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Rentrée littéraire automne 2022

 

TRESORIERC’est l’histoire d’un banquier qui veut tout dépenser. Intrigant, non ? Voilà, en quelques mots, le résumé du nouveau roman de Yannick Haenel, auteur entre autres de Tiens ferme ta couronne, Jan Karski ou encore La solitude Caravage. Il a récemment suivi le procès des attentats de 2015 pour Charlie Hebdo.

L’histoire ? Elle naît d’un lieu, d’un tunnel et d’une association d’idées. Yannick Haenel a participé à un projet artistique autour de l’ancienne succursale de la Banque de France à Béthune, transformée en centre d’art contemporain. Lors d’une visite alors que les travaux se poursuivent, l’imagine du romancier s’emballe. L’admirateur de Georges Bataille lui trouve un homonyme, en poste dans cette succursale dans les années 90-2000. Le roman peut commencer.
Au début des années 90, le jeune Bataille arrête la philosophie pour s’inscrire dans une école de commerce et décroche son premier poste à Béthune. Amoureux des livres, des femmes et des idées iconoclastes, on suit Georges Bataille dans son évolution. Originale.
Dans cette ville où la fermeture des mines et les ravages du néolibéralisme ont installé un paysage de crise, la vie du trésorier-payeur devient une aventure passionnée : protégé par le directeur de la banque, Charles Dereine, il défend les surendettés, découvre le vertige sexuel avec Annabelle, une libraire rimbaldienne, s’engage dans la confrérie des Charitables, collabore avec Emmaüs et rencontre l’amour de sa vie, la dentiste Lilya Mizaki.
Peut-on être anarchiste et travailler dans une banque ? Peut-on tout donner ? Georges Bataille s’y emploie. Et prône « l’anarchie amoureuse gratuite ». Un roman bien écrit qui, malgré la longue introduction de l’histoire, se lit avec plaisir. La savoureuse scène des époux Reagan dans les sous-sols de la Banque de France à Paris est un ravissement.

Et si cette utopie prenait corps dans la réalité ?

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Rentrée littéraire été 2022

TENIR SA LANGUEUne histoire. Insolite et sensible. Une histoire de prénom et d’identité. Une histoire d’histoires. Celle  de Polina Panassenko que l’on devine en filigrane.

Née à Moscou, la jeune femme est auteure, traductrice et comédienne. Il y a 7 ans, elle avait publié une enquête. Elle signe avec Tenir sa langue son premier roman.

Que nous dit la quatrième de couverture ?

 » Ce que je veux moi, c’est porter le prénom que j’ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur.  »

Un peu plus d’un an après la disparition de l’URSS, Polina, sa soeur et ses parents ont rejoint la France. Et Saint-Etienne. Elle devient Pauline. Pour mieux s’intégrer. Deux prénoms pour deux vies qui se chevauchent, qui se répondent. Jusqu’au jour où la jeune femme décide de récupérer son prénom de naissance, au tribunal alors qu’elle doit renouveler son passeport. Pas si simple. Elle doit justifier du bien-fondé de sa démarche. Adolescente, elle avait mis au point un « Code personnel d’honneur patriotique », pour ne rien perdre de ses racines russes puisque sa mère y tenait tant. En classe de 4e, Polina est naturalisée de fait, puisque son père l’est au préalable.

Ce premier roman est construit autour d’une vie entre deux langues et deux pays. D’un côté, la Russie de l’enfance, celle de la datcha, de l’appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l’autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu’il faut conquérir et des Minikeums. La maladie de sa mère aussi, les questions restées sans réponse.

Un premier roman drôle et tendre à la fois.

Extraits

Page 69 :« Dans la salle éblouissante, les choses empirent de jour en jour. A l’instant où la sirène retentit, je ferme la bouche jusqu’à ce que ma mère arrive. Deux de mes voisins de table ont fini par comprendre qu’ils avaient carte blanche. Quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils me fassent, je ne pourrai jamais faire usage de sons à leur encontre. L’immense femme-adulte ne me sera d’aucun secours. Impunité totale. 

