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COWBOY LIGHT

Un premier roman ? Allez, ça fait longtemps que je ne vous ai pas fait découvrir un auteur tout neuf, plein de verve et mots. Avec « Cowboy light » de Frédéric Arnoux,  le voyage vaut le détour.

Le titre accroche, la quatrième de couv annonce la couleur :

 » À droite, des vaches. À gauche, des barres HLM. Au-dessus, des lignes à haute tension. Et pile en dessous : un petit quartier pavillonnaire bisontin, tout près de l’usine Lip alors à l’abandon, avec son dealer raté et deux ferrailleurs qui le rackettent à grands coups de poing. Quand le narrateur-dealeur rencontre une bourge deux fois plus âgée que lui lors d’une soirée en Suisse, il s’imagine devenir gigolo – ils baisent, boivent, se défoncent et finissent même par se marier dans une chambre d’hôtel à Séville. Sauf qu’il a un cœur d’artichaut. Sauf que cette femme ne lui a pas tout dit. »

 

Résultat ?

Un roman noir au style trash mais léché, qui évoque avec humour l’ennui d’une province dans les années 80, mais aussi comment l’amour peut détruire plus qu’il ne soulage. Un (premier) roman efficace.

Frédéric Arnoux, quadragénaire et intermittent dans l’audiovisuel, signe avec « Cowboy light » son premier roman.  Il a également été créatif dans la pub, femme de ménage dans une maison de retraite, emballeur de palettes, vendeur de plaquettes publicitaires en porte-à-porte, guetteur d’alarmes dans une usine de pétrochimie, videur de semi-remorque à main nue, plante verte la nuit dans un hôtel… Il vit aujourd’hui à Paris.

Extraits

 Page 16: « Quand j’étais môme, je m’imaginais volant sur le dos des cigognes, bien au chaud dans les plumes. Puis un jour, badaboum, je serais tombé pendant la sieste. La Ginou et Tonton m’auraient trouvé comme ça, sur le paillasson, le pouce dans la bouche, un petit sourire déposé par mes rêves. J’ai fini par y croire dur comme fer. A la fête des Mères, pendant que les autres décoraient les boîtes de camembert ou enfilaient des nouilles pour faire un collier, moi je confectionnais un nid. Un petit. A cet âge, un moineau ou une cigogne, c’est du pareil au même. Je découpais des coeurs dans du papier crépon que je collais sur les bords. Au fond du nid, j’en collais un plus gros sur lequel j’écrivais une petite poésie de gosse, un truc cucul la praline. Certains instits s’inquiétaient, d’autres trouvaient ça créatif. Un jour, le maître nous a annoncé qu’on partait en classe verte. Au programme, il y avait découverte d’un nid de cigognes. Je n’en dormais plus. J’allais enfin voir “ma maman que j’aime de tout mon petit coeur” comme je disais à l’époque. Le matin du voyage, j’avais mis mes plus beaux habits, m’étais peigné, et aspergé de Mont-Saint-Michel. J’avais aussi piqué l’appareil photo et l’avais planqué dans mon sac. Un gros, vu que je ne comptais pas rentrer. J’y avais entassé la moitié de mon armoire. »

Page 61 : « Impossible de continuer, j’ai éclaté en sanglots. Je me suis caché le visage dans les mains, et je suis parti au sprint, je chialais comme un gosse, mes larmes dégoulinaient dans le cou, je poussais des cris les dents serrées, le goût de la morve dans la bouche… Expulser, il fallait que ça sorte… j’ai couru… couru jusqu’à avoir mal aux poumons, jusqu’à frôler l’asphysie. Puis je me suis arrêté, plus de souffle, les jambes en coton. Drôle d’impression. Je me sentais mieux, soulagé et en même temps honteux, déprimé. Je me souviendrais toujours de son visage. Au début surpris, puis compatissant, rayonnant d’amour maternel. Exactement ce dont j’avais toujours rêvé ».

