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Rentrée littéraire

MISE A NUOn poursuit notre virée parmi les livres de la rentrée ? Une balade totalement subjective, je vous l’accorde, mais c’est bien tout l’intérêt ! Jean-Philippe Blondel, je l’ai lu il y a longtemps, à l’occasion de la sortie de ses premiers romans comme  » Accès direct à la plage « .

Des années que je ne le suivais plus. C’est donc avec un vrai plaisir que j’ai ouvert « La mise à nu », publié chez Buchet Chastel, maison d’édition qui arrive systématiquement à m’emmener ailleurs. La preuve encore cette fois.

Auteur de romans et de livres jeunesse, Jean-Philippe Blondel vit et enseigne à Troyes.

Son quatorzième roman, nous parle de Louis Claret, un professeur d’anglais âgé de 58 ans qui, séparé et pas si proche de ses deux filles, s’est construit une vie simple. Pas folichonne mais qui le rassure. Il se laisse bercer par le quotidien.

Et puis un jour, il reçoit une invitation. Celle d’un ancien élève, pour un vernissage. Alexandre Laudin, l’ancien élève un peu laissé à l’écart par la classe, est aujourd’hui un peintre en vue. Connu en France comme à l’étranger.

 

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Rentrée littéraire

MARION GUILLOTMarion Guillot, vous connaissez ? La trentenaire fait partie des auteurs dont j’apprécie le travail. J’avais beaucoup aimé son premier roman qui s’imposait comme un programme salutaire, « Changer d’air », paru aux Editions de Minuit ( vous pouvez le retrouvez ici).

La jeune femme installée en Bretagne est de retour avec « C’est moi ».

Après nous avoir raconté la vie de Paul, ce professeur de Lettres installé à Lorient qui, le jour de la rentrée, après avoir assisté, impuissant, à la chute d’une femme dans le port, décide de ne jamais rejoindre sa classe, ni sa vie.

Autre décor avec « C’est moi ». Quoique. Nous sommes toujours pas loin de la mer. Au sein d’un couple qui ne va pas bien. Il y a la narratrice, quadragénaire. Elle travaille, ce qui n’est actuellement pas le cas de son compagnon, Tristan. Ils vivent dans un petit appartement, sans guère de projets ni d’envies… Et puis il y a Charlin, le vieux pote de Tristan, qui passe beaucoup de temps (bien trop aux yeux de la narratrice) chez le couple.

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Rentrée littéraire

La rentrée littéraire d’hiver vient de s’ouvrir. La petite rentrée ? Les esprits chagrins le pensent. Pas moi. Il y a parmi les 499 romans publiés en janvier et février quelques pépites. Forcément. Parmi ces livres nouveaux, 145 romans français dont 64 premiers. Une aubaine. Pour ouvrir la saison, j’ai cependant décidé de choisir l’auteure Marie Redonnet. Pas une nouvelle venue. Mais une « revenante » si j’ose dire. Après des années de silence, elle est de retour !

TRIO

 

Je l’avais découverte en 2016, grâce au conseil avisé d’une libraire tourangelle avisée ( ne jamais négliger les conseils de ces professionnels !). Marie Redonnet, sexagénaire, publiait alors « La femme au colt 45″. Un roman court, percutant. Détonant. A redécouvrir ici.

Alors j’ai poursuivi la découverte un peu plus loin. L’an dernier,  Le Tripode décidait de publier en un seul volume – « Héritières »–, trois romans publiés il y  a trente ans aux Editions de Minuit. Nouvelle claque. Et c’est par.

Avec « Trio pour un monde égaré », Marie Redonnet confirme qu’elle appartient à un groupe à part. Celui des auteurs qui, de livre en livre, inspecte le moindre recoin de leur univers, autour d’une même thématique. Sans se perdre. Sans nous lasser non plus. Ici, pas de lieu, ni de dates.

Un décor flou pour aller mieux au coeur de la matrice et des personnages. Et la guerre. Toujours. La violence aussi. Et cette quête des personnages, trois rescapés, à sauver leur liberté. De penser et d’agir. Coûte que coûte.

