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APPANAH OK

 

Nathacha Appanah était apparue sur mon blog en 2016, à l’occasion de la sortie de son roman « Tropique de la violence »Un livre qui m’avait donné l’idée de me rendre à Mayotte, où se déroulait l’histoire. Une sacrée découverte !

Alors quand la rentrée littéraire d’automne est arrivée avec ses centaines de nouveaux romans, je n’ai pas hésité longtemps pour plonger dans « Le ciel par-dessus le toit », dernier opus en date de l’auteure née à l’île Maurice, en 1973.

Installée en France depuis 1998, elle commence alors à écrire.  Et n’arrêtera plus. En 2016, « Tropique de la violence » qui vaudra une quinzaine de prix littéraires.

 

 

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Rentrée littéraire

EDEN« Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, avec son pantalon froissé et sa chemise sale, à la police, aux habitants de la réserve, elle dirait toujours les mêmes mots, lèvres serrées, menton buté. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. » »

Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, une adolescente autochtone qui rêve d’ailleurs. Car là, entre la forêt et l’autoroute, la misère et la violence font aussi partie du décor. 

Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville, qui vit seule avec son père. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois et y découvre des choses, des choses dangereuses…
Lucy en sera la victime. De quoi donner à Nita l’envie de s’enfoncer dans la forêt sombre et mystérieuse avec son amie et sa chouette apprivoisée que celle-ci a prénommé Beyoncé. Un espace dans lequel d’étranges agressions ont régulièrement lieu, menées par des animaux sauvages, étranges. Derrière les masques et les objets occultes, des jeunes femmes déterminées que Nita va apprendre à connaître. 

Monica Sabolo, âgée de 48 ans, est une journaliste et écrivaine française, d’origine italienne. Elle vit à Paris. Après « Le roman de Lili », elle signe avec « Jungle » son second roman.

Elle a reçu le Prix de Flore en 2013 pour « Tout cela n’a rien à voir avec moi ». Il y a deux ans elle publiait « Summer ».

Monica Sabolo a commencé à écrire ce nouveau roman après une déconvenue. En lice pour le Goncourt des lycéens avec « Summer », elle doit laisser la place à Alice Zeniter. Alors elle se met à écrire, sur la sauvagerie, sur l’espace, la forêt.  Un décor idoine pour son nouveau roman ­ qu’elle veut gothique. 

L’auteure s’intéresse alors de près à la Colombie-Britannique, dans le sud-ouest du Canada. Ses forêts, ses images, ses lacs… Le destin des femmes autochtones, descendantes des premiers occupants du territoire canadien – Amérindiens, Inuits et Métis n’y pas forcément une vie très heureuse. Et pour cause : elles sont surreprésentées parmi les personnes assassinées ou disparues.  Le thème de la disparition, déjà au coeur de son précédent roman, revient. Comme un boomerang. 

Extraits

Page 45 :« Tout le monde faisait des choses bizarres, à cette époque. Pendant l’année qui suivit l’arrivée de Lucy, et jusqu’à la nuit tragique de son agression – ou plutôt devrais-je dire la nuit de son viol, ce mot que personne ici ne prononce jamais -, les choses bizarres étaient même notre quotidien. 

Cette année-là, ma mère s’était mise à tirer les cartes. Elle avait commencé à le faire pour elle-même, après le départ de mon père, étalant son jeu sur le canapé qui ressemblait au radeau d’une naufragée, envahi de coussins en forme de coeur, de couvertures entortillées, de paquets de chips. Elle regardait longtemps les cartes alignées. On aurait dit qu’elle cherchait à voir des formes qui donneraient un sens au chaos de sa vie, une explication, un renouveau, un homme aux épaules carrées avançant vers elle sourire aux lèvres. »

Page 151 :[…] »Au Hollywood, c’étaient moins les hommes qui m’importaient que les filles, dont le regard me mettait au monde. Le soir, dans l’effervescence et le bruit, nous communiquions sans parler. De loin, Baby me tirait la langue, Diane ou Eli me touchait l’épaule en passant, et je me sentais plus protégée que n’importe où sur cette terre. Pourtant quelque chose grondait, une énergie enflait, remontant le long des murs. »

