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FAST FOOD

 

 

Voilà une chouette découverte ! Ce roman, je l’ai choisi pour son titre, ce que raconte sa quatrième de couv (forcément !) et la collection à laquelle il appartient. Cette fois encore, la collection Qui vive de Buchet Chastel est un vivier d’histoires modernes, alertes et qui nous parlent. La preuve encore avec ce « Fast-food » de Grégoire Damon.

L’auteur, trentenaire, vit à Lyon. Il a publié un premier roman, « La rue de la soif » en 2007 et plusieurs recueils de poésie.  Il a un blog  Et est à l’origine d’une revue de poésie.

L’histoire ? C’est celle d’un fast-food et de ceux qui y travaillent. Des hommes et des femmes venus d’horizons divers, arrivés là pour payer leurs factures, un boulot étudiant, parce qu’il y avait de la lumière…

Derrière les comptoirs du Meecoy, les équipiers ont construit une micro-société. Il y a des départs, des arrivées, des disparitions et une révolution en marche… ou pas. Et cette hiérarchie pesante, omniprésente, débilitante qui arrive un beau matin avec un nouveau management à décliner fissa. Face au grand capital, les équipiers de Meecoy vont se mobiliser.

 

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Ce livre-là  n’est pas un roman. C’est une plongée dans l’horreur, un voyage au plus près d’une vérité. Et un terrible constat d’échec. Comment Dominique Cottrez a pu, le 2 juillet 2015, être condamnée par la cour d’assises du Nord à 9 ans de prison pour huit infanticides ( le plus important jamais découvert).

A 51 ans, cette femme obèse à la voix douce, a tenté d’expliquer. Mais, bouleversante de vulnérabilité comme l’ont raconté les chroniqueurs judiciaires, elle est cependant restée cadenassée dans ses mystères. Nombreux. Opaques.

La journaliste Ondine Millot, elle, a voulu comprendre. Pas pour faire du voyeurisme. Mais pour prévenir. Pour que cela n’arrive plus. Elle a écrit « Les monstres n’existent pas, au-delà du fait divers ». 

MONSTRES

Entre 1989 et 2000, Dominique Cottrez, mère de famille, aide-soignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. A chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit.

Ondine Millot rencontre Dominique Cottrez cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre  : l’enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches.

Au fil des rencontres dans le petit studio occupé par Dominique Cottrez et son mari Pierre-Marie en attendant le procès, Ondine Millot va sonder, relier des fils d’une vie. Pas simple. Dominique Cottrez est une femme qui résume un demi-siècle de son existence en dix phrases. Une mère douce et attentive, une épouse dévouée, une aide-soignante si appréciée…

Au fil du temps, une amitié se tisse. Ondine Millot ne le cache pas. Mais n’excuse ni ne cautionne rien. Impossible. La clé réside-t-elle dans la petite enfance de Dominique ? L’enfant a été littéralement gavée. De fait, on ne l’entend pas, toujours contentée.

 

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TRAQUET KURDE

 

Jean Rolin, je ne sais pas pour vous, mais moi, je l’aime beaucoup ! Voilà un auteur que je suis depuis des années et qui, de livre en livre, nous emmène toujours loin. De notre quotidien, de notre pays même… Un régal à chaque fois !

Vous le retrouverez donc sur mon blog ici, et aussi là, sans oublier cette fois-ci aussi.

 

C’est donc avec délectation que j’ai plongé dans « Le Traquet kurde », son 29e livre ( et son douzième roman chez P.O.L.) sûre de partir loin pour 15 euros seulement ;-)

Cette fois, il nous propose une déambulation. Grâce à un oiseau, le traquet kurde. En 2015, ce passereau  minuscule a été observé en mai 2015 au sommet du Puy de Dôme, donc loin, très loin de ses bases habituelles.

 

 

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Rentrée littéraire

Pactum-Salis-223x330

 

Toujours un défi. Publier un deuxième roman quand le premier a été un véritable succès de librairie, ce n’est pas simple. Casse-gueule, même. Olivier Bourdeaut s’y est risqué. Après le fabuleux succès de « En attendant Bojangles », dont je vous avais parlé ici, il revient avec « Pactum salis », toujours édité chez Finitude.

