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Au bord de la mère…

 

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Alors que vous avez étalé votre serviette de plage sur le sable, avez-vous pensé à apporter le livre qui pourrait s’accommoder de ce moment ? A la rentrée littéraire de la fin de l’été 2017 était sorti « Souvenirs de la marée basse », de Chantal Thomas. Les critiques lues et entendues à l’époque donnaient envie. Ce n’est pourtant qu’en ce mois de juillet que j’ai pris le temps de plonger dedans. Plonger, justement.

Au fil des pages, Chantal Thomas, dont je n’avais jusque-là jamais rien lu, puise dans son histoire familiale et personnelle pour brosser le portrait d’une femme, sa mère, Jackie. Une femme particulière. Libre de ses mouvements. Restée enfant. Une nageuse hors-pair, insatiable, mais une femme demeurée fragile.

Adolescente, Jackie s’est baignée dans le grand canal du château de Versailles. Acte fondateur d’une légende aquatique. C’est en installant  à Arcachon avec ses parents Eugénie et Félix que Jackie vivra sa passion au quotidien. Des heures durant.

Une passion et une gourmandise pour la liberté qu’elle ne transmettra pas immédiatement à sa fille, Chantal, née d’une union avec un dessinateur industriel aussi sportif que silencieux, mort prématurément à l’âge de 43 ans.

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Ne jamais oublier. Ni les faits, ni celles et ceux qui en ont été les victimes. Scholastique Mukasonga en a pris le parti. A 60 ans, celle qui est désormais française, garde au coeur et dans la tête toute son histoire rwandaise.

Dans « Un si beau diplôme ! », elle revient à nouveau sur son histoire avec, cette fois, un récit. Sensible et fort à la fois.

Elle, la petite fille tutsie malmenée par l’histoire des hommes de son pays, déportée au Burundi, s’est accrochée aux rêves de son père pour décrocher un diplôme. « Un beau diplôme, c’est ce qui te sauvera de la mort qui nous ait promise « , lui a-t-il dit. L’émancipation de sa fille, il le sait, passera par l’école. Elle sera assistante sociale. Coûte que coûte.

« Le français m’a sauvée », explique d’ailleurs l’auteure dont l’oeuvre a déjà croisé la route de Quatrième de couv. C’était ici.

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TANGUY COLERE A DISPARU

 

« Tanguy Colère a disparu »

Nous voilà prévenus !  Au fil des pages, reste à savoir pourquoi. Et où peut désormais se trouver cet ancien militant antifasciste, leader charismatique.

Raphaëlle Riol signe là un quatrième roman à plusieurs voix qui nous dresse le portrait aiguisé d’un homme plein de failles, de secrets et de contradictions derrière ses discours longtemps jusque-boutistes.

Tanguy s’est vu attribuer le surnom devenu patronyme de « Colère ». Il est de tous les combats, quitte à user de la violence. Celle qui tuera d’ailleurs son frère Tony.

De quoi donner le ton. Mais, cela, c’était avant.

Un soir d’août 2016, Tanguy disparaît. Juste après l’incendie volontaire qui ravage la fameuse « Villa Dollar » dans l’enceinte de laquelle le quadragénaire s’est installée depuis plusieurs mois, tombé en amour pour cette propriété baroque au jardin somptueusement sauvage, appartenant à une héritière américaine, Poppy Philipps, dite « Poppy Peau Rouge ». Là, l’ancien militant devenu paysagiste a beaucoup changé. C’est en tout cas ce que se dit Xavier, devenu enseignant, et vieil ami, perdu de vue plusieurs années.

Deux mois après la disparition de l’imprévisible Tanguy, Xavier raconte. Idem pour Mia, jeune femme serveuse au service d’un patron véreux, ex-conquête éphémère de Xavier et qui se vivra une aventure avec Tanguy.

 

 

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Voilà encore un roman devant lequel j’aurais pu passer sans le voir. Grave erreur ! Heureusement, mes deux libraires préférées ( à Tours et à Quimperlé, en Bretagne) m’ ont, chacune à leur tour, vanté les talents de Christian Guay-Poliquin, qui signe avec « Le poids de la neige », son deuxième roman, largement primé de l’autre côté de l’Atlantique ( dont le prix France-Québec).

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Dans son premier roman déjà, une panne d’électricité faisait partie du décor, de l’histoire. On la retrouve ici, en plein hiver, dans une petite bourgade déjà isolée qui, pendant les longs mois de l’hiver canadien, va se retrouver totalement coupée du monde.

De quoi exacerber les tensions, de faire naître aussi des solidarités, parfois de façade seulement.

