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	<title>Quatrième de couv &#187; souvenirs</title>
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	<description>Des livres, un peu, beaucoup, passionnément... et autres petits trésors</description>
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		<title>A ce père qu&#8217;il n&#8217;a pas compris&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Nov 2023 14:37:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quel plaisir de retrouver Rachid Benzine ! L&#8217;auteur de Ainsi parlait ma mère, de Dans les yeux du ciel et de Voyage au bout de l&#8217;enfance est présent sur les tables des librairies pour cette rentrée littéraire. Avec Les silences des pères, l&#8217;islamologue, chercheur et écrivain, nous emmène dans un road trip de la mémoire. L&#8217;histoire ? Un fils, Français d&#8217;origine marocaine et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/147776_couverture_Hres_0.jpg" rel="lightbox[6499]"><img class="alignleft size-full wp-image-6501 colorbox-6499" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/147776_couverture_Hres_0.jpg" alt="147776_couverture_Hres_0" width="409" height="600" /></a></p>
<p>Quel plaisir de retrouver <strong>Rachid Benzine</strong> !</p>
<p>L&rsquo;auteur de <a style="font-style: italic;font-weight: bold" href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/06/07/a-cette-femme-quil-aimera-toujours/">Ainsi parlait ma mère</a>, de <strong><em><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/09/15/le-printemps-arabe-a-travers-la-chair/">Dans les yeux du ciel</a> et de <a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/01/07/voyage-au-bout-de-lenfer-a-hauteur-denfant/">Voyage au bout de l&rsquo;enfance</a> </em></strong>est présent sur les tables des librairies pour cette rentrée littéraire.</p>
<p>Avec <em><strong>Les silences des pères</strong></em>, l&rsquo;islamologue, chercheur et écrivain, nous emmène dans un road trip de la mémoire.</p>
<p>L&rsquo;histoire ? Un fils, Français d&rsquo;origine marocaine et pianiste classique de renommée internationale, apprend au téléphone le décès de son père. Ils s’étaient éloignés : un malentendu, des drames puis des non-dits, et la distance désormais infranchissable.</p>
<p>Maintenant que l’absence a remplacé le silence, le fils revient à Trappes, le quartier de son enfance, pour veiller avec ses soeurs la dépouille du défunt et trier ses affaires. Tandis qu’il débarrasse l’appartement, il découvre une enveloppe épaisse contenant quantité de cassettes audio, chacune datée et portant un nom de lieu. Il en écoute une et entend la voix de son père qui s’adresse à son propre père resté au Maroc.</p>
<p>Il y raconte sa vie en France, année après année. Notre narrateur décide alors de partir sur les traces de ce taiseux dont la voix semble comme resurgir du passé.</p>
<p>Le nord de la France, les mines de charbon des Trente Glorieuses, les usines d’Aubervilliers et de Besançon, les maraîchages et les camps de harkis en Camargue : le fils entend l’histoire de son père et le sens de ses silences.</p>
<p>Un roman sensible, qui raconte la difficulté pour un père et son fils de se retrouver. De dépasser les non-dits et l&rsquo;incompréhension qui éloigne parfois ceux qui s&rsquo;aiment.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-6499"></span></p>
<p>Un roman qui permet également de toucher du doigt le quotidien d&rsquo;un ouvrier émigré en France durant les années 50-60. Au document s&rsquo;ajoute alors une réflexion, tout en nuances, sur le deuil et le déni. Une fois encore Rachid Benzine fait mouche.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 21-22 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Il a fallu qu&rsquo;il meure pour que je revienne. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Vingt-deux années. Et rien n&rsquo;a changé. La même dalle de béton. Les mêmes visages. Ceux d&rsquo;enfants devenus pères, de pères devenus grands-pères, de petits-enfants qui grandissent à l&rsquo;ombre des mêmes tours. Tout disparaîtra avec eux. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>&laquo;&nbsp;Il n&rsquo;a pas souffert&nbsp;&raquo;, me disent mes soeurs comme pour me rassurer. Je n&rsquo;ose pas leur avouer que je le croyais déjà parti depuis plusieurs années. Qu&rsquo;il n&rsquo;était plus qu&rsquo;un lointain souvenir. &laquo;&nbsp;il est encore à l&rsquo;appartement, dans sa chambre. Si tu veux le voir.&nbsp;&raquo; Elles me remercient d&rsquo;être présent. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est important, ça lui aurait fait plaisir. &nbsp;&raquo; Je n&rsquo;ose pas leur dire que ce sont des paroles convenues. Que leur deuil n&rsquo;est pas le mien. Que pour pleurer quelqu&rsquo;un, il faut l&rsquo;avoir aimé. [&#8230;]&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 54 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;[&#8230;] Ses doigts, en effet, racontent l&rsquo;envergure d&rsquo;une vie de labeur au fond d&rsquo;une mine. Le syndrome des &laquo;&nbsp;doigts blancs&nbsp;&raquo; &#8211; la vascularisation ne se fait plus. Ses phalanges ont quasiment perdu leur motricité. Je salue mon hôte mais avant même que je puisse en dire davantage, le vieil homme se relève brusquement : &nbsp;&raquo; Tu as sa voix&#8230; sa voix quand on est arrivés en France. C&rsquo;est comme si il était là. Tu es de la famille d&rsquo;Ahmed Chehlaoui, n&rsquo;est-ce pas ? &nbsp;&raquo; J&rsquo;acquiesce, je me présente. Il me serre dans ses bras et colle sa joue sur la mienne. Ses larmes salées se frayent un chemin jusqu&rsquo;à mes lèvres. Il se confond en excuses de ne pas avoir pu être à l&rsquo;enterrement. Les invocations qu&rsquo;il vient d&rsquo;achever c&rsquo;était pour lui, pour mon père, même si Allah, il n&rsquo;en doute pas, l&rsquo;avait déjà accueilli à bras ouverts en son Paradis.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 137 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Je me retrouve sur une route silencieuse qui passe non loin du pont du Gard, dont la voie serpente entre des platanes grillés par le soleil du Midi. Je suis toujours sonné par la voix grésillante de mon père qui se superpose aux contours de ce paysage de garrigue. J&rsquo;entends encore une de ses phrases lapidaires, faite pour tirer un trait sur une vie, accepter l&rsquo;inacceptable : &laquo;&nbsp;Pour le mariage, j&rsquo;ai fait comme tu m&rsquo;as dit.&nbsp;&raquo; La bande magnétique s&rsquo;était comme étranglée à ces mots, et avait laissé place à un long silence.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p><em><strong>Les silences des pères, Rachid Benzine, Seuil, 17,50€</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;autofiction et sa magicienne&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2023/10/22/lautofiction-et-sa-magicienne/</link>
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		<pubDate>Sun, 22 Oct 2023 07:16:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chloé Delaume agite le landerneau de la littérature depuis une vingtaine d&#8217;années. Une magicienne des mots que cette auteure que j&#8217;ai eu la chance d&#8217;interviewer il y a quelques années quand elle vivait encore à Tours (Indre-et-Loire). De quoi me souvenir d&#8217;une rencontre étonnante et enrichissante. Je n&#8217;ai pas lu toute son oeuvre. Le dernier roman pour [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/149772_couverture_Hres_0.jpg" rel="lightbox[6553]"><img class="alignleft size-full wp-image-6556 colorbox-6553" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/149772_couverture_Hres_0.jpg" alt="149772_couverture_Hres_0" width="409" height="600" /></a></p>
<p><strong>Chloé Delaume</strong> agite le landerneau de la littérature depuis une vingtaine d&rsquo;années. Une magicienne des mots que cette auteure que j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;interviewer il y a quelques années quand elle vivait encore à Tours (Indre-et-Loire). De quoi me souvenir d&rsquo;une <a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/tours/a-l-abri-des-vieilles-pierres-elle-fait-grandir-une-voix-bienveillante">rencontre étonnante et enrichissante</a>.</p>