 

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LOUPS OKUne histoire étrange. Vraiment. Et un premier roman extrêmement réussi, parce que dérangeant, et comme je le disais, étrange. Une histoire de loups, donc. Reste à savoir qui ils sont vraiment… L’histoire ? C’est celle de Madeline, une jeune fille de 15 ans qui vit dans le Minnesota. Elle vit dans une cabane très mal équipée au fond des bois. Ses parents ont, autrefois, vécu dans une communauté. Avant de tout recommencer autrement. Mais toujours à l’écart des autres.

Madeline a grandi comme ça. Débrouillarde, sauvage et différente. Chaque jour, l’adolescente pauvre férue de la vie des loups, avale des kilomètres à pied pour aller en cours. Et s’enfuit dans les bois et sur les lacs dès que possible. A l’écart. Sa vie change avec l’arrivée d’une famille dans la maison de l’autre côté du lac. Un couple d’intellectuels ( Leo, un enseignant-chercheur et Patra, son ancienne élève ) et son fils, le petit Paul.

Madeline, qu’ils ne connaissent que sous le prénom de Linda, va peu à peu entrer dans ses trois vies. Linda va garder le petit Paul et pénétrer dans l’intimité de cette famille atypique où un drame se joue. Derrière l’image d’une famille moderne, le carcan de la religion(Leo est un scientiste chrétien de la troisième génération) et, in fine, la mort pourtant évitable du petit Paul.

Au fil des pages Madeline, désormais adulte, se souvient. Raconte les heures passées auprès d’eux, le procès qui suivra la mort de l’enfant, aussi. Des flashs-backs qui permettent de reconstituer cette vie à l’écart, au milieu des années 80.

Un roman très bien écrit, sensible et dérangeant par la personnalité de Madeline, trop souvent livrée à elle-même, par celle de Leo, intransigeant dans sa foi, et celle de Patra, empêtrée dans ses contradictions.

 

Extraits

Page 68 : » Je jetai un oeil sur la mère et vit qu’elle avait le menton boutonneux, les sourcils épilés. Il y avait du vomi sur sa veste Teddy et une paille Pixy Stix dépassait du coin de sa bouche, comme une caricature de paysan mâchonnant un brin d’herbe. Elle aurait pu être n’importe laquelle des Karens de ma classe d’ici quelques années, et quand je m’en rendis compte j’eus envie de rire, mais pas parce que c’était drôle. Les filles qui restaient à Loose River après le lycée tombaient enceintes et se mariaient à dix-huit ans avant de s’installer dans le sous-sol de leurs parents ou dans un camping-car au fond du jardin. Voilà ce qui arrivait quand on était suffisamment jolie pour devenir pom-pom girl, mais pas suffisamment intelligente pour aller à l’université. Et si on n’était pas suffisamment jolie, on trouvait un emploi dans un casino ou une maison de retraite à Whitewood. » 

Page 131 :  » Plus tard, en vue de l’audience, ils me demanderaient sans cesse pourquoi je n’avais pas posé plus de questions dès le début. Qu’avez-vous pensé du Dr Leonard Gardner lors de votre première rencontre ? Comment décririez-vous le couple en tant que parents ? Quel genre de soins prodiguaient-ils ? Il me serait difficile d’expliquer que je n’avais pas posé de questions parce qu’ils étaient tous deux exceptionnellement, presque insupportablement gentils. Quand « Paul se met à parler des grands voiliers avec entrain, Patra lui apporta un verre de jus ambré et s’agenouilla devant lui. Il descendit le jus en un temps record, tendit le verre à sa mère. Mais elle ne se releva pas tout de suite – elle posa la tête sur ses genoux recouverts de l’édredon. Leo lui caressa les cheveux et Paul fit de même, avec sa main gantée. J’avais honte d’être témoin de cette scène, pourtant je n’arrivais pas à détourner le regard. Je ne pouvais rien faire d’autre que rester là en silence, suivant le tracé rugueux des griffures laissées par le chat sur mes bras. »

Pages 260-261  : « Accusés d’homicide, les Gardner furent acquittés par dérogation religieuse trois semaines plus tard. Je cessai de m’informer sur leur compte après la conclusion du procès de Whitewood. Ma déposition faite, je rentrai avec ma mère dans le pick-up emprunté, mangeai trois sandwichs au beurre de cacahuètes à la suite et partis pêcher des brochets. Pêchai, pris ma première cuite, oubliai. La cabane de l’autre rive resta inoccupée pendant plusieurs mois ; je n’y suis jamais retournée, je ne me suis pas arrêtée pour regarder les nouveaux propriétaires installer leur barbecue et leur filet de badminton l’été suivant. »

 « Une histoire des loups », Emily Fridlund, Gallmeister, 22,40 euros.