L’immense femme-adulte informe ma mère de mon mutisme. On me parle encore et encore de la langue qu’il me manque. La langue du français. C’est pour elle que je dois y aller. Je dois retourner à la materneltchik pour qu’elle me pousse. Tu la chanteras comme un oiseau, tu verras. Tchik-tchirik, fait le moineau. »

 Pages 107-108 : « […] Ma mère aussi veille sur mon russe comme sur le dernier oeuf du coucou migrateur. Ma langue est son nid. Ma bouche, la cavité qui l’abrite. Plusieurs fois par semaine, ma mère m’amène de nouveaux mots, vérifié l’état de ceux qui sont déjà là, s’assure qu’on n’en perd pas en route. Elle surveille l’équilibre de la population globale. Le flux migratoire : les entrées et sorties des mots russes et français. Gardienne d’un vaste territoire dont le frontières sont en pourparlers Russe. Français. Russe. Français Sentinelle de la langue, elle veille au poste-frontière. Pas de mélange. Elle traque les fugitifs français hébergés dans mon russe. »

Page 122 :« Je suis la seule de ma famille à avoir perdu l’accent russe. La paroi entre le français et le russe est devenue étanche. Plus rien ne filtre au travers. On m’a dit C’est dingue ça, on n’entend rien du tout, non mais c’est vrai, c’est vrai, pas un pète de quelque chose. L’accent c’est quelque chose. Rien du tout c’est ce qu’il m’en reste. Ce sont les oreilles des autres qui actent la rupture, s’étonnent qu’il ne soit plus là. Tu as un français impeccable. Impeccable. Une cuisine bien lavée. Pas de pelures coincées dans le trou de l’évier. Pas de taches sur la nappe. Même pas une miette accrochée à l’éponge. Mais si mon français est impeccable, le français de ma mère, il est quoi ? Et celui de mon père ? 

L’accent c’est ma langue maternelle. »

Tenir sa langue, Polina Panassenko, Editions de l’Olivier, 18€

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VIE CLANDESTINERentrée littéraire été 2022

Plonger dans l’épopée sanglante des militants gauchistes à travers une émission de radio, et imaginer un roman à partir de cela qui résonne avec une histoire personnelle enfouie qui a enfin refait surface… Tel est, très résumée, l’histoire du nouveau roman de Monica Sabolo dont j’avais beaucoup, beaucoup aimé Eden, publié en 2019.

Tout commence assez mal dans ce roman à la matière autobiographique. L’écrivaine (journaliste jusqu’en 2014), dans son appartement qui n’en finit pas de prendre l’eau, n’a pas vraiment le moral ni d’histoire à raconter. Et puis elle écoute un podcast de Philippe Drouelle, l’homme des Affaires sensibles sur France Inter. La vie des membres d’Action directe l’accompagne. La traverse, la transperce. Et trouve un étonnant écho en elle.

Autour de la fin tragique de Georges Besse, un soir d’automne 1986 à Paris, Monica Sabolo qui signe ici son septième roman, trouve matière à écrire. Et tisse, en parallèle,  une autre histoire : celle de son enfance et de son adolescence cossue puis désargentée entre Italie et Suisse, au coté d’un homme qu’elle croyait être son père. A l’aube de la trentaine elle apprendra que celui dont elle ne savait finalement pas grand-chose n’en était rien. Un homme qui a abusé d’elle.

 

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Rentrée littéraire été 2022

DEUX SECONDESCette rentrée littéraire serait-elle celle de la sobriété ? Toute relative, cependant. En effet, le rendez-vous des auteurs et des maisons d’édition (en quête des prix de l’automne) est, pour la première fois depuis 20 ans, sous la barre des 500 romans publiés, 490 plus exactement (345 titres français et 145 étrangers). Une baisse de 6% par rapport à l’année dernière. Deux raisons sont avancées : la hausse du prix du papier et les incertitudes liées au rapprochement entre Editis et Hachette.

Le nombre de premiers romans, lu, est en hausse. Vous savez, depuis plus de 10 ans que ce blog existe, à quel point je les aime ceux-là, premiers jets d’auteurs (es) en devenir qui nous parlent d’eux, de nous, des autres.