<p>Je n&rsquo;ai pas lu toute son oeuvre. Le dernier roman pour moi, c&rsquo;était <strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/11/02/quadra-sur-le-marche-de-lamour-et-des-desillusions/">Le coeur synthétique</a>.</strong></p>
<p>Je l&rsquo;ai retrouvée avec plaisir en cette rentrée littéraire. L&rsquo;histoire de <strong><em>Pauvre folle</em></strong> ? Pour comprendre la nature de sa relation avec <strong>Guillaume</strong>, <strong>Clotilde Mélisse</strong> observe les souvenirs qu’elle sort de sa tête, le temps d’un voyage en train direction Heidelberg.</p>
<h3 style="text-align: center">Comme une résonnance</h3>
<p>Tandis que par la fenêtre défilent des paysages de fin du monde,<strong> Clotilde</strong> revient sur les événements saillants de son existence. La découverte de la poésie dans la bibliothèque maternelle, le féminicide parental, l’adolescence et ses pulsions suicidaires, le diagnostic posé sur sa bipolarité. Sa rencontre, dix ans plus tôt, avec<strong> Guillaume</strong>, leur lien épistolaire qui tenait de l’addiction, l’implosion de leur idylle au contact du réel.</p>
<p>Car<strong> Guillaume</strong> est revenu, et depuis dix-sept mois<strong> Clotilde</strong> perd la raison. Elle qui s’épanouissait au creux de son célibat voit son cœur et son âme ravagés par la résurgence de cet amour impossible.</p>
<p>La décennie passée ne change en rien la donne : <strong>Guillaume</strong> est toujours gay, et qui plus est en couple. Aussi <strong>Clotilde</strong> espère, au gré des arrêts de gare, trouver une solution d’ici le terminus.</p>
<p><span id="more-6553"></span></p>
<p>Dans toutes les histoires d’amour se rejouent les blessures de l’enfance : on guérit ou on creuse ses plaies. <strong>Chloé Delaume</strong> explore cette réalité, à l&rsquo;aune de sa propre histoire, le tout en vers de huit à douze pieds.<em> &laquo;&nbsp;90% de ce qui arrive à <strong>Clotilde</strong> m&rsquo;est arrivé&nbsp;&raquo;</em>, assume <strong>Chloé Delaume</strong> dans une interview au Monde, en septembre.</p>
<p>Pour tenter de (se) comprendre sa relation à <strong>Guillaume</strong>,<strong> Clotilde</strong> extirpe ses souvenirs les uns après les autres de son propre cerveau, afin de reconstituer un puzzle tandis que le train avance dans la nuit. De quoi ausculter ce qui a construit cette histoire d&rsquo;amour et de mots. Mais avec le filtre féministe de l&rsquo;auteure, sans oublier celui de son humour ravageur. Au final, un roman enthousiasmant, détonnant et terriblement moderne.</p>
<p>Rappelons que <strong>Chloé Delaume</strong> a fait sien l&rsquo;univers de l&rsquo;autofiction. La quinquagénaire un peu rock se définit elle-même comme <em>&laquo;&nbsp;personnage de fiction&nbsp;&raquo;</em>. Née <strong>Nathalie Derain</strong>, elle s&rsquo;est choisie un prénom (issu de <strong><em>L&rsquo;écume des jours</em></strong>) et un nom (issu de <em>L&rsquo;Arve et l&rsquo;Aume</em>, d&rsquo;<strong>Antonin Artaud</strong>) pour réinventer son avenir après des épisodes extrêmement traumatiques (son père a tué sa mère devant ses yeux, avant de se suicider).</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;La fin du monde n&rsquo;a pas du tout la forme prévue&nbsp;&raquo;</em>, débute et achève son livre. Tout un programme ! Un roman à savourer.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 11 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Clotilde ne veut pas crever avant d&rsquo;avoir vu les filles et les femmes se relever une à une en se tenant la main. Carmagnole sororale démantelant un système qui colonise corps et pensée ; renversant en riant les valeurs de la phallocratie ; détruisant en choeur de colère les bastions du souverain virilisme. Ensemble elles doivent dans sans le son des canons : on ne peut pas tuer les moeurs, juste les faire évoluer. Briser le plafond de verre ne se fait pas à la hache, trancher la jugulaire ou le sexe des mâles alpha saloperait la moquette et en faisant des martyrs. Ce ne sont pas des armes qui leur sont nécessaires, mais plutôt des outils.