Page 137 : « En longue robe blanche. Maquillée. Coiffée comme si c’était vrai. Une mèche s’était échappée de ta coiffure, retombait en boucle sur ta joue. Tes bras se sont ouverts, tu t’es avancée à petits pas. Tes mains sur mes poignets, te bouche m’a effleuré, ton souffle glissait sur mon oreille, j’ai entendu “Oui”. Puis tes yeux ont fouillé les miens. Ils étaient mouillés. Les miens aussi. Deux enfants perdus, agrippés l’un à l’autre. Le bonheur nous chatouillait tout l’intérieur. On se regardait les yeux fermés, en braille, du bout des doigts. Au bout du monde qu’on était. Même de l’autre côté, je crois. Ca donnait envie de s’étouffer dans les bras l’un de l’autre pour y rester. Si ce n’était pas le paradis, c’en était un putain de pavillon témoin. »

« Cowboy light », Frédéric Arnoux, Buchet Chastel, 15€

 

 

 

 

 

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VIE DE GERARD

 

Voilà un roman pas banal ! Le titre est déjà tout un programme. L »histoire vaut aussi le détour…

C’est celle de Gérard Airaudeau. Le quinquagénaire vit à Saint-Jean-des-Oies, en Vendée. Ne perdez pas votre temps à chercher cette bourgade sur une carte, elle n’existe que dans l’imagination de François Beaune, écrivain baroudeur qui, en revanche,a collecté nombre de témoignages pour alimenter la chronique vendéenne de son roman.

Gérard, aimable personnage à l’attitude bonhomme a organisé un banquet à la demande de la députée du coin, en quête de « vrais gens ». Gérard a invité des membres de sa famille, des amis à venir lui expliquer leurs vies, leurs problèmes, leurs attentes. En attendant que tous arrivent ( en lisant ce roman, vous comprendrez pourquoi rien ne va se passer comme prévu), Gérard raconte, s’épanche, se souvient. A ses côtés, Aman, un réfugié érythréen qu’il héberge depuis plusieurs semaines déjà.  Il lui brosse, comme s’il lui servait un interminable menu, sa vie. Par le début. Sa famille, le bar-restaurant familial, les galères pour trouver du travail ( ouvrier, Gérard enchaînera trente-deux contrats sa vie durant), sa rencontre avec Annie, les enfants qui arrivent…, les copains et leurs problèmes, la famille qui se déforme… et cette Vendée si particulière : La Vendée des marais, protestante et progressive et celle du bocage, catholique et conservatrice.

Loin de Philippe de Villiers, la Vendée des petits.

Au fil des pages, c’est un peu la vie du Français moyen qui défile. Une plongée, drôle et pas larmoyante pour deux mogettes, dans ce qui pourrait ressembler à la « France d’en bas », à travers le soliloque de Gérard,  porte-voix des anonymes et cousin des années 2010 d’un Coluche inspiré.

Et cette députée qui n’arrive pas ;-)

François Beaune vit actuellement à Marseille. Il a fondé plusieurs revues. Il est également à l’origine du festival « Du cinéma à l’envers » proposant à des réalisateurs de concevoir leur film à partir d’affiches créées par des plasticiens.
« Un homme louche », publié en 2009, était son premier roman.
Avec Arte Radio, il a fait de nombreux reportages. A partir de décembre 2011, parti en quête « d’Histoires vraies de Méditerranée », en partenariat avec Marseille-Provence 2013, François Beaune a créé avec Fabienne Pavia une bibliothèque d’Histoires Vraies de la méditerranée (textes, sons, vidéos). Ce projet s’est soldé en octobre 2013 par la parution de son dernier ouvrage, « La Lune dans le puits », ou le portrait des Méditerranéens à travers leurs histoires vraies en miroir de celles de l’auteur.
Ce quatrième roman « Une vie de Gérard en Occident », fait aussi l’objet notamment, au cours de l’année, d’une libre adaptation en fiction radio pour France Culture.

Extraits

Pages 123-124 :« Sa femme travaillait comme infirmière, et bizarre, avec leurs deux payes, ils ont jamais acheté de maison. Chez nous ça se fait pas. Bon c’est vrai qu’à un moment Boris était souvent de bringue au bistrot, après le foot au autre. Maintenant, il s’est calmé, il s’est fait opérer d’une hernie, il parle moins. De toute façon, nous on a pas les mots pour dire ce qu’on a à dire. Nous, c’est ça qui nous manque.

