10 mar 2011
Le libero des pieds carrés
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Mégalomanie sanglante sur rectangle vert…

Al Saadi Kadhafi, devant le portrait de son père. Difficile de retrouver une photo de lui sur un terrain de foot !

Al Saadi Kadhafi, devant le portrait de son père. Difficile de retrouver une photo de lui sur un terrain de foot !

La Libye est à feu et à sang. Mouammar Kadhafi et tout son clan sont dans l’oeil du cyclone. Depuis quelques semaines, les enfants du dictateur lybien montent tour à tour au créneau pour défendre leur dictateur de père, mais aussi leurs intérêts personnels.

Le cas d’Al Saadi Khadafi, le troisième des neuf enfants du Colonel, né le 28 mai 1973, intéresse particulièrement les Pieds carrés. Et pour cause, son histoire parle aussi de ballon rond.

Tout petit, Al Saadi a rêvé de devenir un grand footballeur. Là, on commence à rigoler… La vocation du bonhomme est née devant les arabesques magiques d’un certain Diego Maradona. On peut le concevoir : le “ Pibe de Oro ” en a fait rêver plus d’un.

  • La démonstration en image…

Mais là où le rêve aurait pu être, et aurait dû être, balayé par des limites physiques et des lacunes techniques criantes, le garçon s’est appuyé sur le pouvoir sans limite de son paternel pour parvenir à ses fins.

Comme quoi, être l’enfant d’un dictateur, ça peut booster une carrière… Le fils à papa s’est d’abord autoproclamé attaquant ou milieu offensif (c’est selon son envie, son humeur, s’il a fait la fête ou pas la veille, s’il a enfilé sa chaussure gauche avant sa chaussure droite…) du club Al Ahly Tripoli.

Avec un bilan brillant : 74 matchs, 3 buts ! D’autant plus édifiant qu’on se dit qu’Al Saadi, eu égard à son statut d’intouchable, a eu le droit à un nombre incalculable de ballons en or, à des défenseurs pour le moins cléments et des gardiens complices. Et là, vu le ratio famélique, même un Brandao en garde à vue commence à rigoler…

Folie des grandeurs

Pas de quoi décourager le fils Kadhafi qui a poursuivi ses fabuleuses aventures au Al Ittihad Tripoli. Au passage, il achète le club et en devient le président, tout en s’installant à la tête de la fédération libyenne

Cela peut toujours aider, surtout qu’il s’octroie le droit d’être titulaire à vie au poste qu’il souhaite ! Et la folie des grandeurs ne s’arrêtent pas là. Al Saadi recrute notamment Patrick M’Boma. L’ancien joueur du PSG passe six mois en Libye.

« Kadhafi joue avec les gens comme un enfant avec ses jouets, avec très peu de respect pour l’être humain », a expliqué le Camerounais sur les ondes de RMC.

« Le fils fait au moins aussi peur que le père. Les gens avaient peur de s’exprimer, de lever le petit doigt. Ça se répercutait même sur le terrain. Il fallait donner tous les ballons à Al Saadi. Il ne fallait pas que les adversaires le fassent tomber. Les gens étaient tétanisés. Personne ne parlait. Un jour, il dit à un joueur qu’il allait guérir sa maman, malade. Mais comme il l’avait empêché de marquer un but, Al Saadi a décidé de ne plus l’aider. »

Pas besoin d’en rajouter beaucoup plus… Ah si ! Le charmant personnage, qui se pointait parfois au match, juste au moment de l’échauffement en hélicoptère, a également organisé une rencontre le 31 décembre 1999 à 23 h pour être le premier buteur du millénaire.

Pire, il a surtout provoqué une fusillade dans un stade de Tripoli en juillet 1996. Alors que son équipe affronte celle de son frère Mohammed, il persuade l’arbitre d’accorder un but contesté pour obtenir la victoire. La décision du directeur de jeu déclenche la colère du frangin. Les gardes du corps s’en mêlent avec leurs armes. Bilan : au moins 20 morts, dont l’arbitre !

Une “ réjouissance ” qui vaut à Al Saadi un joli petit nom : le “ hooligan ” !

  • Les buts d’Al Saadi disponibles en video sont tous des coups de pied arrêtés. Un problème d’efficacité dans le jeu, peut-être ? Ceci-dit, le coup de patte est beau, même si le mur est minuscule et le gardien pas très efficace… On vous laisse aussi savourer la joie du buteur et l’enthousiasme à peine forcé des coéquipiers.
http://www.youtube.com/watch?v=crwJLea5ExQ&NR=1

A ce moment de l’histoire, on sent votre sourire se crisper un peu… Mais la farce n’est pas terminée. Après s’être offert les services de Ben Johnson pour peaufiner sa préparation physique (elle est où la clé de l’armoire à pharmacie, coach ?) et de Diego Maradona pour essayer de se “ retailler ” les pieds (il faut bien coller à la ligne mon garçon !), le troisième fils Kadhafi débarque en Italie.