Après les multiples traductions à travers quelque quarante pays et plus de 500.000 exemplaires vendus en France, une adaptation au théâtre ( sur scène en janvier) et un tournage pour le cinéma en cours, l’auteur a changé de registre. Radicalement. Ici, pas d’histoire autour d’un amour fou, mais une rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose.

Il y a Michel, agent immobilier à son compte. L’homme a réussi professionnellement et affiche un train de vie cossu. Mais aussi une solitude qui poisse ses mocassins.  Jean, lui, a fui Paris et son ami Henri pour devenir paludier à Guérande. Une vie monacale, mais un choix assumé. Loin de la société des hommes et d’un amour déçu, il travaille durement.

Deux métiers que l’auteur, installé désormais en Espagne, a pratiqué. Avec plus ou moins de succès, avoue-t-il.

 

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Rentrée littéraire

zoom-chanson-de-la-ville-silencieuseOlivier Adam, je l’attendais. Sûrement un peu trop. Son nouveau roman « Chanson de la ville silencieuse », n’est, à mon avis, pas à la hauteur de « Les Lisières », formidable livre grâce auquel je l’avais découvert il y a plusieurs années ( à lire ici). Avaient suivis « Peine perdue » et « La renverse ».

Je vous raconte quand même. Chez Olivier Adam, quadra inspiré depuis une bonne quinzaine d’années, il y a des thématiques récurrentes : les douleurs familiales, le manque, l’absence, la fuite également.

Cette fois, la toile de fond nous parle d’un homme, Antoine Schaeffer, qui après une carrière nationale et internationale, une stature d’icône, a décidé de déserter. De prendre la tangente. Quinze ans déjà qu’il ne parle plus aux journalistes, qu’il ne sort plus de disque.

Donné pour mort alors que sa voiture vient d’être retrouvée, il aurait cependant été aperçu dans les rues sinueuses et étroites de Lisbonne, où il pousserait la chansonnette avec sa guitare. Est-ce lui ? Pour sa fille, éditrice installée à Paris, il est temps d’aller  voir. De comprendre et, peut-être de pardonner.

C’est elle qui nous parle. A la première personne. C’est donc cette jeune femme un peu effacée ( elle n’a d’ailleurs pas de prénom dans le roman), trop ballottée dans son enfance entre un père toujours entre deux excès et une mère incapable d’amour, qui nous parle d’elle et de son père.

Dommage que le tempo ne soit pas le bon. Dommage que les répétitions nous enferment dans une histoire qui a, je trouve, du mal à toucher.

Bref, une lecture monotone. Sans surprise. Pas même celle du style.

Pas de petite musique cette fois…

Dommage.

 

Un extrait de l’émission « La grande librairie »:

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 Extraits

Page 70 :« Je n’ai jamais pu saisir mon père. Moi pas plus que quiconque. Je lui ai connu mille visages. Parfois, dans la même année, le même mois, la même semaine, vous n’aviez pas affaire au même homme. Tourmenté ou serein. Jouisseur ou ascète. Zen ou déglingué. Au fond du trou ou exalté. Mondain ou solitaire. Bavard ou muet. Noceur ou paysan. Mystique ou cynique. Dandy magnétique, semi-clochard céleste, rockeur inflammable, rongé d’alcool. […] « 

Page 133 : » Les premiers temps ses parents ont l’air impressionnés de m’avoir sous leur toit. Prennent mes silences et ma discrétion pour du mépris. Elle est pas un peu bêcheuse ta copine ? Je ne le suis pourtant pas, je crois. C’est juste que j’observe, ébahie. Ces mots, ces gestes, ces façons d’être. Des parents. Des enfants. Des frères et soeurs. Leur manière de parler, de se mouvoir, d’occuper le temps. Les repas en famille. Les chicaneries. Les moments complices. Le quotidien partagé. Les courses au supermarché. Les jeux de société. La musique reléguée à l’accessoire, au décoratif, au superflu. Je lui envie tout. »

Page 178 :« […] Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillées dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. »

« Chanson de la ville silencieuse », Olivier Adam, Flammarion, 19€.