Deux secondes d’air qui brûle ne fait pas exception. Diaty Diallo, l’auteure, a grandi entre les Yvelines et la Seine-Saint-Denis, où elle vit toujours. Depuis l’adolescence, elle pratique différentes formes d’écriture (blog, fanzines, chansons, et désormais son premier roman).

Un roman court, dense, incandescent. L’histoire, c’est celle d’une bande de potes. Il y a Astor (le narrateur, jeune adulte féru de botanique), mais aussi ChérifIssaDembaNil et les autres. Leur terrain de jeu ? La dalle en bas de chez eux. Mais aussi le parking, la friche, les toits et le quartier tout entier qu’ils habitent, dans la banlieue de Paname. Au milieu du décor, une pyramide qui, sans « divulgâcher » la fin, fait partie des personnages.

Un quartier où chacun est dans son rôle. Et où le quotidien n’est plus rose ni plus noir qu’ailleurs. Entre les béton et les odeurs du parking, la vie s’organise.

Un soir d’été cependant, le 16 juillet, en marge d’une énième interpellation, l’un des amis d’Astor, l’un des frères de Chérif, se fait tuer par des policiers. Alors les jeunes s’organisent, ensemble. Un soulèvement se prépare. Méthodique. Inattendu.

Un roman où la langue et le rythme claquent. Les rêves, eux, n’ont plus assez de place. Reste la réalité. Froide. Et un peu d’amour dans les yeux d’Aïssa.

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Rentrée littéraire été 2022

La rentrée littéraire approche ! A quoi ressemble-t-elle cette année ? Voici quelques chiffres évocateurs.  Comme nous l’explique Livres Hebdo, ce sont   490 romans qui vont paraître entre la mi-août et le mois d’octobre 2022 : le chiffre le plus bas depuis plus de 20 ans. Derrière cette baisse de 6% du nombre de romans publiés par rapport à 2021 (521), Livres Hebdo voit plusieurs explications :  la pénurie de papier, mais aussi les incertitudes liées au rapprochement entre Editis et Hachette.

Parmi les 345 romans français publiés, on compte cette fois 90 premiers romans (soit une hausse de 21% par rapport à l’année précédente). Quelques noms illuminent déjà ce nouveau rendez-vous littéraire : Virginie Despentes et son nouveau roman épistolaire, Amélie Nothomb, Olivier AdamGaëlle Josse ou encore Laurent Gaudé, l’un de mes auteurs préférés. Au-delà de l’Hexagone, ce sont notamment Toni MorrisonRussel Banks ou encore Jolie Otsuka qui publient un nouveau roman.

Cette fois encore, je partagerai avec vous mes découvertes et autres pépites à lire absolument. La première ? Stardust de Léonora Miano.

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idees-noires

Laure Gouraige a publié un premier roman (La fille du père) en 2020, que j’avais beaucoup aimé. La voici de retour avec Les idées noires avec une idée de départ pas banale. Je vous raconte ? « Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire ». Voilà.

Autour de cette idée, le roman qui est écrit à la deuxième personne du pluriel (histoire que le lecteur se sente concerné), nous plonge dans la quête d’identité subite d’une traductrice de l’allemand. Tout commence par un message téléphonique laissé par un journaliste pour une émission de radio. Le message lui demande de témoigner du racisme anti-Noirs dont elle est victime. Notre héroïne est donc noire. Un détail qui lui aurait échappé ? On dirait. Ce message devient une obsession. Littéralement.

Née d’un père haïtien et d’une mère française ( comme Laure Gouraige), notre traductrice remet tout en cause. De ses cheveux à ses plats préférés. Jusqu’aux remarques de ses amis. L’humour est corrosif, le ton parfois clivant.

Lui suffira-t-il de se rendre en Haïti via les Etats-Unis où vit une partie de sa famille pour avoir des certitudes sur son identité, sur son sentiment d’appartenance ou pas ? Pas sûr.

Comme dans son premier roman, Laure Gouraige explore la question de l’identité. Si dans La fille du père, elle tentait de se défaire de l’influence paternelle, elle pose ici la question d’un héritage. Inconscient.