Page 266: « La nuit, je pensais à cette autre moi-même, celle qui était dans les bois, animée par une force irrésistible, un élan dont on pourrait prétendre, de façon romantique, qu’il s’agissait d’une soif de justice, ou de vengeance, mais ce serait mentir, il s’agissait d’autre chose, de plus trouble, de plus sombre encore, de plus inconséquent et de plus primitif, quelque chose évoquant la ruine, l’anéantissement, un entêtant instinct de mort. Peut-être que ce qui a déjà disparu ou est en train de disparaître sous nos yeux, nous appelle à plus de destruction encore. « 

« Eden », Monica Sabolo, Gallimard, 19,50€

Coup de pompe…

CVT_Chroniques-dune-station-service_9579Rentrée littéraire 

Un objet littéraire non-identifié. Voilà à quoi m’a fait penser « Chroniques d’une station-service », un premier roman, drôle, fantasque, foutraque… et qui nous parle de nous.

Qui ne s’est jamais servi à la station-essence ? Qui n’a jamais profité des toilettes où ça sent le détergent trop fort ? Acheté des sandwiches qui ressemblent à du carton sur la route des vacances dans ces stations-services immenses et sans âme ?

Une expérience, banale, que nous avons tous en commun. Mais avons-nous réellement observé ce qui s’y passait ? Pris en considération ceux qui y travaillent ?

Alexandre Labruffe a visiblement pris le temps d’y voir des choses et d’y déceler des histoires abracadabrantesques !

Son narrateur, pompiste par défaut, s’ennuie ferme. Alors tout est propice à dérouler des intrigues minimalistes, des quiproquos érotiques et des aventures improbables. Le tout, entre trois pleins, des paquets de chips et des cannettes de cola sans sucre…

 Alexandre Labruffe, 45 ans, a été en poste dans des Alliances françaises en Chine puis en Corée du Sud. À cette époque, il a publié avec Benjamin Limonet un récit expérimental à 4 mains, « Battre Roger » (éditions D’ores et déjà, 2008). Depuis son retour à Paris en 2015, il collabore à divers projets artistiques, tout en poursuivant sa thèse en Arts et Cinéma à l’Université Paris-3.

Extraits

Page 15 : 

6. « Lieu de consommation anonyme, la station-service est le tremplin de tous les instincts. 

Ce que je vends le plus : le Coca Zéro 

Le Coca Zéro. Les chewing-gums. Les chips. Les magazines érotiques ou d’automobiles. Les cartes de France. Les sandwichs. L’alcool. Les barres chocolatées ( Mars en tête). Et évidemment l’essence. »

Page 27 : 

17.  » Pour être pompiste, il faut avoir le permis ( 80% des annonces l’exigent) et aimer l’odeur de l’essence ( 100% des annonces l’oublient). 

Moi, j’aime l’odeur de l’essence, l’indélébile odeur de l’essence, ce parfum entêtant et têtu, collant, qui s’incruste, acide, sucré et amer, partout, en tout.

Il faut aimer  la routine aussi. La routine et l’ennui que j’essaie de tromper, attendant les clients, en regardant des films sur la télévision accrochée au mur derrière le comptoir ; des films que je regarde en boucle, quand je ne joue pas au dames aux Nietzland. 

Il faut enfin aimer les non-lieux (les néons et les non-lieux) et les filles qui aiment l’odeur de l’essence. Certaines filles en raffolent, me collent dans les soirées, me sniffent quand je leur dis que je suis pompiste. 

Contrairement aux idées reçues, les filles aiment les odeurs fortes. « 

Page 62-63 : 

80. « Le damier posé entre nous. Nietzland est sidéré :

- Mais pourquoi tu es parti en courant, Beauvoire ? Je te comprends pas. Il suffisait de l’embrasser. Elle te tendait les bras, et toi tu fais quoi  : tu fuis ?! Merde. A mon avis, elle est en dépression maintenant. C’est sûr, elle ne voudra lus jamais te revoir. 

- Oui, j’ai honte, je sais pas ce qui m’a pris, j’ai paniqué, je crois. Elle est revenue de la salle de bains avec son peignoir à moitié ouvert, presque nue, et là… j’ai horreur des peignoirs, tu sais bien, de la nudité aussi…, et la vérité, pour tout te dire, j’avais sa culotte qui dépassait de ma poche… 

- Qu’est-ce que tu faisais avec sa culotte dans la poche ? 