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 147 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Sur la tablette il y a des miettes, Clotilde prestement la nettoie. Il lui reste moins de deux heures avant de descendre au train et d&rsquo;effectuer le dernier changement. Le temps presse, il lui faut comprendre à quoi ressemble le puzzle, si possible avant d&rsquo;atteindre Heidelberg. Elle ressort de son crâne les souvenirs fermement cousus de fil blanc et de plastique, tente de lire dans la mosaïque, constate qu&rsquo;il manque des éléments. Alors elle plonge une main tout au fond de sa tête et saisit un petit bout de mémoire gélatineux. Elle le presse légèrement entre le pouce et l&rsquo;index, ça fait de la musique, un début de mélodie, clochettes électroniques, cordes synthétiques, une envolée.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 188 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Où vont les souvenirs quand ils sont engloutis ? Combien perd-on de souvenirs tout au long de sa vie ? Que reste-il des corps quand on ne s&rsquo;en souvient plus ? Des souvenirs d&rsquo;elleetlui, des souvenirs récents, c&rsquo;était le plus précieux, le cube rose comme de la chair, l&rsquo;ouverture porte bleue. A quoi sert le puzzle si sa mémoire y meurt ? Clotilde a chaud maintenant, très chaud, elle est en sueur. Elle n&rsquo;a pas très envie de se rappeler la suite. Elle n&rsquo;a pas très envie mais il le faut. Ce qu&rsquo;elle arrache de la tête ressemble à une escalope, un morceau de dinde morte, de dinde élevée au grain, très fin, un peu gluant, aux reflets jaunis de gras. Il est si malléable que le coudre au puzzle s&rsquo;opère en un tournemain, Clotilde, de ses petits ciseaux, coupe le fil, le noeud fait. Elle a aussi de plus en plus envie de pleurer.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p><em><strong> Pauvre folle, Chloé Delaume, Seuil, 19,50€</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Après la tragédie, le retour de l&#8217;ostracisée&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2023/04/16/apres-la-tragedie-le-retour-de-lostracisee/</link>
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		<pubDate>Sun, 16 Apr 2023 12:41:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; &#160; Véronique Ovaldé est de retour et autant dire que cela illumine cette rentrée littéraire ! Cette jeune quinquagénaire a publié son premier roman en 2000, intitulé Le sommeil des poissons. Au fur et à mesure de la parution de ses romans, l&#8217;écrivaine se fera remarquer dans l&#8217;univers littéraire. En 2009, elle recevra trois prix :  le prix Renaudot [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/9782080285935.jpg" rel="lightbox[6267]"><img class="alignleft size-full wp-image-6269 colorbox-6267" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/9782080285935.jpg" alt="9782080285935" width="293" height="456" /></a></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Véronique Ovaldé</strong> est de retour et autant dire que cela illumine cette rentrée littéraire ! Cette jeune quinquagénaire a publié son premier roman en 2000, intitulé <em><strong>Le sommeil des poissons</strong></em>.</p>
<p>Au fur et à mesure de la parution de ses romans, l&rsquo;écrivaine se fera remarquer dans l&rsquo;univers littéraire. En 2009, elle recevra trois prix :  le prix Renaudot des lycéens, le prix France Télévisions et le grand prix des lectrices de <em>Elle</em> pour <strong><em>Ce que je sais de Vera Candida,</em></strong> son septième roman.</p>
<p><strong>Véronique Ovaldé</strong>, également éditrice, écrit aussi pour la littérature jeunesse.</p>
<h3 style="text-align: center">Drame un soir de carnaval</h3>
