Rouge : déjà évacué. Orange : à Paris, on y réfléchit. Jaune, couleur qui recouvre le territoire de Belfort : il n’y a théoriquement rien à craindre. La prise régulière de pastilles d’iode est tout de même nécessaire. La télévision et le monde bégaient. Et nous, nous les écoutons, nous les regardons bégayer. Tout le pays doit être comme nous. Les yeux vides, la bouche ouverte et les idées engourdies, figé dans l’atmosphère de peur diffuse d’avant les grandes paniques. Fixant silencieusement les lumières de la télévision qui colorent le brouillard des événements. Regardant, anxieux, si l’endroit où l’ont vit est plongé dans le rouge, l’orange ou le jaune et soupirant, soulagé, si on se trouve assez loin du rouge. Après le jaune, c’est le vert des forêts. S’il y a un danger là, il est invisible, et c’est au moins une consolation. « 

Page 135 : « L’homme soupire.

Ils ont foutu le feu parce qu’ils voulaient partir, les soldats, et nous laisser là.

Une moue misérable tire les coins de sa bouche jusqu’à la racine de son double menton. Les communes de Lingolsheim et d’Ostwald sont voisines. La carte que j’ai reconstituée à partir des rares informations distillées par le transistor de David ne disait rien de l’ampleur de ce qui était en train de se passer. Depuis la centrale de Fessenheim, c’est tout le pays qui se vide. »

Page 151 : « Attendre le matin, le ciel pâle, l’heure de rentrer dans les pas des collégiens qui se rendent en cours, et traîner sa nausée de salles blanches et tristes en salles blanches et tristes. Tout ce qui s’est passé les a fait disparaître, ces habitudes. Et je ne sais plus qu’une chose, il y a Félix et moi, sans rien à nous dire, un silence imposé et hanté par une dernière chimère. La famille n’existe plus vraiment, mais nous avançons ensemble. Nous traversons Strasbourg. Le ronronnement de la Golf accompagne notre errance. Le vent froisse et blanc et le bleu du drapeau grec, dans cette avenue des Vosges que nous empruntons encore dans une nouvelle révolution. Je me répète des mots et des histoires perdus dans la nuit. »

« Ostwald », Thomas Flahaut, Les Editions de l’Olivier, 17€.

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Enfin ! Après un premier tome de dégringolade sociale (ici) et une fuite en avant tout aussi rock and roll dans le tome 2 (là)

la fin de Vernon Subutex se devait d’être à la hauteur des deux précédents tomes de la trilogie imaginée par Virginie Despentes. Et elle l’est ! Le troisième et dernier opus est de loin le plus éclatant (tant pis pour les dernières pages un peu too much quand même ).

Plutôt une bonne nouvelle compte tenu de l’attente que l’auteure a suscitée autour de son personnage de disquaire tombé dans la misère. Il aura ainsi fallu attendre un an et demi pour plonger à nouveau tête baissée dans ce roman de notre temps, cette chronique de notre époque, tellement moderne, totalement déboussolée entre terrorisme et messianisme, entre carcans religieux et repères sociaux désarticulés.

Noir c’est noir. Définitivement. La France qui va mal reprend avec cette auteure rock and roll ( mais membre de l’Académie Goncourt quand même !) une bonne dose de vitriol.

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HERITIERES  Si une libraire attentive aux goûts de ses clients ne m’avait pas parlé de Marie Redonnet, je n’aurais jamais su que cette auteure avait un univers épatant et un style ciselé. Qui fait mouche.

De retour dans les librairies l’an dernier après « une crise de création » qui aura duré dix ans, Marie Redonnet partage avec les lecteurs un univers unique. En marge.

Après « Une femme au colt 45″ dont je vous ai parlé ici, j’ai décidé de remonter dans l’oeuvre de Marie Redonnet. Et j’ai plongé dans « Héritières », un recueil de trois romans précédents ( sorti cet hiver), publiés une première fois il y a trente ans. Trois portraits de femme. Trois histoires dans lesquelles le personnage principal se retrouve empêché, entravé, contraint à se battre par tous les moyens pour sauver son identité et/ou recouvrer sa liberté. Mais les démons sont parfois à l’intérieur…

Son éditeur, Le Tripode, explique :  » Lorsqu’en 1986 paraît le roman « Splendid Hôtel » aux Éditions de Minuit, nul ne sait alors que ce texte ne constitue en fait que le premier volet  d’un triptyque exceptionnel de cohérence et de force. Trente ans après leur genèse, voici les trois romans enfin rassemblés pour donner la pleine mesure d’une œuvre où, au sein de sociétés qui vacillent,  nous découvrons la vie de trois femmes en quête de leur identité.  D’un roman à l’autre, tandis que la violence se fait latente à chaque page, se révèle la beauté de ces trois êtres qui ne renoncent jamais « 

Marie Redonnet (photo Christophe Ono-Dit-Biot)

Marie Redonnet
(photo Christophe Ono-Dit-Biot)

 

 

 

 

 

« Je donne des voix à des femmes venues de nulle part », aime à dire Marie Redonnet qui, dans ce recueil, réunit trois romans écrits à six mois d’intervalle à chaque fois et publiés dans la foulée entre 1986 et 1987, aux Editions de Minuit. Le Tripode les a réunis, histoire de faire vivre à nouveau ce triptyque, composé de « Splendid Hotel », « Forever Valley » et enfin « Rose Mélie Rose ». Trois histoires écrites au scalpel.