N’empêche Boris, sur ses deux gars, il y en a un qui est toubib, l’autre ingénieur informatique. Et les deux mariés comme il faut, avec deux Parisiennes bon teint. Lui, cinquante-quatre ans, comme moi, quand tu connais son genre de conversation. Je l’imagine à table, en haut, dans la belle salle à manger toute briquée, qui a jamais servi, et les belles-filles pimpantes, habituées aux petits-fours entre cadres et toubibs. La première fois, à l’heure de la terrine, ça a dû être un choc de civilisations. »

Page 221 : « Ce qui est intéressant quand tu changes de boulot, c’est pas le boulot en lui-même, mais les gens qui tu rencontres. Tu fais ça jusqu’au jour où tu tombes comme moi sur un vrai bon boulot, dans un établissement scolaire. Là tu dis vite au revoir à tes gorets, ta chaîne, les surgelés Agrigel, ta vendangeuse hydraulique. Tu entres dans le monde de la fonction publique. Tu changes plus quand t’as ça.

Au lycée, je suis entouré de mômes sympas, scotchés à leurs téléphones. Ils parlent à peine. Pas de révolution à venir, de VIe République, Marianne va être déçue, on est tranquilles pour le troisième millénaire. Ils sortent de classe, ils se mettent sur leurs engins. Nos meneurs, même avec des chars et des millions, pourront pas faire grand-chose. »

Pages 271-272 :« L’avenir, moi je vais te dire, je crois pas que ça me concerne. L’avenir, j’en suis pas encore là. Ma mère disait, ça se trouve, dans trois mois, vous serez morts. Pour elle, l’idée de prévoir quelque chose au-delà d’une saison, c’est le luxe des autres. Bé vous savez où vous serez dans trois mois, vous ?! Bé vous avez ben d’la chance ! Toi tu dois comprendre ça Aman, avec ton temps à toi. Ma mère elle était africaine d’une certaine façon, sans connaître l’Afrique. »

« Une vie de Gérard en Occident », de François Beaune, Verticales, 19,50€

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RANCOEURSPartons en voyage ! Prenons le large et rendons-nous en Argentine ! Avec Carlos Bernatek pour guide, allons à la découverte des « petites gens » de la province argentine. Celles qui font avec les moyens du bord, et s’arrangent d’un pays qui perd peu à peu toute morale.

Dans « Rancoeurs de province », il y a deux histoires que l’on imagine parallèles. Et pourtant. D’un côté, celle de Selva, une jeune femme un peu paumée mais avec des rêves plein la tête qui débarque dans cette station balnéaire du front de mer avec pour mission de préparer l’ouverture d’un café, pour la saison. Mais peut-être ne s’agit-il seulement pour son patron que de blanchir de l’argent…

Elle devra faire face à la solitude et la violence des hommes. D’un en particulier. Elle qui rêve du grand amour…

De l’autre, Poli. Un mari et père d’un petit garçon, Juan, dont la vie bascule quand il apprend que sa femme Eugenia le trompe depuis des mois avec un riche avocat. De quoi mettre du beurre dans les épinards… Poli, lui, sillonne une partie du pays pour vendre des encyclopédies.

Une fois ses doutes levés, Poli s’en va. S’acoquine avec des évangélistes pour vendre des bibles et des tubes de dentifrice dans une ville de province écrasée de chaleur où les arnaques font florès. Poli y réinvente sa vie. Jusqu’à quand ?

Chapitre après chapitre, le lecteur suit l’une et l’autre histoire. Bernatek a un style, un ton. A suivre.

Né en 1955 à Buenos Aires, Carlos Bernatek a notamment été finaliste du prix Planeta en 1994 et premier prix du prestigieux Fondo Nacional de las Artes en 2007. « Banzaï » était son premier roman traduit en France ( je l’ai dans ma bibliothèque, va falloir que je m’y remette ! )

 

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INHUMAINES Un style, chez un auteur, ça se travaille, ça se transforme, ça se bouleverse. Visiblement, Philippe Claudel s’est lancé dans une aventure littéraire dans son nouveau roman « Inhumaines ».

L’écrivain et réalisateur lorrain n’est pas du genre à se laisser enfermer dans une case. Ou dans un genre.

Au fil des pages, de courtes histoires dans lesquelles les codes, la bienséance et notre société sont littéralement atomisés.

Philippe Claudel, que nous avions connu notamment avec « Les âmes grises » en 2003, fait tout exploser pour nous faire réagir. Rire ou nous offusquer. C’est selon.

Il nous plonge dans vingt-cinq histoires glaçantes, provocantes, outrancières, absurdes, grotesques… et pourtant si plausibles.