- Oh laisse tomber… C’est trop compliqué à… 

Un client me commande une bouteille de bière fraîche. je lui sers une Meteor. Nietzland déplace un pion. Je comprends qu’il s’oriente vers le coup du caméléon. 

Il a l’air pensif :

- Tu vois, au Japon, il y en a qui se feraient hara-kiri pour moins que ça. »

« Chronique d’une station-service », Alexandre Labruffe, Verticales, 15€

 COUP DE POMPE

 

 

Rentrée littéraire  
DEMANDE TIERS«  La folie n’est pas donnée à tout le monde. Pourtant j’avais essayé de toutes mes forces.  »
C’est le genre de fille qui ne réussit jamais à pleurer quand on l’attend. Elle est obsédée par Bambi, ce personnage larmoyant qu’elle voudrait tant détester. Et elle éprouve une fascination immodérée pour les requins qu’elle va régulièrement observer à l’aquarium.
Mais la narratrice et la fille avec qui elle veut vieillir ont rompu. Elle a aussi dû faire interner sa sœur Suzanne en hôpital psychiatrique. Définitivement atteinte du syndrome du cœur brisé, elle se décide à en savoir plus sur sa mère, qui s’est suicidée lorsqu’elle et Suzanne étaient encore enfants.
Elle retourne sur les lieux, la plus haute tour du château touristique d’où sa mère s’est jetée. Elle interroge la famille, les psychiatres. Aucun d’eux ne porte le même diagnostic. Quant aux causes  : « Ce n’est pas important de les savoir ces choses-là, vous ne pensez pas ? »
Déçue, méfiante, elle finit par voler des pages du dossier médical qu’on a refusé de lui délivrer.
Peu à peu, en convoquant tour à tour Blade Runner, la Bible ou l’enfance des tueurs en série, en rassemblant des lettres écrites par sa mère et en prenant le thé avec sa grand-mère, elle réussit à reconquérir quelques souvenirs oubliés.
Mais ce ne sont que des bribes. Les traces d’une enquête où il n’y a que des indices, jamais de preuves.
La voix singulière de Mathilde Forget réussit à faire surgir le rire d’un contexte sinistre et émeut par le moyen détourné de situations cocasses. Sur un ton à la fois acide et décalé, elle déboussole, amuse et ébranle le lecteur dans un même élan.

Mathilde Forget, auteure, compositrice et interprète signe là son premier roman plein d’humour décalé et grinçant. Un pas de côté pour aborder des questions profondes, graves. Essentielles. 

Elle nous en parle ici  :

 

Extraits

Pages 26-27 : « Jacques a dit :  » Ne devient pas fou qui veut. » Je ne suis pas spécialement lacanienne, mais sans connaître cette phrase j’ai pensé il y a quelques temps que la folie n’est pas donnée à tout le monde. Je ne suis pas non plus freudienne. Et d’ailleurs je me méfie de Sigmund, je sais que Bambi a été créé par l’un de ses proches amis, le romancier Felix Salten.

La folie n’est pas donnée à tout le monde. Pourtant j’ai essayé de toutes mes forces. C’était après avoir passé plusieurs heures à répéter, Bambi est un connard, Bambi est un connard, Bambi est un connard… effondrée sur le carrelage trop propre de ma cuisine. Un jour une amie m’a dit : « C’est tellement vide et propre chez toi, on dirait l’appartement d’un psychopathe. » C’est vrai, je pourrais être une psychopathe mais je crois que mon goût pour les intérieurs austères et ordonnées me vient surtout de mon éducation protestante. « 

Page 35 : « Grâce aux médicaments, Suzanne dit oui à toutes mes propositions d’activités, ce qui me permet de m’améliorer à la belote. Une grande soeur cesse forcément un jour de jouer avec sa petite soeur, à l’hôpital psychiatrique je peux me venger. Pour la belote, on s’installe dans sa chambre. On est souvent interrompues par un patient qui cherche la télécommande. Il n’y en pas qu’une seule pour tout l’hôpital, alors pour changer de chaîne il faut partir à sa recherche. » 

Page 76 : « On a rompu sur un banc. J’ai voulu pleurer pour réhabiliter mon coeur. Je l’ai prise dans mes bras pour qu’elle ne voie pas mon visage. J’ai fait en sorte que des larmes viennent et peu importe de quel chagrin. J’ai pensé à la mort de Cathy Cesnik, assassinée le 7 novembre 1969 à Baltimore car elle s’apprêtait à révéler de nombreux viols et agressions sexuelles commis par des prêtres sur des enfants au sein de l’école catholique où elle enseignait le théâtre et l’anglais. Penser à soeur Cathy me fait pleurer. Quand j’a senti les larmes monter, je lui ai montré mon visage. Dans son regard j’ai vu un soulagement. 