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COWBOY LIGHT

Un premier roman ? Allez, ça fait longtemps que je ne vous ai pas fait découvrir un auteur tout neuf, plein de verve et mots. Avec « Cowboy light » de Frédéric Arnoux,  le voyage vaut le détour.

Le titre accroche, la quatrième de couv annonce la couleur :

 » À droite, des vaches. À gauche, des barres HLM. Au-dessus, des lignes à haute tension. Et pile en dessous : un petit quartier pavillonnaire bisontin, tout près de l’usine Lip alors à l’abandon, avec son dealer raté et deux ferrailleurs qui le rackettent à grands coups de poing. Quand le narrateur-dealeur rencontre une bourge deux fois plus âgée que lui lors d’une soirée en Suisse, il s’imagine devenir gigolo – ils baisent, boivent, se défoncent et finissent même par se marier dans une chambre d’hôtel à Séville. Sauf qu’il a un cœur d’artichaut. Sauf que cette femme ne lui a pas tout dit. »

 

Résultat ?

Un roman noir au style trash mais léché, qui évoque avec humour l’ennui d’une province dans les années 80, mais aussi comment l’amour peut détruire plus qu’il ne soulage. Un (premier) roman efficace.

Frédéric Arnoux, quadragénaire et intermittent dans l’audiovisuel, signe avec « Cowboy light » son premier roman.  Il a également été créatif dans la pub, femme de ménage dans une maison de retraite, emballeur de palettes, vendeur de plaquettes publicitaires en porte-à-porte, guetteur d’alarmes dans une usine de pétrochimie, videur de semi-remorque à main nue, plante verte la nuit dans un hôtel… Il vit aujourd’hui à Paris.

Extraits

 Page 16: « Quand j’étais môme, je m’imaginais volant sur le dos des cigognes, bien au chaud dans les plumes. Puis un jour, badaboum, je serais tombé pendant la sieste. La Ginou et Tonton m’auraient trouvé comme ça, sur le paillasson, le pouce dans la bouche, un petit sourire déposé par mes rêves. J’ai fini par y croire dur comme fer. A la fête des Mères, pendant que les autres décoraient les boîtes de camembert ou enfilaient des nouilles pour faire un collier, moi je confectionnais un nid. Un petit. A cet âge, un moineau ou une cigogne, c’est du pareil au même. Je découpais des coeurs dans du papier crépon que je collais sur les bords. Au fond du nid, j’en collais un plus gros sur lequel j’écrivais une petite poésie de gosse, un truc cucul la praline. Certains instits s’inquiétaient, d’autres trouvaient ça créatif. Un jour, le maître nous a annoncé qu’on partait en classe verte. Au programme, il y avait découverte d’un nid de cigognes. Je n’en dormais plus. J’allais enfin voir “ma maman que j’aime de tout mon petit coeur” comme je disais à l’époque. Le matin du voyage, j’avais mis mes plus beaux habits, m’étais peigné, et aspergé de Mont-Saint-Michel. J’avais aussi piqué l’appareil photo et l’avais planqué dans mon sac. Un gros, vu que je ne comptais pas rentrer. J’y avais entassé la moitié de mon armoire. »

Page 61 : « Impossible de continuer, j’ai éclaté en sanglots. Je me suis caché le visage dans les mains, et je suis parti au sprint, je chialais comme un gosse, mes larmes dégoulinaient dans le cou, je poussais des cris les dents serrées, le goût de la morve dans la bouche… Expulser, il fallait que ça sorte… j’ai couru… couru jusqu’à avoir mal aux poumons, jusqu’à frôler l’asphysie. Puis je me suis arrêté, plus de souffle, les jambes en coton. Drôle d’impression. Je me sentais mieux, soulagé et en même temps honteux, déprimé. Je me souviendrais toujours de son visage. Au début surpris, puis compatissant, rayonnant d’amour maternel. Exactement ce dont j’avais toujours rêvé ».

Page 137 : « En longue robe blanche. Maquillée. Coiffée comme si c’était vrai. Une mèche s’était échappée de ta coiffure, retombait en boucle sur ta joue. Tes bras se sont ouverts, tu t’es avancée à petits pas. Tes mains sur mes poignets, te bouche m’a effleuré, ton souffle glissait sur mon oreille, j’ai entendu “Oui”. Puis tes yeux ont fouillé les miens. Ils étaient mouillés. Les miens aussi. Deux enfants perdus, agrippés l’un à l’autre. Le bonheur nous chatouillait tout l’intérieur. On se regardait les yeux fermés, en braille, du bout des doigts. Au bout du monde qu’on était. Même de l’autre côté, je crois. Ca donnait envie de s’étouffer dans les bras l’un de l’autre pour y rester. Si ce n’était pas le paradis, c’en était un putain de pavillon témoin. »

« Cowboy light », Frédéric Arnoux, Buchet Chastel, 15€

 

 

 

 

 

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