Passez la couverture qui reprend les codes d’un film porno (mais avec des vêtements, hein !) et entrez dans les vies de cet homme qui offre trois amants à sa femme pour Noël, dans celle de son collègue de bureau qui se marie à une ourse, partagez les jeux dangereux et mortels de ces employés pendant un challenge d’entreprises (ils jettent des projectiles d’un pont de l’autoroute), mangez votre mère des semaines durant en steak ou en ragoût après l’avoir tuée, etc. Ici, plus rien (ni personne d’ailleurs) n’a d’importance. On pousse le curseur, on exagère, on désespère.

Chez Philippe Claudel, la société est particulièrement segmentée, clivante. Il y a des parcs à pauvres, des SDF gelés gisant dans la rue se vendent au plus offrant comme une oeuvre d’art et le sexe entre hommes entre femmes et entre les deux sexes est omniprésent. Une monnaie comme une autre, une denrée périssable aussi.

 » Nous sommes devenus des monstres. On pourrait s’en affliger. Mieux vaut en rire « , dit la quatrième de couverture de ce « roman des moeurs contemporaines ». Alors rions-en même si le malaise nous gagne. Rions, quitte à s’étrangler. Quitte à ne plus rien prendre au sérieux.

Des histoires qui choquent ou amusent, un style sec , des phrases courtes qui percutent… Philippe Claudel a changé d’univers. Laissez-vous tenter ;-)

Extraits

Page 53 : (« Tout doit disparaître »)

« Qui a mis cette annonce. Bourin. Du service merchandising. Oui. Nous étions devant le panneau réservé aux messages personnels. Morel et moi. Il y en avait de toutes sortes. Nos collègues vendaient ou recherchaient des femmes de ménage. Des tondeuses. Des appartements à la montagne. Trois chiots de race épagneule. Un service à fondue. Un jet-ski. Du bois de chauffage coupé en bûches de 50. Deux essaims d’abeilles. Trois Polonais en règle. Un terrain à bâtir. Cinquante voitures miniatures de collection. Un pénis artificiel et ses quatre embouts d’origine, fonctionnant sur piles ou sur secteur. Un pantalon en cuir lavable taille 42. Des oeufs frais en provenance directe de la ferme. Et puis Dieu. L’annonce était ainsi formulée. »

Page 115 : (« Le vivre ensemble »)

« Hier un automobiliste nous a fait un doigt. Nous le lui avons coupé. Nous ne supportons pas les incivilités. C’est agaçant.Dubois a toujours quelques outils dans son coffre. On ne sait jamais. Pince multiprise. Cric. Chaînes à neige mais il ne neige désormais que rarement. Le réchauffement climatique n’est finalement pas un canular. C’est dommage. On aurait pu enfin rire. Pourquoi nous avoir fait un doigt monsieur. L’homme était à terre. Il avait perdu la hargne arrogante qui déformait son visage quand il nous avait dépassés et insultés en klaxonnant parce que nous respections la limitation de vitesse. Nous l’avions de nouveau doublé et stoppé grâce à une banale queue de poisson. Les grands classiques. Inusables. Dubois est un as du volant. « 

 Page 125 :  (« Le sens de la vie »)

« Nous invitons parfois à la maison des philosophes que nous trouvons dans la rue, sous des porches, recroquevillés en boule comme de vieux papiers usagés. Fumet de crasse et de jeune fille sale. Dans leurs cheveux se mêlent des souvenirs de gaz d’échappement et d’antiques miettes de pain. Le plus souvent ils sont édentés et leurs mâchoires roses les font paraître de très vieux enfants. Ma femme ne les aime guère mais tolère les caprices. Expliquez-moi la vie. Expliquez-moi la mort. Le bleu du ciel. Le désir. Les rêves. Dieu. La souplesse des peaux. Et l’ennui. Surtout l’ennui. Expliquez-nous l’ennui. Les philosophes nous regardent. Ils se taisent. Ils ne parlent pas la bouche pleine. »

« Inhumaines », Philippe Claudel, Stock, 16,50€.

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Courage, fuyons…

VIE AUTOMATIQUERentrée littéraire

Une cadence. Christian Oster la tient. Allure régulière pour l’ancien auteur des Editions de Minuit passé aux Editions de l’Olivier. Ce dernier nous revient avec « La vie automatique ».

Roman après roman, Quatrième de couv le suit. Ici, « En ville », là, « Rouler »et encore « Le coeur du problème ».

Bref, Christian Oster fait partie de la maison ! Avec « La vie automatique », nous entraîne dans la vie de Jean Euguerrand. Une vie qui va subitement échapper à ce dernier. Acteur de série B, Jean vit désormais seul. Un accident domestique provoque l’incendie de sa maison.