<p>L&rsquo;histoire de ce 29e opus intitulé <strong><em>Fille en colère sur un banc de pierre</em></strong> ? Elle nous mène sur l&rsquo;île d&rsquo;Iazza, au large de Palerme. C&rsquo;est là que vivent les <strong>Salvatore</strong> : un père tyrannique et ombrageux,<strong> Salvatore</strong> ; une mère effacée, <strong>Sylvia</strong> et leurs quatre filles qui, toutes, portent le prénom d&rsquo;une héroïne d&rsquo;opéra, la passion de leur père. Il y a donc <strong>Violetta</strong> la reine, <strong>Gilda</strong> la pragmatique, <strong>Aïda</strong> la préférée et <strong>Mimi</strong> le colibri.</p>
<p>Les deux plus petites, <strong>Aïda</strong> et <strong>Mimi</strong>, sont inséparables. Tandis que le père aime à créer des différences entre ses filles. Un soir de carnaval, <strong>Mimi</strong>, qui n&rsquo;a encore que 6 ans, disparaît. Elle ne sera jamais retrouvée. <strong>Aïda</strong> l&rsquo;accompagnait. Leur père va la considérer comme responsable. Au point qu&rsquo;<strong>Aïda</strong> finira par quitter l&rsquo;île pour vivre à Palerme. Elle n&rsquo;est encore qu&rsquo;une adolescente.  Elle a été ostracisée. Et s&rsquo;est construit une vie. Entre petits boulots, ouvrages de vulgarisation scientifique et rencontres fugaces.</p>
<p>Quinze ans se sont écoulés quand l&rsquo;une de ses soeurs l&rsquo;appelle. Leur père vient de mourir. <strong>Aïda</strong> décide de rejoindre la maison familiale et ses souvenirs. Elle en profitera pour se décharger de la culpabilité qui pesait sur elle depuis si longtemps. A tort. Grâce à Pippo, leur camarade un peu étrange. Aïda, c&rsquo;est elle la jeune fille en colère sur un banc de pierre&#8230;</p>
<p><span id="more-6267"></span></p>
<p>Au final, une tragédie familiale dans laquelle l&rsquo;auteure explore les passions humaines dans un écosystème qui a sa préférence, celui d&rsquo;une île. Un huis clos sous le soleil méditerranéen. Entre jalousie, culpabilité, vengeance, ruse, renoncement, envie&#8230;</p>
<p><strong>Véronique Ovaldé </strong>ausculte au plus près les relations intrafamiliales au fil du temps. Et s&rsquo;autorise, au fil des pages, un pas de côté. Une mise à distance moqueuse pour aussi se dire que tout cela nous parle.</p>
<p>Un régal de lecture. Vraiment.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong> Page 89 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Aïda reste seule, elle est au milieu du désert, celui où soufflent des rafales malodorantes et où ricochent les ossements de ceux qu&rsquo;on a enterrés à la va-vite. Tout ce qui se passe ici lui paraît étrange et familier. Mais plus facile à supporter qu&rsquo;elle ne l&rsquo;imaginait. Elle se souvient qu&rsquo;en frappant, il y a quinze ans, chez la logeuse du 22 via Brunaccini à Palerme, elle avait eu l&rsquo;impression de demander l&rsquo;asile politique. C&rsquo;est quelque chose à ne surtout pas perdre de vue. Elle a tout à coup peur d&rsquo;être prise dans une sorte de sommeil amnésique. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 162-163 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Violetta, à l&rsquo;époque, appelait Leonardo dès qu&rsquo;elle le pouvait (malgré l&rsquo;absence de téléphone dans la maison-du-bas &#8211; Aïda voyait d&rsquo;ici sa soeur aînée, coincée dans la cabine téléphonique devant la mairie : plastique chaud, impatience et sueur aigre), et elle s&rsquo;inquiétait de sentir son amoureux distant, elle disait qu&rsquo;elle allait venir le chercher à Palerme, Retourne auprès de Violetta, disait Aïda après avoir couché avec Leonardo, moi je ne refoutrai plus jamais les pieds dans cette putain de famille, mais toit, tu n&rsquo;as rien à faire ici, nous n&rsquo;aspirons pas aux mêmes choses Leonardo, et il ne pouvait s&rsquo;empêcher de la trouver légèrement condescendante alors qu&rsquo;au fond c&rsquo;était juste qu&rsquo;elle se sentait prise entre l&rsquo;arbre et l&rsquo;écorce. Et c&rsquo;est de nouveau le cas quinze ans après, de retour sur l&rsquo;île.