 Laure Gouraige explique la genèse de son roman ici :

https://youtu.be/WtCrOMECU1s

Extraits

Page 15 :« A vingt-neuf ans vous étiez sérieusement déprimée, l’approche de la trentaine ne promettait qu’unes perspective morbide. A trente et un an vous avez définitivement renoncé à vous pulvériser hors du bocal. Vous avez été recrutée comme traductrice. Allemand-français, s’il vous plaît. Vous avez un chat, il ne cohabite pas avec vous, au mieux, il vous tolère. L’amour que vous lui portez, votre habitat en lin, votre crisede la trentaine, votre monde prévisible, c’était cela votre identité. Aujourd’hui ce schéma vous presse mollement le ventre. »

Page 64-65 :« […] Le bricolage génétique qui vous a fait naître est un échec. Incapable de piocher dignement en Italie, vous auriez eu le teint plus jovial, les cheveux denses, le sourcil déterminé. Non, vous êtes pourvue des gènes blanc de blanc de votre mère. La cellulite, le cheveu cassant, vaguement gras, la jambe estampée de bleus, de pied plat. Aussi hasardeuse que soit la biologie, votre conception est un fiasco. Ce sont vos cheveux qui gagnent le trophée du ratage. Fins mais bouclés, plats sur le crâne, frisés dans la nuque, raides sur le devant, l’ensemble sème la confusion. Petite, le dimanche c’était le grand chambardement, votre mère s’attaquait au démêlage, vous trimbaliez vos cheveux livres. Les autres jours, pressée par l’école, vous les attachiez. Je les hais, vous répétez cela régulièrement que vous détestez vos cheveux. Je les déteste, je les déteste, je les déteste, je donnerais tout pour les changer. […] »

Page 127 :« Vous êtes bien laide ce matin. Il ne reste de votre supposé bronzage qu’une pelure repoussante. La crème After Sun a étouffé les cloques, néanmoins vous vous désagrégez. Dur, dur de vous promener à l’ombre, Miami vous sollicite au grand jour. Une ville gaie, verdoyante, vous êtes stupéfaite qu’elle soit si verte, le seul adjectif à votre disposition. Vous avez ressassé l’excursion au commissariat, le schnock paléontologue, le linoléum, les palmiers tout foutus, quand le détail le plus singulier vous a fait tressaillir. Lorsque le schnock vous a tendu son stylo, vous l’avez naturellement saisi de la main droite. Ultérieurement, c’est avec cette main que vous avez complété les premières lignes de son formulaire à la noix, puis coché la case other, entre deux protestations. […] »

Les idées noires, Laure Gouraige, POL, 17€

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NOM

Radicale. Quitte à en faire trop. Constance Debré a décidé, il y a plusieurs années déjà, de se délester. De tout. De son mari, de son fils, de son parcours scolaire brillant, de son métier d’avocate, de sa sexualité d’hétéro aussi. Elle a décidé de vivre avec peu, voire rien. D’écrire, d’aimer et de nager. Tous les jours.

Je l’avais découverte pendant le premier confinement, dans la lumière printanière d’un jardin familier. J’avais plongé dans Love me tender avec délice, sa première autofiction. Enthousiasmée par tant de force dans le propos et d’application dans les faits. Alors j’avais également lu Play boy. Pour comprendre. Pour tenter de suivre les choix radicaux de cette femme que l’on découvre désormais le crâne rasé, la silhouette longiligne et masculine.

Dans la droite ligne de ses écrits précédents, Constance Debré persiste et signe. Cette fois, elle s’attaque à son nom. Et dit non. Facile ? Sur le papier, oui. Elle, elle le vit. S’accommode d’un patronyme qui a donné tant de ministres, d’élus et de mandarins. Elle, c’est la fille de celui qui n’a pas suivi le modèle familial. Qui a cherché à s’en éloigner au plus loin. Journaliste, documentariste, il s’est perdu dans les drogues. Comme sa femme d’ailleurs. Mannequin, elle mourra quand Constance est adolescente.