Plutôt que d’appeler les pompiers, Jean fait sa valise et s’en va. Monte à Paris où il doit tourner quelques jours plus tard. Il s’invente une nouvelle vie. S’enferme dans la fiction, celle-là même qui le fait vivre depuis des décennies. Et se laisse porter par les rencontres qu’il fait. Résigné.

 

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COCCINELLES  Rentrée littéraire

Tous les goûts sont dans la nature ! C’est pareil en littérature. C’est donc par curiosité que j’ai ouvert « Des coccinelles dans des noyaux de cerise ». A cause du titre. Plutôt cocasse. A cause du parcours de son auteur aussi, Nan Aurousseau.

Et enfin pour la maison d’édition Buchet Chastel dont je loue régulièrement les choix éditoriaux.

Peut-être ne le savez-vous pas, mais Nan Aurousseau a fait de la prison. Condamné pour braquage alors qu’il avait 18 ans, il a passé six années derrière les barreaux.

De quoi en tirer assez de matière pour écrire des romans parmi lesquels « Bleu de chauffe ». La preuve encore avec celui-ci.

Au fil des pages en effet, le portrait d’un meurtrier hors du commun. Pas vraiment un tendre…

A Fresnes, François a partagé la cellule d’un caïd du grand banditisme, Medhi. Ce dernier, marié à la belle Karima, ignore le quinquagénaire qu’il considère visiblement comme du menu fretin.

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MINARDCéline Minard, vous connaissez ?  Après un fracassant « Faillir être flingué », roman-western particulièrement inspiré ( dont vous trouverez la critique ici ), l’auteure nous emmène en haute montagne, loin, très loin du reste de ses contemporains.

Dans un refuge high-tech situé sur un éperon granitique, une jeune femme s’installe pour une expérience. Longue. Une tentative. Une épreuve qu’elle a préparée très minutieusement. Enfin, le croit-elle. Car elle n’est pas seule…

Un roman qui, dans sa première partie, ressemble à un manuel de survie. Tout y est. A l’exception de la raison qui la pousse à s’être installée si loin de la société et de ses semblables.

Un isolement volontaire, radical. Dans un décor qui ne lui pardonnera rien. Là, au fil des jours, elle lit, joue de la musique, cultive son jardin. Sans jamais oublier de marcher, d’escalader. Il s’agit d’apprendre à vivre… sans les autres et loin d’eux. Mais peut-on vivre réellement hors jeu ? La jeune femme se pose de nombreuses questions philosophiques.

Et quand l’autre apparaît, le schéma de la narratrice s’effondre… et le roman perd malheureusement de sa force. Dommage. Reste l’écriture de Céline Minard, vive, dynamique, enlevée.

Extraits

Pages 26-27 :« La forme de mon habitat résulte d’une réflexion sur l’adaptation optimale à l’environnement dans lequel il devait s’inscrire. Un environnement contraignant en lui-même, à quoi s’ajoutait la contrainte de l’autonomie énergétique : aucune bouteille de gaz et aucune ligne électrique, aucun apport extérieur ne devaient servir pour l’éclairer et le chauffer […] S’il y a une esthétique dans ce volume, c’est celle de la survie. S’il y a une décision, c’est la mienne, celle de vouloir m’installer dans des conditions difficiles. En grande autonomie. A l’abri. Dans un lieu couvert, chauffé par le soleil, où entre la lumière, qui protège. L’environnement dans lequel j’ai situé mon abri est celui qui me convient. Que me procure, par l’extérieur, en frottant et raclant l’enveloppe de mon corps qui résiste et s’adapte, la forme nécessaire de ma vie. « 

Page 103 :« En passant sous les pins, j’ai noté que ma réserve de bois avait été très entamée par mon bain de lune. Il reste une dizaine de troncs morts à proximité, je vais m’en occuper. Cela suffira jusqu’à l’hiver, je pense. Un bain par semaine, c’est un bon rythme. Les habitudes aussi, il faut les construire. Effectuer les gestes de l’autarcie, les gestes simples, quotidiens, voilà ce que je m’étais proposé de construire pour habitude. J’ai investi cet environnement et ces conditions qui me permettent de n’être pas dans l’obligation de croiser tous les matins un ingrat, un envieux, un imbécile. Qui me laissent le loisir de penser à tout autre chose, dans une action utile et mécanique. »