L’histoire ? Elle est simple. Et tragique. Un homme, qui a quitté le village depuis dix ans, visiblement en mauvais termes avec son père, revient. Il sait que ce dernier est en train de mourir. Il reviendra trop tard cependant et est victime d’un accident, grave. Les jambes écrasées, il ne peut être évacué ni réellement pris en charge à cause de la neige, de la panne d’électricité.

C’est Matthias, lui aussi échoué là depuis déjà plusieurs semaines, qui va devoir prendre en charge le blessé. Il le soigne, le nourrit et pourra ainsi espérer regagner la ville et sa femme qui l’attend ( c’est en tout cas ce qu’il dit) dès le premier convoi organisé, au printemps. A l’écart du village, les deux hommes vont devoir cohabiter.  C’est l’homme blessé qui raconte.  Il n’a pas encore recouvré l’usage de la parole ni celui de ses jambes. Matthias, sexagénaire ou septuagénaire, veille sur lui. Il y a aussi des visites, celles de Maria la vétérinaire, de José, de Joseph, d’autres encore qui voient dans le jeune homme secouru, mécanicien de métier, l’occasion de pouvoir enfin fuir…

D’une cohabitation non choisie qui n’est pas simple va naître une complicité laborieuse. Mais il y a la neige, le silence, le temps qui passe et cet hiver qui n’en finit pas. Il y a les rancoeurs, les petites trahisons, les larcins et ce quotidien colmaté qui les tue à petit feu…

 

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FAST FOOD

 

 

Voilà une chouette découverte ! Ce roman, je l’ai choisi pour son titre, ce que raconte sa quatrième de couv (forcément !) et la collection à laquelle il appartient. Cette fois encore, la collection Qui vive de Buchet Chastel est un vivier d’histoires modernes, alertes et qui nous parlent. La preuve encore avec ce « Fast-food » de Grégoire Damon.

L’auteur, trentenaire, vit à Lyon. Il a publié un premier roman, « La rue de la soif » en 2007 et plusieurs recueils de poésie.  Il a un blog  Et est à l’origine d’une revue de poésie.

L’histoire ? C’est celle d’un fast-food et de ceux qui y travaillent. Des hommes et des femmes venus d’horizons divers, arrivés là pour payer leurs factures, un boulot étudiant, parce qu’il y avait de la lumière…

Derrière les comptoirs du Meecoy, les équipiers ont construit une micro-société. Il y a des départs, des arrivées, des disparitions et une révolution en marche… ou pas. Et cette hiérarchie pesante, omniprésente, débilitante qui arrive un beau matin avec un nouveau management à décliner fissa. Face au grand capital, les équipiers de Meecoy vont se mobiliser.

 

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Ce livre-là  n’est pas un roman. C’est une plongée dans l’horreur, un voyage au plus près d’une vérité. Et un terrible constat d’échec. Comment Dominique Cottrez a pu, le 2 juillet 2015, être condamnée par la cour d’assises du Nord à 9 ans de prison pour huit infanticides ( le plus important jamais découvert).

A 51 ans, cette femme obèse à la voix douce, a tenté d’expliquer. Mais, bouleversante de vulnérabilité comme l’ont raconté les chroniqueurs judiciaires, elle est cependant restée cadenassée dans ses mystères. Nombreux. Opaques.

La journaliste Ondine Millot, elle, a voulu comprendre. Pas pour faire du voyeurisme. Mais pour prévenir. Pour que cela n’arrive plus. Elle a écrit « Les monstres n’existent pas, au-delà du fait divers ». 

MONSTRES

Entre 1989 et 2000, Dominique Cottrez, mère de famille, aide-soignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. A chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit.

Ondine Millot rencontre Dominique Cottrez cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre  : l’enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches.

Au fil des rencontres dans le petit studio occupé par Dominique Cottrez et son mari Pierre-Marie en attendant le procès, Ondine Millot va sonder, relier des fils d’une vie. Pas simple. Dominique Cottrez est une femme qui résume un demi-siècle de son existence en dix phrases. Une mère douce et attentive, une épouse dévouée, une aide-soignante si appréciée…

Au fil du temps, une amitié se tisse. Ondine Millot ne le cache pas. Mais n’excuse ni ne cautionne rien. Impossible. La clé réside-t-elle dans la petite enfance de Dominique ? L’enfant a été littéralement gavée. De fait, on ne l’entend pas, toujours contentée.