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Rentrée littéraire

VIOLENCES OK  Une rentrée littéraire est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, pas forcément les auteurs de premiers romans, non, des auteurs qui ont déjà publié et qui, par la grâce d’une maison d’édition inspirée, sortent du lot et laissent alors découvrir leurs univers, déjà construit.

C’est le cas avec Etienne Deslaumes, que je ne connaissais pas jusqu’à présent.

Il signe avec « Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner », son troisième roman après « Emilien et le souci de définition » et « Journal ambigu d’un cadre supérieur », qui lui avait valu un succès critique.

Après avoir longtemps travaillé comme cadre sup dans un groupe d’assurance, Etienne Deslaumes, quinquagénaire, est formateur et enseignant en droit immobilier.

« Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner » est un roman choral. Chapitre après chapitre, ce sont deux générations de personnages qui prennent la parole à tour de rôle.

Mais tout commence par un enterrement, celui d’Armande. La jolie quinqua est morte après avoir été renversée par une voiture. Accident ? Suicide ? Tous se posent la question. Armande, sa vie durant, s’est laissée porter. Pour tout. Elle a épousé Christophe, un cadre prometteur et déjà riche. A élevé deux filles. Puis s’est vengée. De l’infidélité de son mari Christophe d’abord puis de sa frustration et de l’ennui de sa vie.

Elle raconte. Comme Christophe dont elle a fini par divorcer. Comme Patricia et Emilien, un couple d’amis tellement proches, mais pourtant si secrets. Comme les enfants de ceux-ci, Margaux et Aubin.

Au fil des monologues, d’autres histoires se dessinent. Ambigües. D’autres explications se font jour. Pas toujours belles.

Entre petits arrangements avec la morale et lâchetés ordinaires, Etienne Deslaumes nous parlent d’eux. Et de nous.

Unité de lieu et de temps donc pour ce roman à tiroirs autour de l’amour et des questions qu’il pose quand il est là. Ou pas.

 

 

Découvrez ici une interview d’Etienne Deslaumes

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Extraits

Page 37 (Armande)  :« […] Il est devenu le bras armé de ma paresse. : puisque je me mariais avec un homme qui avait une bonne situation dans une banque, qui parlait déjà, à vingt-cinq ans, de monter sa boîte, je n’avais plus besoin de finir mes études ni de travailler. Ouf! Le raisonnement (ce n’était pas vraiment un raisonnement, c’était à demi-conscient, à ce moment-là) était un peu osé, parce qu’un peu démodé. Mais bon, personne n’y a trouvé à redire ; pas même mes parents, plutôt flattés que leur fille connaisse une fin bourgeoise. Lorsque mon bonheur escompté avec Christophe m’a été arraché, ce qui fut aussi très vite fait, j’ai détesté mon mari parce qu’il me rendait malheureuse. Ensuite, il était un pis-aller : l’instrument de mon confort. Bref, ce qui me guidait, dans mon rapport à lui, dans le bon comme dans le mauvais, c’était toujours moi, re-moi et encore moi. Ce que lui pouvait ressentir ? Bof… je n’y pensais que très rarement. »

Pages 109-110 (Patricia) :« Si j’ai pris du champ avec Emilien, ce n’est peut-être pas parce qu’il m’a déçue, en ne faisant pas pour moi ce qu’Armande a fait : comprendre mes points faibles, en tenir compte, composer avec, me donner des outils pour les combattre sans me brusquer. Je me suis éloignée de lui, de tous mes semblables, sauf d’Armande précisément, car elle était la seule à avoir compris que je ne redeviendrais jamais comme avant et que, pour qu’une partie de moi continue à vivre et, peut-être, je dis bien “peut-être”, à être heureuse, il fallait admettre qu’une autre partie était morte ».