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 236 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Plus que tout peut-être, ce fut la déception de ne plus jamais sentir sa main dans celle du Père qui la désempara. C&rsquo;est un détail, certes, en comparaison de la dureté dont il fit preuve à son égard. Mais Aïda aurait tout donné, vingt ans de sa vie par exemple, ses yeux ou la vie de ses deux autres soeurs, pour revenir quelques jours plus tôt, rembobiner et reprendre les choses où elles auraient pu être reprises sans danger. Mais elle pouvait bien promettre tout ce qu&rsquo;elle voulait, il ne fut remarqué aucun saut temporel à Iazza. Le monde continua son cours indifférent.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>Fille en colère sur un banc en pierre, Véronique Ovaldé, Flammarion, 21€</strong></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Face au sida, la solitude honteuse d&#8217;une famille&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2023/01/07/face-au-sida-la-solitude-honteuse-dune-famille/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 Jan 2023 11:48:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA[arrière-pays niçois]]></category>
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		<description><![CDATA[ Mêler deux histoires. La première est familiale. Et honteuse dans cette famille de commerçants de l&#8217;arrière-pays niçois. La seconde se passe entre la France et les Etats-Unis, dans des laboratoires. Dans son premier roman, Anthony Passeron a choisi de raconter l&#8217;histoire de son oncle, Désiré. Mort du sida. Comme sa femme Brigitte et sa fille, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p class="article__chapeau"> <a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51.jpg" rel="lightbox[6195]"><img class="alignleft wp-image-6209 size-medium colorbox-6195" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51-199x300.jpg" alt="Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51" width="199" height="300" /></a>Mêler deux histoires. La première est familiale. Et honteuse dans cette famille de commerçants de l&rsquo;arrière-pays niçois. La seconde se passe entre la France et les Etats-Unis, dans des laboratoires. Dans son premier roman, <strong>Anthony Passeron</strong> a choisi de raconter l&rsquo;histoire de son oncle, <strong>Désiré</strong>. Mort du sida. Comme sa femme Brigitte et sa fille, Emilie.</p>
<p class="article__chapeau">Lui, le fils préféré, qui n&rsquo;a jamais émis le souhait de reprendre la boucherie familiale, a découvert l&rsquo;héroïne, est devenu accro. Toxicomane, il est tombé malade à cause de l&rsquo;échange de seringues. Il fait alors partie de ces &laquo;&nbsp;<strong><em>enfants endormis</em></strong>&nbsp;&raquo; que l&rsquo;on retrouvait dans les rues de Nice avec la seringue toujours piquée dans le bras&#8230;</p>
<p class="article__chapeau">Dans sa famille, c&rsquo;est impossible à surmonter, à assumer. Entre le déni de la mère de <strong>Désiré</strong> et le silence, pesant, de son père. Tandis que son frère (le père de l&rsquo;auteur) essaye d&rsquo;être présent&#8230; Sans tout comprendre. Parce que trop d&rsquo;informations manquent encore, parce qu&rsquo;on parle du &laquo;&nbsp;cancer gay&nbsp;&raquo;, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une maladie mortelle engluée dans la honte encore&#8230;</p>
<p class="article__chapeau">Alors, après chaque chapitre consacré à la vie de cette famille au début des années 80, un autre s&rsquo;ouvre en alternance, expliquant très précisément ce qui se passe chez les chercheurs. Ceux qui essaient de comprendre, de trouver l&rsquo;origine de ce VIH sida et la course contre la montre dans laquelle ils se sont lancés des deux côtés de l&rsquo;Atlantique.</p>
<p class="article__chapeau"><span id="more-6195"></span></p>