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Rentrée littéraire

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Quel plaisir de retrouver Vincent Almendros ! Qui plus est, avec un roman aussi enthousiasmant que le précédent. Je l’avais découvert avec  » Un été « , un huis clos hypnotique qui laissait présager le meilleur. Le jeune quadragénaire est de retour avec « Faire mouche », tout aussi jubilatoire.

L’histoire ? C’est celle de Laurent Malèvre, le narrateur. On ne sait pas grand-chose de lui. Sauf qu’il revient là où il a grandi, à l’occasion du mariage de sa cousine, Lucie ( vétérinaire) qui va épouser Pierre, le garagiste. Il n’est pas là de gaieté de coeur. A Saint-Fourneau, c’est la campagne. Reculée. Un peu arriérée aussi.

Cet événement l’oblige à voir sa mère, qui vit depuis longtemps déjà avec  Roland, le frère (également veuf) de son défunt mari.  Une mère qui lui aurait fait boire de la Javel quand il était enfant. Une mère qui garde ses secrets tandis qu’elle prépare une langue de boeuf.

Au sein de la famille, les liens sont distendus. Etranges.

Laurent aussi en a des secrets. Dont un. Terrible. Le lecteur le devine en filigrane au fil du roman. Avant de le voir exploser à la fin.

En attendant, pour ne pas perdre la face, pour ne surtout pas susciter de questions, il a demandé à Claire de se faire passer pour Constance enceinte, avec qui il vit. Enfin c’est ce qu’ils croient tous.

 

 

Durant quelques jours, ils jouent le jeu. Mais à quel prix ?Entre mensonges et silences, la famille voudrait tenir son rang. Mais l’atmosphère devient oppressante, irrespirable.

Une écriture fine, incisive, percutante. Avec Vincent Almendros cette fois encore, les images défilent. Un thriller efficace en moins de 130 pages !

 

Extraits

 Page 55 :  » Le soleil, très vite, chauffa mon visage. Cette chaleur pénétrait en moi en traversant les couches successives de mon épiderme. Mon corps s’allégeait enfin, ses contours s’adoucissaient comme s’il se confondait peu à peu avec l’air chaud qui le caressait. A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. » 

Pages 79-80 :« Hé, c’est que vous avez bien grandi, j’ai failli ne pas vous reconnaître.

Elle ne savait plus quoi me dire. J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. Elle leva les sourcils en hochant la tête de haut en bas. Je regardai sur la caisse électronique le montant qui était affiché. Je sortis de ma poche les quelques billets qui me restaient. Je n’étais pas mécontent de dépenser de l’argent, ça me donnait l’impression de vivre. »

Pages 91-92 :« Elle aimait compliquer les choses. Petite, elle mentait déjà avec un aplomb qui déconcertait ma grand-mère. Si je n’avais pas attendu la mort de mes grands-parents pour ne plus remettre les pieds à Saint-Fourneau, c’était en partie à cause d’elle. Elle le savait. 

Je remarque que vous êtes allés déjeuner chez ta mère et que Constance est tombée malade, c’est tout. 

Je tentai de la fixer avec, dans mon regard, un mélange de consternation et de compassion, cherchant à insuffler, chez elle, un soupçon de doute. Mais elle ne baissa pas les yeux. Au contraire, son regard à elle se renforça d’une détermination butée, provocante. Elle avait l’air convaincue de ce qu’elle pensait. Pour dire la vérité, je me protégeais en feignant la surprise, car j’y avais songé, moi aussi. Lorsque j’avais entendu Claire vomir dans la salle de bains, je m’étais demandé ce qui se passait. Lucie dut sentir une faille, qu’elle transforma en brèche en s’y engouffrant. Son un ton plus méchant, qui me rappela la brutalité dont ma mère était capable, elle voulut savoir pourquoi j’avais toujours cherché à la protéger. »

 « Faire mouche », Vincent Almendros, Editions de Minuit, 11, 50€

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Rentrée littéraire

MISE A NUOn poursuit notre virée parmi les livres de la rentrée ? Une balade totalement subjective, je vous l’accorde, mais c’est bien tout l’intérêt ! Jean-Philippe Blondel, je l’ai lu il y a longtemps, à l’occasion de la sortie de ses premiers romans comme  » Accès direct à la plage « .