Quatre mois après la rupture, j’ai pleuré pendant une semaine sans même avoir besoin de penser à soeur Cathy. Et mon coeur s’est littéralement effondré dans ma poitrine pour finir au fond de mon ventre. J’ai donc bien un coeur, mais il n’est plus au bon endroit. »

« A la demande d’un tiers », Mathilde Forget, Grasset. 

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Rentrée littéraire

41Zm6vtAysL._SX195_Je n’avais, sauf oubli de ma part, jamais ouvert un roman de Karine Tuil. Le onzième de ses écrits est arrivé sur mon bureau alors je l’ai ouvert. « Les choses humaines » nous parle de nous, de l’air du temps. C’est d’ailleurs ce que lui reproche plusieurs critiques lues ces dernières semaines. L’ère post «#metoo » pour être plus précise.

Au fil des pages, on parle de sexe, de violence sexuelle, de rapports entre hommes et femmes. A l’aune de l’actualité qui ne laisse plus rien passer, et c’est heureux.

L’histoire ? Elle se passe aujourd’hui. Jean Farel, 70 ans, fait de la résistance à la télévision et sur les ondes. L’homme, qui s’est fabriqué tout seul, est au faîte de sa carrière. Il est marié à Claire, essayiste reconnue, de 27 ans sa cadette. Ils ont un fils, Alexandre, brillant étudiant, mais cependant fragile, alors en chemin vers une prestigieuse université américaine, Stanford. Il tente de se remettre d’une douloureuse rupture amoureuse avec une femme plus âgée, et déjà dans les sphères du pouvoir.

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Rentrée littéraire

UNE JOIE FEROCEUn sujet grave, douloureux, évoqué d’une manière peu banale. Dans son nouveau roman, Sorj Chalandon nous parle du cancer. Et de ce qu’il peut provoquer comme conséquences, parfois définitives, chez celles et ceux qu’il frappe. La preuve avec JeanneJeanne ? C’est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.

Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.
Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve ( son fils est mort à sept ans, malade), qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. «  Il y a quelque chose  », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant.

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Les autres, cet enfer !

Rentrée littéraire

livre_moyen_9782707345783Julia Deck a l’art de dénoncer, avec humour et ironie, les travers de notre époque. Elle s’y emploie une fois encore dans son quatrième roman « Propriété privée », paru il y a quelques semaines. 

Une auteure quadragénaire dont j’avais découvert la plume et la verve à travers son premier roman « Viviane Elisabeth Fauville »très bonne impression confirmée à la lecture du « Triangle d’hiver ». 

Signe des temps, nous voilà à l’orée d’une nouvelle vie pour Eva et Charles Caradec. Les deux quinquagénaires parisiens ont décidé de quitter la capitale pour un écoquartier de l’autre côté du périphérique. Elle est urbaniste, un peu perchée. Il était enseignant mais surtout dépressif depuis plusieurs décennies. 

Le couple saute le pas et achète une maison, sur plan. Un ensemble de huit habitations, un groupe fermé de huit familles, issues des classes moyennes supérieures. Ambiance « Wisteria Lane », vous voyez ? 

Vous avez là Eva et Charles donc, mais aussi Arnaud et Annabelle Lecocq, les Benani, les Lemoine, les Taupin… 

Avec, rapidement, un chat rouquin retrouvé mort, après avoir été torturé… Raconté comme cela, vous allez me dire : « Bof ». Vous auriez tort. Je ne veux pas « divulgâcher » toute l’intrigue qui, d’une comédie acide va se transformer en polar foutraque. 