 

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TRAQUET KURDE

 

Jean Rolin, je ne sais pas pour vous, mais moi, je l’aime beaucoup ! Voilà un auteur que je suis depuis des années et qui, de livre en livre, nous emmène toujours loin. De notre quotidien, de notre pays même… Un régal à chaque fois !

Vous le retrouverez donc sur mon blog ici, et aussi là, sans oublier cette fois-ci aussi.

 

C’est donc avec délectation que j’ai plongé dans « Le Traquet kurde », son 29e livre ( et son douzième roman chez P.O.L.) sûre de partir loin pour 15 euros seulement ;-)

Cette fois, il nous propose une déambulation. Grâce à un oiseau, le traquet kurde. En 2015, ce passereau  minuscule a été observé en mai 2015 au sommet du Puy de Dôme, donc loin, très loin de ses bases habituelles.

 

 

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Rentrée littéraire

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Toujours un défi. Publier un deuxième roman quand le premier a été un véritable succès de librairie, ce n’est pas simple. Casse-gueule, même. Olivier Bourdeaut s’y est risqué. Après le fabuleux succès de « En attendant Bojangles », dont je vous avais parlé ici, il revient avec « Pactum salis », toujours édité chez Finitude.

Après les multiples traductions à travers quelque quarante pays et plus de 500.000 exemplaires vendus en France, une adaptation au théâtre ( sur scène en janvier) et un tournage pour le cinéma en cours, l’auteur a changé de registre. Radicalement. Ici, pas d’histoire autour d’un amour fou, mais une rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose.

Il y a Michel, agent immobilier à son compte. L’homme a réussi professionnellement et affiche un train de vie cossu. Mais aussi une solitude qui poisse ses mocassins.  Jean, lui, a fui Paris et son ami Henri pour devenir paludier à Guérande. Une vie monacale, mais un choix assumé. Loin de la société des hommes et d’un amour déçu, il travaille durement.

Deux métiers que l’auteur, installé désormais en Espagne, a pratiqué. Avec plus ou moins de succès, avoue-t-il.

 

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Rentrée littéraire

zoom-chanson-de-la-ville-silencieuseOlivier Adam, je l’attendais. Sûrement un peu trop. Son nouveau roman « Chanson de la ville silencieuse », n’est, à mon avis, pas à la hauteur de « Les Lisières », formidable livre grâce auquel je l’avais découvert il y a plusieurs années ( à lire ici). Avaient suivis « Peine perdue » et « La renverse ».

Je vous raconte quand même. Chez Olivier Adam, quadra inspiré depuis une bonne quinzaine d’années, il y a des thématiques récurrentes : les douleurs familiales, le manque, l’absence, la fuite également.

Cette fois, la toile de fond nous parle d’un homme, Antoine Schaeffer, qui après une carrière nationale et internationale, une stature d’icône, a décidé de déserter. De prendre la tangente. Quinze ans déjà qu’il ne parle plus aux journalistes, qu’il ne sort plus de disque.

Donné pour mort alors que sa voiture vient d’être retrouvée, il aurait cependant été aperçu dans les rues sinueuses et étroites de Lisbonne, où il pousserait la chansonnette avec sa guitare. Est-ce lui ? Pour sa fille, éditrice installée à Paris, il est temps d’aller  voir. De comprendre et, peut-être de pardonner.

C’est elle qui nous parle. A la première personne. C’est donc cette jeune femme un peu effacée ( elle n’a d’ailleurs pas de prénom dans le roman), trop ballottée dans son enfance entre un père toujours entre deux excès et une mère incapable d’amour, qui nous parle d’elle et de son père.

Dommage que le tempo ne soit pas le bon. Dommage que les répétitions nous enferment dans une histoire qui a, je trouve, du mal à toucher.

Bref, une lecture monotone. Sans surprise. Pas même celle du style.

Pas de petite musique cette fois…

Dommage.

 

Un extrait de l’émission « La grande librairie »:

 

 Extraits

Page 70 :« Je n’ai jamais pu saisir mon père. Moi pas plus que quiconque. Je lui ai connu mille visages. Parfois, dans la même année, le même mois, la même semaine, vous n’aviez pas affaire au même homme. Tourmenté ou serein. Jouisseur ou ascète. Zen ou déglingué. Au fond du trou ou exalté. Mondain ou solitaire. Bavard ou muet. Noceur ou paysan. Mystique ou cynique. Dandy magnétique, semi-clochard céleste, rockeur inflammable, rongé d’alcool. […] « 

Page 133 : » Les premiers temps ses parents ont l’air impressionnés de m’avoir sous leur toit. Prennent mes silences et ma discrétion pour du mépris. Elle est pas un peu bêcheuse ta copine ? Je ne le suis pourtant pas, je crois. C’est juste que j’observe, ébahie. Ces mots, ces gestes, ces façons d’être. Des parents. Des enfants. Des frères et soeurs. Leur manière de parler, de se mouvoir, d’occuper le temps. Les repas en famille. Les chicaneries. Les moments complices. Le quotidien partagé. Les courses au supermarché. Les jeux de société. La musique reléguée à l’accessoire, au décoratif, au superflu. Je lui envie tout. »

Page 178 :« […] Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillées dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. »

« Chanson de la ville silencieuse », Olivier Adam, Flammarion, 19€.

