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Un roman  un peu foutraque, ça vous dit ? Ca tombe bien, j’ai lu pour vous le nouveau roman de Julie Douard, « Usage communal du corps féminin ». Un titre un tantinet étrange, je vous l’accorde. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’est retrouvé entre mes mains. Le nom de l’auteur était également un argument  : j’avais beaucoup aimé le premier roman de Julie Douard, « Après l’enfance », découvert avant la création du blog Quatrième de couv.

Bref, voilà un roman étrange, avec tout un tas de personnages qui le sont également. De quoi se régaler ! Au fil des pages, l’hystérie va grandissant. Jusqu’où ? Les situations se succèdent et le lecteur suit. On court à la catastrophe… mais joyeusement.

Julie Douard, qui signe là son deuxième roman, a écrit plusieurs pièces de théâtre et enseigne la philosophie en lycée à Caen depuis une dizaine d’années.

 

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L’histoire ? C’est celle de Marie Marron, une jeune femme un peu lente, un peu gourde. Depuis la mort tragique de ses parents, elle vit avec sa tante Hortense dans une commune dont le nom n’est jamais mentionné. Là, la jeune femme secrétaire du dentiste s’entiche d’un certain Gustave Machin, un homme réactionnaire et insupportable qui demande à ce qu’on l’écoute. A ce qu’on le considère. Il deviendra gourou du Renouveau solidaire… mais aura quand même occis deux femmes avant !

C’est d’ailleurs le trait commun à tous les personnages imaginés par Julie Douard. Tous sont en quête d’un peu de considération mais avec de bons ou de mauvais moyens pour y  arriver. Ajoutez à ces deux personnages principaux un étudiant en philologie qui voit son rêve s’écrouler ; une Josette aux secrets bien gardés, pas regardante sur les hommes qui profitent de son corps ; un maire qui se lance dans l’organisation d’un concours de « misses » avec des femmes d’âge mûr ; une communauté religieuse qui va basculer rapidement dans le n’importe quoi ; un animateur de télévision qui tente un come-back pathétique ; un faux ingénieur, etc. Et vous obtenez un roman burlesque.

L’auteure Julie Douard parle de ses personnages dans cette vidéo :

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Extraits

Page 25 : « Marie se fichait complètement de n’être pas considérée sur le plan professionnel, car ce plan-là ne l’intéressait pas. Elle n’avait pas le moindre orgueil ni la moindre ambition. Réussir impliquait nécessairement de se faire remarquer à un moment ou à un autre. Or Marie, justement, voulait qu’on ne la vît pas. Mais c’était impossible, comme tout un chacun elle existait fatalement pour les autres ; aussi ses efforts consistaient-ils à ne déranger personne. Et l’on peut dire que là, elle excellait presque autant qu’en orthographe. Sa voix douce et sa mémoire photographique lui permettaient d’être discrète et d’écrire sans faute. Et si Chabodon ne la considérait pas comme une flèche, il lui reconnaissait au moins cela : les clients appréciaient cette grande fille gauche qui leur assurait gentiment qu’ils n’auraient pas mal, tout en précisant que c’était une chance pour la commune d’avoir encore un dentiste, au moment même où la région devenait un désert médical. »

Page 104 :« Hortense se désolait sincèrement du bazar dont Gustave était la cause. Cela étant, elle ne souhaitait guère le voir réapparaître dans la vie de Marie. Elle avait justement payé le car à sa nièce pour qu’elle aille voir Maurice à l’hôpital, il n’était pas question que le petit Machin vînt semer la zizanie dans ce qui était peut-être le tout début d’une belle histoire raisonnable. Aussi choisit-elle de rassurer son amie.

Si Gustave Machin avait mis au travail les invités de la congrégation, c’est parce qu’il savait que le jardinage calme les anxieux ; s’il faisait désormais chambre commune avec Catherinette, c’est  parce qu’il souhaitait prier toute la nuit ; s’il s’autorisait à contourner le règlement en organisant des veillées dans le réfectoire, c’est parce qu’il savait que les groupes de parole sont un bon moyen pour évacuer le stress et la culpabilité des inadaptés. »

Page 130 : « Les éclairs au chocolat avaient été considérablement appréciés, de même que la tarte aux fraises et le crumble à la pistache. Josette avait toutefois précisé,  au milieu de sa collation, qu’elle ne pratiquait pas le saphisme et Marie Marron, qui ne savait pas du tout de quoi on parlait, avait timidement répondu qu’elle s’en arrangerait car elle ne voulait que des tuyaux. »

 

 Mon avis

Un huis-clos burlesque et foutraque. Voilà ce que propose Julie Douard avec son nouveau roman. Au fil des pages, les personnages en quête d’autre chose vont s’en sortir ou pas. Du moins vont-ils prendre leur destin en main. Les personnages féminins ne sont pas les plus heureux au départ mais ils parviennent à s’en sortir et à déjouer les plans fomentés à divers niveaux par les hommes.  La succession de situations drôles et cocasses donne à ce roman une saveur qu’on a envie de partager. En ce qui me concerne, c’est fait !

« Usage communal du corps féminin », Julie Douard, P.O.L., 16,50€.

 

 

 

 

 

 

3 Réponses à “Courir à la catastrophe… mais joyeusement !”

  1. Clémentine dit :

    Bonjour et merci pour ce super conseil de lecture. Les extraits cités m’ont donné envie de le lire et lire je ne regrette pas, en plus j’ai vu que mon idole (le beautiful François Bégaudeau) adoube ce choix, il a même écrit un article dans Transfuge sur cet « Usage communal du corps féminin » peu commun ! Et je recommande aussi ses livres (ceux de François) et ses vidéos hilarantes à tous !
    Sinon, cette Marrie Marron est froide à souhait ! Enfin une héroïne qui ne se la joue pas !
    Clémentine…

  2. raph dit :

    Bonjour, l’auteur dont vous parlez a sorti un nouveau livre qui devrait vous plaire, en tout cas, j’ai beaucoup aimé, même si je n’ai pas votre talent pour en parler.
    Voici les ref : La chair des vivants / Julie Douard / éditions POL
    Comme article dessus je n’ai trouvé que Télérama.

    • vanina dit :

      Bonjour et merci pour le conseil ! J’avais beaucoup aimé les deux précédents romans de cette auteure « Après l’enfance » et « Usage communal du corps communal ».
      Bonne lecture à vous !

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