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MAGE Waouh ! Quel roman ! Il devrait assurément se retrouver au pied de nombreux sapins à Noël. Et pour cause. Voilà un lire que vous ne voulez pas quitter et dont vous tournez les pages avec fébrilité et enthousiasme à la fois.

Giuliano da Empoli est un écrivain et journaliste italien. Ancien adjoint au maire en charge de la Culture à Florence (2009-2012), il a été le conseiller politique du président du Conseil italien Matteo Renzi. Editorialiste et essayiste politique, il a aussi fondé un think tank. En 1996, il a publié son premier livre Un grande futuro dietro di noi à propos des difficultés rencontrées par les jeunes Italiens. Cette publication a fortement animé le débat national en Italie et poussé le journal La Stampa à le désigner « Homme de l’année ».

En 2019, alors qu’il travaille à son prochain essai sur les éminences grises des totalitarismes européens, il croise la route de Vladislav Sourkov, qui fut de 1999 à 2011, l’adjoint au président de l’Administration présidentielle, vice-Premier ministre de 2008 à 2013, puis conseiller de Poutine (2013-2020). Cette éminence grise, ancien homme de télé, a joué un rôle clé dans la définition de certains concepts, la création de mouvements de jeunesse, les articulations idéologiques du régime poutinien, ainsi que le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine. Un véritable personnage de roman ! Le mage du Kremlin est né.

 

Dans le livre, on découvre la vie de Vadia (ou Vadim) Baranov, le temps d’une nuit de confidences à un Français russophile et russophone qui travaille sur le projet de réédition d’un roman. Baranov a quitté le Kremlin et ses intrigues depuis un certain temps déjà. Nul ne sait où il est, ce qu’il devient. Dans une maison au coeur de la forêt, il se livre sur la vingtaine d’années passées au plus près du pouvoir. Ce Raspoutine qui parlait à l’oreille de celui qu’on surnomme le Tsar, raconte les coulisses de la guerre en Tchétchénie, l’annexion de la Crimée, l’occupation du Donbass ou encore l’incroyable cérémonie d’ouverture des JO à Sotchi…

Un roman réellement passionnant et bien écrit. Le mage du Kremlin a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française. 

 Extraits

Page 76 :« Convertir mon expérience théâtrale en carrière de producteur de télévision fut comme passer du carrosse à vapeur à la Lamborghini. Un jour j’étais assis autour d’une table de cuisine, à disserter sur Maïakovski en buvant du thé brûlant dans une atmosphère imprégnée de cigarettes sans filtre, et le lendemain je sirotais des cappuccinos dans un open-space conçu par des architectes  néerlandais, compilant des présentations PowerPoint et me réjouissant de mes futures vacances à Marrakech. Dans les studios de l’ORT, la première chaîne de la télévision russe, récemment privatisée, on ne produisait pas simplement des émissions, on expérimentait les formes de vie qui seraient adoptées plus tard par l’ensemble des nouveaux Russes. »

Page 164 :« A cette époque, je prenais encore les discours du Tsar au pied de la lettre. Je ne pouvais pas savoir à quel point le sentiment de revanche qui se cachait derrière eux était profond, ni que le vide qu’ils masquaient se révélerait impossible à combler, mais ce soir-là je compris que la guerre contre les oligarques n’était que le début. Il ne s’agissait pas seulement de reprendre le contrôle de quelques entreprises échues dans les mauvaises mains. Il s’agissait de mobiliser toutes les ressources, tous les éléments de force de la Russie pour retrouver notre place sur la scène mondiale. Une démocratie souveraine, tel était l’objectif. »

Page 258 :« Je contemplais ma vie comme un plongeur en apnée. Je la voyais briller à la surface, mais je ne parvenais plus à respirer. Cela faisait vingt ans que je n’avais pas respiré. Non que ces années se soient envolées. Au contraire, j’avais l’impression d’avoir vécu milles vies. Mais je n’avais jamais respiré, pas un seul instant : j’étais resté en apnée. Maintenant, je commençais, au loin, à entrevoir ma destination. Le point final où le besoin de choisir cesse de se manifester, car tous les choix ont été faits et ce qui reste n’est qu’une simple formalité. »

Le mage du Kremlin, Giuliano da Empoli, Gallimard. 

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