Page 131 (Christophe) :« A bien y réfléchir, si j’ai autant renoncé c’est par lâcheté, par peur de souffrir. Lorsque j’ai vu Emilien en larmes, à plus de quarante ans, parce qu’on l’avait plaqué, je me souviens m’être senti satisfait de ne plus pouvoir me trouver dans ce genre de situation.

Je me suis gouré. On ne vit pas mieux en se mettant sous cloche. On vit moins bien, au contraire. On vit moins bien parce qu’on vit moins. »

« Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner », Etienne Deslaumes, Buchet Chastel, 17€.

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CVT_Le-livre-que-je-ne-voulais-pas-ecrire_3359Rentrée littéraire

A chaque rentrée littéraire, je vous fais part de mon coup de coeur. Cette fois, je le tiens. Il s’agit du livre publié par Erwan Larher « Le livre que je ne voulais pas écrire ».

Un « objet littéraire », comme il le définit lui-même et qui m’a été chaudement recommandé par mes deux libraires préférées, à Tours et à Quimperlé. Alors je me suis laissée tenter. Et j’ai pris une claque. Enorme. Erwan Larher, écrivain désormais installé dans la Vienne, était au Bataclan au concert du groupe Eagles of Death Metal, le 13 novembre 2015.

Blessé dans sa chair (il a pris une balle à hauteur des fesses), il raconte avec un « tu » inspiré qui met l’horreur à distance, ce qui s’est passé ce soir-là, puis cette longue et éprouvante nuit. Et les jours, les mois d’après. Les questions, les sentiments, la peur et la douleur… tout y passe.

Un livre pas écrit pour aller mieux nous explique-t-il, mais pour partager. Parce que ce qui s’est passé cette nuit-là appartient désormais à tout le monde. Et parce qu’il est persuadé, depuis qu’il écrit, que les mots et ce qu’on en fait, peuvent changer le monde. Alors forcément…

 

 

Retrouvez ici l’article que j’ai consacré à son livre dans La Nouvelle République, le 8 novembre.

Cinq bonnes raisons de lire « Le livre que je ne voulais pas écrire »

– Parce qu’Erwan Larher est écrivain, auteur de cinq romans avant la publication de ce qu’il définit comme n’étant « ni un récit, ni un témoignage, ni un truc larmoyant ». Il a un style, un rythme et beaucoup d’humour même pour parler de tout cela.

– Parce que l’auteur raconte de manière très particulière ce qu’il a vécu dans sa chair cette nuit-là. Sans rien épargner au lecteur.

– Parce qu’Erwan Larhrer s’interroge tout au long de son livre sur sa légitimité en tant qu’écrivain à nous raconter cela et de cette manière-là.

– Parce que « Le livre que je ne voulais pas écrire » se nourrit aussi de textes de proches ( son père, son frère) et d’amis écrivains ou pas, offrant au lecteur des respirations « Vu du dehors ».

– Parce que l’auteur prouve qu’on peut mettre de la littérature au coeur d’un drame, aussi terrible soit-il et que ça fait du bien. Aussi.

 

Extraits

Page 98 : « En ce 13 novembre 2013, le destin te donne l’occasion de t’illustrer pour de vrai, grandeur nature, sur une scène à la démesure de ton super-héroïsme latent. Or, dès que tu entends les bruits de pétards, tu obéis aux “Couchez-vous !” qui suivent. Un héros n’obéit pas. S’il fait comme tout le monde dans l’adversité, il ne sauve personne. Pire : jamais te relever pour prendre la mesure de la situation, puis réagir avec sang-froid et efficacité, ne te traverse l’esprit. Tu restes pelotonné comme une lavette contre ta barrière métallique. Pour ajouter à ton avanie, une balle te transperce les fesses au bout de cinq minutes. »