Pages 116- 117 : » Je ne peux pas, personne ne le peut, ne pas prêter attention à la présence d’un humain. D’un coccinelle, d’un geai, d’un isard, d’une souris, oui, mais pas d’un humain. C’est un fait. Dès que je vois un humain, j’ai l’idée d’une relation entre lui et moi. Je m’en rends compte. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait pas. Encore moins dans la position isolée dans laquelle je me trouve. Que j’ai choisie. Dans laquelle je m’exerce et cherche à savoir si on peut vivre hors jeu, en ayant supposé qu’on le peut et que c’est une des conditions requises pour obtenir la paix de l’âme. C’est une hypothèse que j’ai faite et que je m’efforce de vérifier. Et tout à coup il y a un moine, enfin, une nonne, disons. Qui ne ressent pas la menace. »

« Le grand jeu », Céline Minard, Rivages, 18€

 

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GARCONS ETE

 

Comme un air de printemps en ce lundi ! Je vous emmène cependant bien loin de la Touraine. Cap sur La Réunion, actuellement sous les feux médiatiques entre les visites des impétrants à l’élection présidentielle et les attaques de requins. Une très chouette île – que je connais pour y avoir travaillé – point de départ de ce roman à suspense très bien construit et écrit.

L’auteure ? Rebecca Lighieri… qui signe aussi des romans sous son véritable nom, Emmanuelle Bayamack-Tam. Le dernier en date, « Je viens » était raconté  ici.

Deux identités littéraires donc pour cette auteure, enseignante en région parisienne.

C’est la première fois que j’ouvre un roman écrit par Rebecca Lighieri. A cause d’une chronique. A cause de son double aussi, donc j’avais aimé l’écriture et les histoires. « Les garçons de l’été » est son troisième roman sous ce nom.

Cette fois encore, une histoire de famille. Qui dégénère. Pourtant, sur le papier, tout semble parfait. la famille vit à Biarritz. Jérôme est pharmacien, Mylène, que tous appellent Mi, élève leurs trois enfants, beaux et brillants.

 

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Rentrée littéraire

FURIES

 

Ce roman, le troisième de Lauren Groff, fut le livre préféré de Barack Obama en 2015. Oui, je sais, ça ne suffit pas à en faire un bon roman. Heureusement !

Mais il y a tout le reste. L’histoire, la construction de celle-ci au fil des pages et des fantaisies du narrateur.

Nous voilà en Californie. Lancelot, que tous surnomment Lotto est un garçon bien loti. Sa mère, Antoinette, ancienne sirène star d’un spectacle ( toujours appelée « manman », et son père, Gawain, qui a fait fortune dans l’eau minérale, chérissent leur fils. Jusqu’au drame.

La mort brutale du père. Lotto devient un adolescent fuyant, compliqué… alors que sa mère qui attend une fille, Rachel, sombre dans la bigoterie et la mauvaise nourriture. Sallie, la soeur de Gawain, va tout prendre en main.

La nuit qu’il passe avec une fille ( qui tombera enceinte) signe la fin de l’insouciance. Sa mère l’envoie en pension. Une mise à l’écart sine die.

Lotto apprend seul à grandir. Devient un étudiant avide de sexe, d’alcool et de drogue. Jusqu’à sa rencontre avec Mathilde. Il a 22 ans. Quinze jours plus tard, ils se marient. Lotto est déshérité. Et pour cause.

Elle, la mystérieuse orpheline,  est froide, quand Lotto est solaire. Certains de leurs amis parient sur la durée de leur histoire. Sans savoir quels arrangements les soudent…

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  RentrARTICLE TANGUYée littéraire

Pas le titre le plus glamour ni le plus incitatif du monde, je vous l’accorde ! Et pourtant. Avec  » Article 353 du code pénal », Tanguy Viel nous revient en pleine forme.

Après « La disparition de Jim Sullivan », dont vous pouvez trouver le post ici l’auteur nous livre cette fois un polar social avec vent de force 10 !

Retour à Brest, dans ce bout de Finistère venteux, pour le quadragénaire installé désormais dans le Loiret après l’avoir été en Bretagne donc mais aussi à Bourges, Nantes et Tours ( où il passait du temps avec un autre écrivain de l’honorable maison des Editions de Minuit, un certain Laurent Mauvignier qui en parle d’ailleurs ici).

 

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