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Nicolas Mathieu est de retour ! Autant vous dire que Connemara était attendu. Par tous ceux qui avaient aimé Leurs enfants après eux (dont j’avais parlé ici ), par les libraires aussi, sûrs de voir entrer des lecteurs en attente… et par moi. L’auteur quadragénaire sait mieux que d’autres dépeindre les classes moyennes, qu’elles vivent dans l’Est de la France ou ailleurs.

Il nous parle de déterminisme social, de malaise existentiel à travers les portraits croisés d’Hélène et de Christophe. La première, fille unique, a tout fait pour s’extraire de la situation sociale de ces parents.

Partie à Paris où elle devient consultante, elle regagne sa région natale avec compagnon et enfants après un burn-out violent. Là, entre maison d’architecte, réflexes bourgeois, vie intime en berne et compétition au travail, elle cherche sa place. Croit la trouver dans les bras de Christophe, qui lui, n’a pas quitté Cournécourt, cette petite ville fictive située à côté d’Epinal. Ils se connaissent depuis le lycée. Lui n’est pas parti. Et n’a pas cherché à le faire. Papa d’un petit garçon, il est séparé de la mère de celui-ci. Et se partage entre son travail de commercial, son père de moins en moins autonome, ses copains de toujours, et sa carrière de joueur de hockey sur glace. L’ancienne gloire locale a tenté un come-back. Hélène et Christophe se retrouvent, deviennent amants. L’occasion pour l’une et l’autre de changer de vie ?

L’occasion pour Nicolas Mathieu d’observer, de disséquer comme l’enragé des détails qu’il est toujours. De l’enfance à l’âge adulte, les séquences s’intercalent, se succèdent. Pour mieux saisir l’évolution et/ou les blocages.

Doit-on partir pour réussir ou le faire croire ? Peut-on naître, vivre et mourir au même endroit sans le vivre comme un échec social ? Autant de questions posées par cet épais roman. Hélène a choisi d’être transfuge de classe, de s’imposer. Christophe s’en est bien gardé. Ont-ils, au final, réussi leur vie ?

Au fil des pages, le lecteur explore l’intime et le politique de notre époque contemporaine. Une chronique sociale cinglante sur ceux qui, au mitan de leur vie, pensent savoir, qui sont sûrs d’eux et sur ceux qui se débrouillent pour ne pas sombrer. Une manière aussi de « dénoncer » la novlangue qui s’infiltre partout. Celle des décideurs. De ceux qui savent. Ou croient savoir.

https://youtu.be/1n3PJKmc1SU

Extraits

Page 126 : « […] Hélène débarquait donc en pleine guerre picrocholine et trouvait dans chaque organisme où elle intervenait des équipes irréconciliables et une poignée de cadres au bord de la crise de nerfs. L’étendue des dégâts ne la surprenait guère. Cent fois déjà, elle avait pu constater les effets dévastateurs de ces refontes imposées en vertu de croyances nées la veille dans l’esprit d’économistes satellitaires ou dans les tréfonds de business schools au prestige indiscuté. ces catéchismes managériaux variaient d’une année à l’autre, suivant le gout du moment et la couleur du ciel, mais les effets sur le terrain demeuraient invariables. »

Pages 150-151 : « […] En somme, il faut se tenir. 

Mais à quoi ça tient ? Certainement pas au vocabulaire. Le père de Charlotte dit merde à tout-va et signale des connards à chaque carrefour. Ni aux vêtements. Nicole bronze topless sur la plage, et toute la garde(robe du père est élimée, pleine de taches, parfois trouée et ça lui est complètement indifférent. Ça ne rélève pas non plus de plus la politesse, ni d’une sorte de respect conventionnel que les enfants devraient aux adultes. C’est autre chose, de plus subliminal. 