Des années que je ne le suivais plus. C’est donc avec un vrai plaisir que j’ai ouvert « La mise à nu », publié chez Buchet Chastel, maison d’édition qui arrive systématiquement à m’emmener ailleurs. La preuve encore cette fois.

Auteur de romans et de livres jeunesse, Jean-Philippe Blondel vit et enseigne à Troyes.

Son quatorzième roman, nous parle de Louis Claret, un professeur d’anglais âgé de 58 ans qui, séparé et pas si proche de ses deux filles, s’est construit une vie simple. Pas folichonne mais qui le rassure. Il se laisse bercer par le quotidien.

Et puis un jour, il reçoit une invitation. Celle d’un ancien élève, pour un vernissage. Alexandre Laudin, l’ancien élève un peu laissé à l’écart par la classe, est aujourd’hui un peintre en vue. Connu en France comme à l’étranger.

 

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Rentrée littéraire

MARION GUILLOTMarion Guillot, vous connaissez ? La trentenaire fait partie des auteurs dont j’apprécie le travail. J’avais beaucoup aimé son premier roman qui s’imposait comme un programme salutaire, « Changer d’air », paru aux Editions de Minuit ( vous pouvez le retrouvez ici).

La jeune femme installée en Bretagne est de retour avec « C’est moi ».

Après nous avoir raconté la vie de Paul, ce professeur de Lettres installé à Lorient qui, le jour de la rentrée, après avoir assisté, impuissant, à la chute d’une femme dans le port, décide de ne jamais rejoindre sa classe, ni sa vie.

Autre décor avec « C’est moi ». Quoique. Nous sommes toujours pas loin de la mer. Au sein d’un couple qui ne va pas bien. Il y a la narratrice, quadragénaire. Elle travaille, ce qui n’est actuellement pas le cas de son compagnon, Tristan. Ils vivent dans un petit appartement, sans guère de projets ni d’envies… Et puis il y a Charlin, le vieux pote de Tristan, qui passe beaucoup de temps (bien trop aux yeux de la narratrice) chez le couple.

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Rentrée littéraire

La rentrée littéraire d’hiver vient de s’ouvrir. La petite rentrée ? Les esprits chagrins le pensent. Pas moi. Il y a parmi les 499 romans publiés en janvier et février quelques pépites. Forcément. Parmi ces livres nouveaux, 145 romans français dont 64 premiers. Une aubaine. Pour ouvrir la saison, j’ai cependant décidé de choisir l’auteure Marie Redonnet. Pas une nouvelle venue. Mais une « revenante » si j’ose dire. Après des années de silence, elle est de retour !

TRIO

 

Je l’avais découverte en 2016, grâce au conseil avisé d’une libraire tourangelle avisée ( ne jamais négliger les conseils de ces professionnels !). Marie Redonnet, sexagénaire, publiait alors « La femme au colt 45″. Un roman court, percutant. Détonant. A redécouvrir ici.

Alors j’ai poursuivi la découverte un peu plus loin. L’an dernier,  Le Tripode décidait de publier en un seul volume – « Héritières »–, trois romans publiés il y  a trente ans aux Editions de Minuit. Nouvelle claque. Et c’est par.

Avec « Trio pour un monde égaré », Marie Redonnet confirme qu’elle appartient à un groupe à part. Celui des auteurs qui, de livre en livre, inspecte le moindre recoin de leur univers, autour d’une même thématique. Sans se perdre. Sans nous lasser non plus. Ici, pas de lieu, ni de dates.

Un décor flou pour aller mieux au coeur de la matrice et des personnages. Et la guerre. Toujours. La violence aussi. Et cette quête des personnages, trois rescapés, à sauver leur liberté. De penser et d’agir. Coûte que coûte.

 

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LOUPS OKUne histoire étrange. Vraiment. Et un premier roman extrêmement réussi, parce que dérangeant, et comme je le disais, étrange. Une histoire de loups, donc. Reste à savoir qui ils sont vraiment… L’histoire ? C’est celle de Madeline, une jeune fille de 15 ans qui vit dans le Minnesota. Elle vit dans une cabane très mal équipée au fond des bois. Ses parents ont, autrefois, vécu dans une communauté. Avant de tout recommencer autrement. Mais toujours à l’écart des autres.