Page 179 : « Ce qui te traumatise, c’est que tu ne sais pas si tu rebanderas un jour – la décence et l’orgueil t’empêchent encore de t’en ouvrir à des oreilles autres qu’hippocratiques. Nul doute que cette crainte prend toute la place et brésille les autres. Concernant ta jambe, les autorités compétentes semblent pronostiquer que tu auras peu de séquelles puisque la balle n’a pas touché le nerf sciatique ; pour la fonction évacuative du système digestif, Francesco juge la guérison en bonne voie. Le sujet sur lequel personne ne s’avance, c’est l’érectilité de ton avenir. Si tu dois faire des cauchemars, ils seront plutôt liés à ta dévirilisation. De toute façon, pour cauchemarder, il faut dormir. »

Pages 237-238 : « Un objet littéraire… L’expression ne cache-t-elle pas une volonté de contrôle sur ce projet ? Qui le desservirait. Qui expliquerait pourtant tu as tant tâtonné. Te te fliques, tu te brides. Pourquoi pas un récit, simple, comme si tu en parlais à tes potes? Tu renâcles. Te bats contre cette impression d’écrire pour les autres. Tu n’y prends même pas de plaisir, à ce fichu Projet B. […]

Un objet littéraire. Qui s’étoffe cahin-caha. Laborieusement. C’est pénible, insatisfaisant, tu tournes autour. L’angle d’attaque, bon sang, l’angle d’attaque ! Parce que débagouler tes petites misères, tes petits malheurs, pas question. Quelle idée d’avoir ouvert ta gueule, d’avoir annoncé que tu l’écrivais, ce Projet B.! Tu as la pression. Tu te sens attendu. Et puis jusqu’où aller ? Tu n’es pas seul dans cette histoire, qui ne finit pas bien pour tout le monde. L’angle ne peut être que l’individuel dans le collectif. Alors tu notes des idées de chapitres, des bribes comme… »

 

« Le livre que je ne voulais pas écrire », Erwan Larher, Quidam éditeur, 20€

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 Rentrée littéraire

 

CHOUDART OKélia Houdart, je l’avais découverte avec « Gil », également paru chez P.O.L.. Puis je l’avais rencontrée, au hasard d’une exposition puis d’une lecture, à la Maison des arts Georges-Pompidou, à Cajarc, dans le Lot. Un chouette moment !

C’est donc avec intérêt que j’ai plongé dans son nouveau roman,  » Tout un monde lointain « . Et je n’ai pas été déçue.

Cette fois encore, Célia Houdart offre une histoire singulière. Avec, toujours, une petite musique qui ne ressemble qu’à elle.

L’histoire ? Elle s’ouvre sur un premier chapitre dont on ne sait, tout d’abord, pas quoi faire. Qui est donc cette petite fille qui, en 1918, marche dans les herbes sous le regard de son père ?

On suit ensuite Gréco, ensemblière désormais à la retraite qui partage ses journées entre sa maison de Roquebrune-Cap-Martin, ses balades et ses bains de mer. Sa carrière a été fructueuse. Elle est riche, cultivée. Désormais seule.

Toujours, elle veille aussi sur la maison de son ami Alexander, disparu deux ans plus tôt : la villa E.1027, formidable création de l’architecte Eileen Gray.

Un jour, cet équilibre vacille. Un couple, Tessa et Louison, s’est installé dans la maison fermée. Ils sont étudiants, danseurs et follement amoureux. Elle les regarde vivre, s’inquiète pour l’état de la maison de son ami. Contre toute attente, elle accueille finalement ce changement puis se lie d’amitié avec ces deux jeunes gens, beaux et inspirés. Malgré les facéties souvent gores de Louison

L’occasion pour elle, avec eux, de remonter le temps. Les souvenirs de Gréco, cette petite fille d’origine polonaise, vont revenir par vagues. Tessa et Louison vont l’empêcher de s’y noyer…

 Célia Houdart a l’art d’une écriture sensible. On sent le soleil et le vent. L’atmosphère, un temps pesante, devient douce, paisible. Comme une caresse.