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Rentrée littéraire

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Quel plaisir de retrouver Vincent Almendros ! Qui plus est, avec un roman aussi enthousiasmant que le précédent. Je l’avais découvert avec  » Un été « , un huis clos hypnotique qui laissait présager le meilleur. Le jeune quadragénaire est de retour avec « Faire mouche », tout aussi jubilatoire.

L’histoire ? C’est celle de Laurent Malèvre, le narrateur. On ne sait pas grand-chose de lui. Sauf qu’il revient là où il a grandi, à l’occasion du mariage de sa cousine, Lucie ( vétérinaire) qui va épouser Pierre, le garagiste. Il n’est pas là de gaieté de coeur. A Saint-Fourneau, c’est la campagne. Reculée. Un peu arriérée aussi.

Cet événement l’oblige à voir sa mère, qui vit depuis longtemps déjà avec  Roland, le frère (également veuf) de son défunt mari.  Une mère qui lui aurait fait boire de la Javel quand il était enfant. Une mère qui garde ses secrets tandis qu’elle prépare une langue de boeuf.

Au sein de la famille, les liens sont distendus. Etranges.

Laurent aussi en a des secrets. Dont un. Terrible. Le lecteur le devine en filigrane au fil du roman. Avant de le voir exploser à la fin.

En attendant, pour ne pas perdre la face, pour ne surtout pas susciter de questions, il a demandé à Claire de se faire passer pour Constance enceinte, avec qui il vit. Enfin c’est ce qu’ils croient tous.

 

 

Durant quelques jours, ils jouent le jeu. Mais à quel prix ?Entre mensonges et silences, la famille voudrait tenir son rang. Mais l’atmosphère devient oppressante, irrespirable.

Une écriture fine, incisive, percutante. Avec Vincent Almendros cette fois encore, les images défilent. Un thriller efficace en moins de 130 pages !

 

Extraits

 Page 55 :  » Le soleil, très vite, chauffa mon visage. Cette chaleur pénétrait en moi en traversant les couches successives de mon épiderme. Mon corps s’allégeait enfin, ses contours s’adoucissaient comme s’il se confondait peu à peu avec l’air chaud qui le caressait. A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. » 

Pages 79-80 :« Hé, c’est que vous avez bien grandi, j’ai failli ne pas vous reconnaître.

Elle ne savait plus quoi me dire. J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. Elle leva les sourcils en hochant la tête de haut en bas. Je regardai sur la caisse électronique le montant qui était affiché. Je sortis de ma poche les quelques billets qui me restaient. Je n’étais pas mécontent de dépenser de l’argent, ça me donnait l’impression de vivre. »

Pages 91-92 :« Elle aimait compliquer les choses. Petite, elle mentait déjà avec un aplomb qui déconcertait ma grand-mère. Si je n’avais pas attendu la mort de mes grands-parents pour ne plus remettre les pieds à Saint-Fourneau, c’était en partie à cause d’elle. Elle le savait. 

Je remarque que vous êtes allés déjeuner chez ta mère et que Constance est tombée malade, c’est tout. 

Je tentai de la fixer avec, dans mon regard, un mélange de consternation et de compassion, cherchant à insuffler, chez elle, un soupçon de doute. Mais elle ne baissa pas les yeux. Au contraire, son regard à elle se renforça d’une détermination butée, provocante. Elle avait l’air convaincue de ce qu’elle pensait. Pour dire la vérité, je me protégeais en feignant la surprise, car j’y avais songé, moi aussi. Lorsque j’avais entendu Claire vomir dans la salle de bains, je m’étais demandé ce qui se passait. Lucie dut sentir une faille, qu’elle transforma en brèche en s’y engouffrant. Son un ton plus méchant, qui me rappela la brutalité dont ma mère était capable, elle voulut savoir pourquoi j’avais toujours cherché à la protéger. »

 « Faire mouche », Vincent Almendros, Editions de Minuit, 11, 50€

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