Julia Deck, invitée de l’émission La Grande librairie nous raconte :

 

Julia Deck, invitée de l’émission La Grande librairie nous raconte :

Extraits

Page 39 : […] Un second rire très net s’est fait entendre. J’ai regardé autour de moi. Il n’y avait  personne d’autre dans la pièce. Mais la lucarne était demeurée entrouverte, à quelques mètres de la salle de bains mitoyenne. Mon coeur s’est rétracté d’horreur. J’ai compris que je n’avais plus le droit de crier, qu’il faudrait ravaler ma rage jusque dans notre abri le plus intime, parce que rien de ce qui se déroulerait ici ne demeurerait caché. Surtout j’ai compris que j’allais mordre la poussière. » 

Page 54 : « Je t’ai tout de suite dit que ce serait une erreur de tuer le chat. En général parce que nous ne sommes pas des personnes qui s’en prennent aux animaux, et en particulier parce que nous sommes encore moins de celles qui clouent leurs dépouilles aux portes du voisinage en signe de mécontentement.

Page 148 : « Je ne vais pas te mentir. Chaque fois que je t’ai vu au parloir, tu m’as fait peur. Evidemment, le décor n’aidait pas, un bloc sale inventé par un architecte scélérat, aux vitre scarifiées par des centaines d’ongles acharnés, suintant l’haleine de toutes les bouches qui s’étaient tendues en vain l’une vers l’autre pour ne rencontrer qu’un mur de glace. Et ce policier statufié dans l’angle, qui gagnait son salaire en rayant de sa conscience tout sentiment humain pendant ses heures de service – j’espérais que son épouse le martyrisait qu’il possédait trois enfants en bas âge et un crédit jusqu’au cou. »

« Propriété privée », Julia Deck, Editions de Minuit, 16€

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Rentrée littéraire

OLIVIER ADAMOlivier Adam est de retour ! J’avais découvert ses personnages à travers le roman « Les lisières », dont j’avais particulièrement apprécié la vision de la France des périphéries. J’avais voulu prolonger avec « Peine perdue », que j’avais trouvé moins percutant. Puis avec « La renverse », qui nous rappelait qu’en politique comme ailleurs, la chute peut être terrible, irrémédiable. Tragique même.

Bref, j’ai replongé. Pour le meilleur ou pour le pire ? Allez savoir. Dans ce nouveau roman, Olivier Adam convoque à nouveau son avatar, Paul. Steiner ou Lerner au fil des romans dans lesquels il nous donnent des nouvelles de sa vie, de ses amours… et de ses emmerdes.

Ses emmerdes, justement. A 45 ans, elles voyagent visiblement en escadrille dans la vie de notre auteur qui, faute de succès littéraire donc d’argent, retourne vivre en Ille-et-Vilaine, département qu’il avait quitté avec femme et enfants pour s’installer à Paris. Dans ce roman, où Olivier Adam nous promène entre fiction et autobiographie, nous rencontrons un Paul un peu éteint, qui n’a pas réellement digéré ses années de déveine.

Journaliste dans un hebdomadaire, il tente de s’adapter à son nouveau statut. Un peu dépassé par son environnement. Le plus proche. Il apprend que, Sarah, sa compagne lui ment depuis des mois sur son emploi du temps, qu’elle le trompe avec une femme ; que sa fille aînée, Manon, s’enfonce dans les mensonges jusqu’à se rendre malade. Seul Clément s’en sort. Entre surf et parties de foot via un ordinateur…

Alors que le centre d’hébergement de migrants dans lequel Sarah, sa compagne, est pris pour cible par des racistes, Paul est « approché » par Claire, qui se présente comme sa demi-sœur. L’est-elle vraiment ? Manon, elle, sera « enlevée » par Franck, policier… et mari de Lise, la maitresse de Sarah. Vous suivez toujours ?

Au fil des pages, le roman se transforme en tourbillon. Tout s’enchaîne. Trop ? Allez savoir. Personnellement, je le trouve « too much », mais les réalisateurs devraient se régaler de ces intrigues enchêvetrées.

Un nouveau « livre-bilan » pour Olivier Adam qui comme dans « Falaises », « Des vents contraires », ou « Lisières » en profite pour faire le point, et aborder aussi ce qui meut notre société. Entre accueil des migrants et défense de l’environnement.