« Je veux essayer le football italien dans une équipe qui a révélé de nombreux joueurs en les faisant devenir des champions. » C’est beau de continuer à rêver à 30 ans…

Un âne ne se transforme pas en cheval de course

Heureusement, malin comme vous êtes, vous avez compris qu’un âne ne se transforme pas en cheval de course, même avec le meilleur laboratoire de Parme ou d’ailleurs. Et si Al Saadi séduit quelques formations italiennes, c’est surtout grâce à son compte en banque bien fourni.

En 2002, il investit dans la Juventus de Turin (à hauteur de 7,5% du capital) et entre ainsi au conseil d’admistration de la Vieille Dame. Ce coup de pouce et un chèque d’un million de dollars lui permettent également d’organiser la Supercoupe d’Italie à Tripoli.

Peu après, la Tamoil deviendra le sponsor maillot de la Juve. Mais, même si Al Saadi s’est entraîné avec Trézeguet et compagnie, il ne peut décemment pas porter officiellement le maillot mythique noir et blanc. Faut pas pousser la Vielle Dame dans les orties…

Qu’à cela ne tienne ! Le capitaine de l’équipe nationale libyenne (difficile de ne pas le sélectionner…) trouve un terrain d’entente avec Pérouse et son fantasque président. Après s’être ouvert des perspectives nippones en recrutant Nakata, Luciano Gaucci s’offre là un nouveau coup de pub à l’été 2003.

Tout juste viré du poste de sélectionneur de la Libye, Franco Scoglio se gondole de rire (alors même qu’on n’est pas à Venise !) : « Kadhafi à Pérouse ? Laissons tomber… J’ai été limogé parce qu’avec moi le fils Kadhafi n’aurait pas joué une seule minute. »

  • D’habitude, lors de leurs premières apparitions sous leurs nouvelles couleurs, les recrues épatent la galerie avec quelques jonglages. Le problème d’Al Saadi, ici au moment de sa signature à Pérouse, c’est qu’il a visiblement un peu de mal

Serse Cosmi, l’entraîneur de Pérouse d’alors, la joue, lui, politiquement correct : «Il est rare que le président Gaucci se trompe. Saadi Kadhafi s’entraînera avec nous puis nous verrons. »

C’est tout vu ! Le garçon ne joue quasiment jamais et trouve moyen de se faire “ piquer ” lors d’un contrôle antidopage positif à la nandrolone, le 5 octobre 2003, à l’issue du match Pérouse – Reggina, durant lequel il a juste ciré le banc.

Elu deuxième plus mauvais joueur de Série A

Après trois mois de suspension, il est élu deuxième plus mauvais joueur de Série A de la saison, juste derrière le fantome préretraité de Rivaldo. Il s’engage pourtant avec l’Udinese en 2005-2006, puis à la Sampdoria en 2006-2007.

A chaque fois, une brève apparition d’une vingtaine de minutes par saison… Et là, l’éclat de rire est général, surtout quand on découvre que pour réaliser son rêve, Kadahafi Jr. a mis la main à la poche en sponsorisant ses clubs et en réglant certaines primes de ses coéquipiers.

En fait, hormis quelques nuits agitées et arrosées que n’auraient pas reniées Silvio Berlusconi, on ne relèvera qu’un seul fait d’arme : avoir séduit Vanessa Hessler, un mannequin italien rendu célèbre par une pub pour un fournisseur internet. Aux dernières nouvelles, les deux tourtereaux sont toujours ensemble.

Et même une fois sa carrière pro terminée, Al Saadi continue de faire la pluie et le beau temps sur le foot libyen, tentant par exemple d’obtenir l’organisation de la coupe du monde 2010.

A la tête d’une unité spéciale

Et la farce grotesque et mégalomaniaque nous aurait définitivement faire hurler de rire… Hélas, le spectacle guignolesque tourne à l’aigre.

On vient de retrouver la trace d’Al Saadi Kadhafi à Benghazi. Colonel de l’armée libyenne, à la tête d’une unité spéciale de 5.000 hommes (qu’il utilisait ses derniers temps pour s’enrichir), il est actuellement, selon plusieurs sources, en train de réprimer dans le sang la révolte populaire.

Pour combien de temps encore ? Difficile à dire…

  • En tout cas, s’il met autant de temps (et hélas moins de courtoisie) à quitter le pouvoir que pour sortir du terrain (ici lors d’un match amical entre la Libye et le Canada), cela risque de durer un peu


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