Extraits

Page 48 :« A chaque nouvelle visite, c’est de lui-même que l’avocat informait Gréco de l’avancée de la succession Sthol, dont ils savaient très bien tous deux que la villa E.1027 constituait le bien le plus précieux. L’avocat avait promis à sa vieille cliente et désormais amie que si la villa était mise en vente, elle serait pour elle. Gréco la voulait à n’importe quel prix. Elle était disposée à vendre la boutique de New York et ses actions. Mais tout était bloqué depuis plusieurs années. Un cabinet de Los Angeles avait demandé un complément d’enquête dans l’espoir un peu vain de récupérer aussi, un jour, les quelques pièces volées, dont le miroir satellite, qui avaient dû être vendues à un marché aux puces en France ou en Italie ».

Page 136 :« Louison et Tessa adoraient nager nus sous l’eau. Ils aspiraient beaucoup d’air pour faire durer le plus longtemps possible l’état d’apesanteur. Ils ouvraient les yeux. Dans l’eau, le soleil formait comme de fines paillettes d’or qui tournoyaient en scintillant. Leurs corps pouvait être à la fois étincelant et étrangement pâle, soudain refroidi par la lumière. Les chevelures étaient des crinières flottantes. Tessa et Louison prenaient l’eau avec les mains et la vigoureusement. Ils s’enfonçaient peu à peu, le visage en proue. Les bras le long du corps, ondulant comme des nageoires. Des poissons à ventre blanc les frôlaient quelquefois par bancs entiers. »

Page 147 : « 

- J’aurai dû vous parler de Louison et de ses mises en scène macabres. Il ne me prévient pas toujours, vous savez. Il ne faut pas lui en vouloir. Il meurt régulièrement. Il meurt pour rire. C’est son plaisir. Il adore faire peur. Il se ruine en maquillage. Il achète ce qui se fait de mieux. Plusieurs fois, il a été assistant pour des tournages. Blessures, brûlures. Cicatrices. Il maîtrise toute une gamme d’effets. C’est toujours très réaliste. Il règle avec beaucoup de précautions des choses terribles, les pires atrocités, mais en fait c’est à chaque fois un numéro de cabaret.

A cet endroit, le sentier était ombragé. Il faisait moins chaud. Gréco respirait un peu mais elle avait encore les yeux fixes. Elle revoyait cette apparition monstrueuse. Tout se redéroulait dans sa tête. Elle était très secouée. »

« Tout un monde lointain », Célia Houdart, P.O.L., 14€.

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la fuite

 

Un premier roman, ça faisait longtemps, non ? Je sais, c’est un peu ma marotte ! Cette fois, je vous entraine dans l’univers imaginé par Paul-Bernard Moracchini, un trentenaire qui se partage entre Nice, La Corse et bientôt Paris, nous explique sa maison d’édition, Buchet Chastel.

Après un parcours scientifique bien rempli, ce dernier a choisi de se consacrer uniquement à l’écriture et la composition. Musicien professionnel (guitariste, chanteur et harmoniciste) au sein de plusieurs formations, Paul-Bernard Moracchini n’a jamais cessé d’écrire depuis qu’en 2015, il a été été lauréat du Prix Jeune écrivain.

« La fuite » est donc son premier roman. L’histoire ? C’est celle d’un homme et d’une fuite. Devenu prisonnier d’une société, d’un mode de vie qu’il a fini par mépriser, un homme, jeune, s’en va. Comme ça. Quitte la ville, sa vie pour s’enfoncer dans la forêt. Sans que l’on sache précisément où. Seul un chien, Lione, l’accompagnera dans sa quête d’autre chose.

Un roman ramassé, qui laisse entendre une petite musique un peu désespérée. Une errance onirique, parfois poétique, mais avec, toujours, un fusil à la main.

 

L’ancien petit garçon qui avait grandi à la campagne avant de devoir rejoindre la ville pour raisons de santé, retourne alors à son animalité.