 Extraits

Page 40 :« Eric lui serra la main tandis que son chien tirait sur sa laisse, ne voyant pas en quoi un type dans son genre pouvait justifier qu’on interrompe sa promenade. Paul n’était pas loin de penser la même chose. Du reste il n’aurait pas été contre l’idée d’ignorer Eric, depuis plusieurs années déjà, et jusqu’à nouvel ordre. Cela faisait bientôt vingt ans qu’ils se croisaient. Ils avaient publié leurs premiers romans à la même époque. Ceux de Meyerowitz avaient connu un succès tardif mais depuis quelques années il tenait sa revanche et ne quittait plus les cimes des classements des meilleures ventes. »

Page 84 :« Il passa la journée en compagnie d’un fantôme. Celui d’un ami. Celui d’un frère. Qu’il avait, comme tous ceux qu’il avait eus, dans des circonstances nébuleuses. A quoi pouvait bien tenir cette manie de couper les ponts, cette disposition au saccage, auxquelles seule Sarah avait échappé jusqu’ici ? Oui, longtemps, Aurélien avait été un frère pour lui. Comme l’avait été Damien à l’adolescence (une fois entré à l’université Paul ne lui avait subitement plus donné la moindre nouvelle, pas plus qu’aux amis qui gravitaient autour d’eux à l’époque, il avait littéralement disparu de leurs vies. Comme l’avait été son frère aîné, jusqu’à ce qu’au prétexte d’une prétendue incompatibilité politique, culturelle, au cours d’il ne savait plus quelle engueulade, Paul l’éjecte de sa vie. »

Page 344 :« Il leur fallait prendre un peu de distance, se disait-il, se sauver, dans les deux sens du terme. C’était chez lui un vieux réflexe. Quand les choses s’enlisaient, il fallait partir. Pas toujours pour de bon. Mais au moins pour quelques jours. La fuite lui avait toujours paru une stratégie préférable à toute autre. Depuis qu’ils se connaissaient, Sarah et lui, ils n’avaient cessé de jouer à cache-cache avec le malheur, la dépression, l’usure, l’ennui, les échecs, quittant Paris pour la Bretagne, puis la Bretagne pour Paris, et Paris pour la Bretagne, par un curieux mouvement de balancier, d’allers-retours qui ne menait à rien et finissait par leur coller la nausée. Peut-être fallait-il en finir avec tout ça. Ne plus revenir sur leurs pas. Repartir de zéro. S’inventer d’autres racines, d’autres attaches. »

 « Une partie de badminton », Olivier Adam, Flammarion, 21€

 

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Rentrée littéraire

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Un premier roman ? Youpi ! Une fois de plus, quel plaisir de se laisser porter par l’envie, l’histoire et les mots de celui ou celle qui se lance. Qui voit son aventure littéraire aboutir. Jour de gloire donc pour Victor Jestin, 25 ans,  jeune Parisien diplômé du Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle.

« La chaleur » fait donc partie des 524 nouveaux romans de la rentrée littéraire. Celle des prix. Celle des bonnes pioches et des jolies découvertes ?

L’histoire ? C’est celle de Léonard, un adolescent de 17 ans qui passe ses vacances en famille dans un camping du sud-ouest. Il s’ennuie ferme. Préfère faire la vaisselle, seul, plutôt que de jouer avec des jeunes de son âge. Il reste en grande partie à la vie du camping. Et pas question pour lui de participer à l’injonction du bonheur qu’on lui distille à longueur d’activités.

Une nuit, la veille du retour à la maison, tout bascule cependant. Il tombe sur Oscar, un autre jeune vacancier. Mais l’adolescent est en train de mourir, étouffé, affalé sur une balançoire. Léonard le laisse mourir. Mais fera ensuite le curieux choix de l’enterrer dans le sable. Et de  vivre avec son secret jusqu’à la fin des vacances.

Une situation singulière pendant laquelle il tombera également amoureux de Luce. Une jeune fille qui, comme avec Oscar, joue avec ce jeune homme toujours à part.

Au fil des pages, voilà un roman efficace à l’écriture simple et fluide.

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 Laurent Gaudé fait partie de mon panthéon littéraire personnel. De son vivant ! Oui, je sais, c’est une sacrée chance !

SALINA

 

Presque vingt ans que je suis cet auteur, roman après roman. C’est d’ailleurs grâce à l’un d’eux (« Danser les ombres ») que j’ai eu envie de découvrir Haïti, sac sur le dos.

Romancier, auteur de théâtre et de nouvelles, poète, Laurent Gaudé manie les mots et les univers. Convoquant la mythologie antique pour mieux expliquer l’actualité brûlante. Et ça fonctionne.

Vous trouverez des posts sur ses oeuvres ici mais également là  et enfin par ici.

 

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