Par exemple, une fois, Hélène s’est laissée tomber un peu trop lourdement dans le canapé du salon, et elle a senti passer la réprobation pareille à un courant d’air. Depuis, elle vit dans l’inquiétude et s’efforce de faire comme Charlotte. »

Pages 381-382 : « […] Enfin la voix de Sardou, et ces paroles qui faisaient semblant de parler d’ailleurs, mais ici, chacun savait à quoi s’en tenir. Parce que la terre, les lacs, les rivières, ça n’était que des images, du folklore. Cette chanson n’avait rien à voir avec l’Irlande. Elle parlait d’autre chose, d’une épopée moyenne, la leur, et qui ne s’était pas produite dans la lande ou ce genre de conneries, mais là, dans les campagnes et les pavillons, à petits pas, dans la peine des jours invariables, à l’usine puis au bureau, désormais dans les entrepôts et les chaînes logistiques, les hôpitaux et à torcher le cul des vieux, cette vie avec ses équilibres désespérants, des lundis à n’en plus finir et quelque fois la plage, baisser la tête et une augmentation quand ça voulait, quarante ans de boulot et plus, pour finir à biner son minuscule bout de jardin, regarder un cerisier en fleur au printemps, se savoir chez soi, et puis la grande qui passsait le dimanche en Megane, le siège bébé à l’arrière, un enfant qui rassure tout le monde : finalement, ça valait le coup. Tout ça, on le savait d’instinct, aux premières notes, parce qu’on l’avait entendue mille fois cette chanson, au transistor dans sa voiture, à la télé, grandiloquente et manifeste, qui vous prenait aux tripes et rendait fier. »

Connemara, Nicolas Mathieu, Actes sud, 22€.

 

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Rentrée littéraire

FORET GLACEE

Lu d’une traite ! Le nouveau roman de Frédérique Clémençon est terrible, prenant. Tragique.

Professeure dans un lycée de la Vienne, Frédérique Clémençon signe avec Dans la forêt glacée son septième roman. Quatrième de couv avait parlé ici de son roman L’hiver dans la bouche.

Le temps d’un week-end prolongé, le roman s’installe. Au bord de la mer, une famille se réunit pour fêter les noces d’or des grands-parents. Chloé, la narratrice, est là, avec ses parents, ses frères et soeur GabrielPaul et Julia que tous surnomment Poucette). Une situation normale. En apparence seulement. Car Chloé, 16 ans, met tout en oeuvre pour cacher son secret. Il fait beau, chaud. Elle ne quitte pas ses vêtements aux manches longues.  Cache ses poignets qu’elle scarifie régulièrement. Sa grand-mère Anita sent qu’il se passe quelque chose. Comme un malaise. Etouffant. Elle observe de près Gabriel, le frère aîné de Chloé. Agé de 20 ans, il est étudiant en médecine. Il a quitté la maison familiale. Mais n’est jamais assez loin de Chloé.

D’emblée, on apprend la mort tragique de Gabriel. Frédérique Clémençon remonte ensuite la piste. Plonge les lecteurs dans la vie d’une famille, dans celle d’une adolescente qui se cherche entre les mots tus et ceux qui tuent.  Jusqu’à faire craquer une histoire sans paroles.

 

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Rentrée littéraire

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Un premier roman, oui. Encore ! Celui-ci est atypique par le sujet adopté et la mise en scène choisie par la jeune auteure Anouk Lejczyk.  A 31 ans, celle-ci a suivi des études de lettres et les beaux-arts puis a réalisé deux docmentaires : l’un au Pérou en 2012, le second dans la mangrove sénégalaise, en 2017.

De retour en France,  elle rejoint en 2017 le master de création littéraire de Paris VIII  (comme Hélène Laurain,  l’auteure de Partout le feu notamment ) pour revenir à son premier amour : l’écriture. Depuis, la trentenaire explore son sujet de prédilection : les mondes forestiers et les façons de les écrire comme de les habiter. Tout en suivant une formation de bûcheronnage, en région parisienne. Mais sans, pour l’heure, avoir croisé un chat sauvage, semble-t-il.

L’histoire de Felis Silvestris  ? Celle d’une jeune femme qui, sans crier gare, part rejoindre une forêt menacée de destruction. Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Suspendue aux branches, du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis Silvestris, le nom qu’elle se choisit, – chat sauvage (celui que l’on trouve dans les arbres, dans les forêts) –  ignore que c’est sa soeur qui la fait exister. Et qui nous raconte son histoire.

Celle d’une jeune femme qui a grandi, évolué avant de se perdre. Et de vouloir rejoindre des zadistes installés dans une forêt, mobilisés contre une multinationale qui exploite du charbon dans une forêt pleine d’animaux protégés.

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