 

Extraits

 Page 29 :« On la croirait remontée des profondeurs abyssales, puis abandonnée au soleil d’une terrasse d’été. Le jabot de murène craquelle sur toute sa surface. Mon regard le parcourt de bas en haut pour se figer sur une bouche fripée comme un derrière de chien et peinturlurée d’une rouge sang de boeuf. Comme je la regarde avec insistance, la triste vamp s’esclaffe. Spectacle d’épouvante. Elle me ramène soudain à tout ce que je voudrais laisser derrière moi. Son masque pittoresque des campagnes a pu me tromper un moment, mais elle est en réalité aussi insupportable que les hommes de la ville, que les hommes du train ou ceux de la gare. Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables est au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà… »

Page 67 : « Plusieurs semaines passèrent. La peau tannée du sanglier était posée sur ma couche et, après chaque repas, je m’étendais sur le lit tandis que mes orteils se perdaient entre les soies et les poils longs de la hure. Alors j’ m’égarais à la fantaisie d’une sieste. C’était devenu une habitude, un caprice modeste, mais confortable. D’ailleurs, j’avais à présent tout le confort nécessaire, ou peut-être avais-je sans le savoir revu à la baisse ma notion du confort. »

Page 121 :« La rencontre avec Camille devait être aussi fade et superficielle qu’une de nos présentations PowerPoint puisque je ne m’en souviens que de manière très vague. Suite à une romance à distance de quelques mois, ma femme obtint sa mutation pour venir s’installer dans ma toute nouvelle acquisition : un petit pavillon de banlieue. la maison était accompagnée d’un crédit dont le nombre d’années dépassait celui de mes anniversaires, ainsi que d’un chien dont la race ne soupçonnait même pas la notion de chasse. Mais je portais le masque aveuglément et avais alors la conviction profonde que tout cela me plaisait et même me correspondait. »

« La fuite », Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14€.

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AMOUR MALADIE

On continue notre balade à travers les romans de la rentrée littéraire. Ma petite sélection du jour est bourrée d’humour et de folie. La vraie.

François Szabowski signe avec « L’amour est une maladie ordinaire » chez Le Tripode, un roman bizarroïde mais très attachant ( avec une couverture sur laquelle posent quatre fois le même type en slip kangourou, ça aide !)

Dans une interview à son éditeur, François Szabowski explique s’être inspiré de l’histoire d’une femme, sans cesse déçue de ses histoires d’amour après quelques temps pour écrire ce roman.

Seuls les moments passés avec un ex-compagnon décédé dans un accident, trouvaient encore grâce à ses yeux. Elle n’avait pas eu le temps de voir ses défauts, de moins l’aimer.  » Son amour pour lui était immortel, justement parce qu’il était mort. »

Une trame dont l’auteur s’est inspirée pour imaginer son personnage, prénommé d’ailleurs comme lui. Pas un hasard.  » Je pars toujours de moi, de ce que je vis », explique-t-il encore. Et de poursuivre : « Ce livre est le résultat, et la trace, de mon état émotionnel et de mes préoccupations à un moment donné de ma vie. Mais ni ma vie ni ma personne ne sont intéressantes : je ne raconte donc jamais ce qui m’est vraiment arrivé. Le François de ce roman, c’est donc moi sans être du tout moi. François est l’amalgame de pensées ou réflexions que j’ai pu avoir, et de certaines personnes effectivement que j’ai côtoyées intimement, qui s’enfermaient dans le déni, dans l’aveuglement, dans une forme – certes présentable, tout à fait fonctionnelle – de profonde folie ».

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Rentrée littéraire

livre-notre-vie-dans-les-forets Et si on se plongeait dans un roman de science-fiction ? Mais attention, écrit par Marie Darrieussecq. Et là, forcément, ça fait une sacrée différence. En même temps, je ne suis pas fan de science-fiction, tandis que les romans de cette auteure et psychanalyste m’ont très souvent plus.

La preuve encore avec « Notre vie dans les forêts », dernier opus en date. La dernière fois que Quatrième de couv a parlé de Marie Darrieussecq, c’était ici.

Elle nous emmène cette fois dans une histoire étrange ( un peu comme avec « Truismes », le premier roman qui l’avait révélée au grand public). La narratrice se prénomme Viviane. Psychologue spécialiste du traumatisme, elle vit désormais dans la forêt avec d’autres qui, comme elle, ont fui après avoir libéré plusieurs de leurs « moitiés », des presque clones qui sont autant de « réservoirs de pièces détachées ». On ne sait rien du lieu où tous se cachent, rien de ce qui a bien pu se passer.

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