Madeline a grandi comme ça. Débrouillarde, sauvage et différente. Chaque jour, l’adolescente pauvre férue de la vie des loups, avale des kilomètres à pied pour aller en cours. Et s’enfuit dans les bois et sur les lacs dès que possible. A l’écart. Sa vie change avec l’arrivée d’une famille dans la maison de l’autre côté du lac. Un couple d’intellectuels ( Leo, un enseignant-chercheur et Patra, son ancienne élève ) et son fils, le petit Paul.

Madeline, qu’ils ne connaissent que sous le prénom de Linda, va peu à peu entrer dans ses trois vies. Linda va garder le petit Paul et pénétrer dans l’intimité de cette famille atypique où un drame se joue. Derrière l’image d’une famille moderne, le carcan de la religion(Leo est un scientiste chrétien de la troisième génération) et, in fine, la mort pourtant évitable du petit Paul.

Au fil des pages Madeline, désormais adulte, se souvient. Raconte les heures passées auprès d’eux, le procès qui suivra la mort de l’enfant, aussi. Des flashs-backs qui permettent de reconstituer cette vie à l’écart, au milieu des années 80.

Un roman très bien écrit, sensible et dérangeant par la personnalité de Madeline, trop souvent livrée à elle-même, par celle de Leo, intransigeant dans sa foi, et celle de Patra, empêtrée dans ses contradictions.

 

Extraits

Page 68 : » Je jetai un oeil sur la mère et vit qu’elle avait le menton boutonneux, les sourcils épilés. Il y avait du vomi sur sa veste Teddy et une paille Pixy Stix dépassait du coin de sa bouche, comme une caricature de paysan mâchonnant un brin d’herbe. Elle aurait pu être n’importe laquelle des Karens de ma classe d’ici quelques années, et quand je m’en rendis compte j’eus envie de rire, mais pas parce que c’était drôle. Les filles qui restaient à Loose River après le lycée tombaient enceintes et se mariaient à dix-huit ans avant de s’installer dans le sous-sol de leurs parents ou dans un camping-car au fond du jardin. Voilà ce qui arrivait quand on était suffisamment jolie pour devenir pom-pom girl, mais pas suffisamment intelligente pour aller à l’université. Et si on n’était pas suffisamment jolie, on trouvait un emploi dans un casino ou une maison de retraite à Whitewood. » 

Page 131 :  » Plus tard, en vue de l’audience, ils me demanderaient sans cesse pourquoi je n’avais pas posé plus de questions dès le début. Qu’avez-vous pensé du Dr Leonard Gardner lors de votre première rencontre ? Comment décririez-vous le couple en tant que parents ? Quel genre de soins prodiguaient-ils ? Il me serait difficile d’expliquer que je n’avais pas posé de questions parce qu’ils étaient tous deux exceptionnellement, presque insupportablement gentils. Quand « Paul se met à parler des grands voiliers avec entrain, Patra lui apporta un verre de jus ambré et s’agenouilla devant lui. Il descendit le jus en un temps record, tendit le verre à sa mère. Mais elle ne se releva pas tout de suite – elle posa la tête sur ses genoux recouverts de l’édredon. Leo lui caressa les cheveux et Paul fit de même, avec sa main gantée. J’avais honte d’être témoin de cette scène, pourtant je n’arrivais pas à détourner le regard. Je ne pouvais rien faire d’autre que rester là en silence, suivant le tracé rugueux des griffures laissées par le chat sur mes bras. »

Pages 260-261  : « Accusés d’homicide, les Gardner furent acquittés par dérogation religieuse trois semaines plus tard. Je cessai de m’informer sur leur compte après la conclusion du procès de Whitewood. Ma déposition faite, je rentrai avec ma mère dans le pick-up emprunté, mangeai trois sandwichs au beurre de cacahuètes à la suite et partis pêcher des brochets. Pêchai, pris ma première cuite, oubliai. La cabane de l’autre rive resta inoccupée pendant plusieurs mois ; je n’y suis jamais retournée, je ne me suis pas arrêtée pour regarder les nouveaux propriétaires installer leur barbecue et leur filet de badminton l’été suivant. »

 « Une histoire des loups », Emily Fridlund, Gallmeister, 22,40 euros.

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