<p class="article__chapeau">Dans les deux histoires, un même sentiment de solitude. Désiré est malade et finira ses jours à l&rsquo;hôpital à une époque où cette maladie encore peu connue fait si peur&#8230; C&rsquo;est un paria. Et pas question que tout cela n&rsquo;affecte l&rsquo;aura de la famille au village.</p>
<p class="article__chapeau">Un roman de filiation, sensible et puissant qui nous rappelle que cette réalité n&rsquo;est pas si lointaine dans le temps. C&rsquo;était il y a 40 ans seulement.</p>
<p class="article__chapeau"><strong>Anthony Passeron</strong> est professeur de français et d’histoire-géographie. Il a 39 ans.</p>
<p class="article__chapeau"><strong>Il raconte ici l&rsquo;histoire de son livre :</strong></p>
<section class="edito edito--link">
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><a href="https://youtu.be/XY8dVoLlR3g">https://youtu.be/XY8dVoLlR3g</a></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<blockquote><section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Extraits</strong></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 49 : </strong><em>&laquo;&nbsp;Au cours de l&rsquo;année 1982, le nombre de malades diagnostiqués en France progresse. Willy Rozenbaum a trouvé un poste à l&rsquo;hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où il peut de nouveau recevoir ses patients. Aucun d&rsquo;entre eux ne voit son état s&rsquo;améliorer. Les décès s&rsquo;accumulent. </em></section>
</blockquote>
</section>
<blockquote><section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em>L&rsquo;infectiologue est habitué à côtoyer la mort, mais dans le cas de cette maladie, le condamnation des patients est double : une mort physique et aussi sociale. Les articles de presse, les reportages de télévision sur la maladie ont propagé la peur dans la population. Les proches sont rares au chevet des malades, qui sont réduits à leur homosexualité, leur toxicomanie, la plupart d&rsquo;entre eux n&rsquo;ayant plus que de rares médecins comme interlocuteurs.&nbsp;&raquo;</em></section>
</blockquote>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<blockquote>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 136 :</strong><em>&laquo;&nbsp;La souffrance avait pris le pas sur le plaisir depuis un bon moment déjà. Après plusieurs semaines de défonce, peu après leur rencontre, le couple s&rsquo;était calmé quelques jours. Et puis ils s&rsquo;étaient réveillés un matin, fatigués, fiévreux et courbaturés. Ils n&rsquo;étaient pas malades à proprement parler. L&rsquo;héroïne les appelait. C&rsquo;était la première fois qu&rsquo;ils s&rsquo;étaient sentis à sa merci. Cette sensation ne les avait plus jamais lâchés. ils avaient entamé une chute sans fin. Incapables aujourd&rsquo;hui d&rsquo;aller travailler, ils se retrouvaient privés de salaires. Il n&rsquo;était plus question de plaisir, de transe, ni de cette sorte d&rsquo;expérience transcendantale que Désiré avait découverte, un soir de fête, à Amsterdam [&#8230;] &laquo;&nbsp;</em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 265 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Un dimanche, quelques mois après l&rsquo;enterrement de notre cousine, alors que mon père bricolait des étagères dans le garage, mon frère et moi l&rsquo;avons soudain entendu hurler des injures et briser une à une, à coups de pied et de poing, les planches de bois. Il n&rsquo;a jamais soldé sa colère. Un jour, il a tout quitté, sa famille, la boucherie et le village. </em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em>Ma mère, encore aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est pas plus bavarde. Après le départ de mon père, elle a refait sa vie. Il ne reste chez elle, de cette époque, qu&rsquo;un cadre posé à côté du téléphone que personne n&rsquo;a le droit de toucher. Un cadre ornant la photographie d&rsquo;une petite fille [&#8230;].&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em><strong>Les enfants endormis, Anthony Passeron, Globe. </strong></em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container">
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		</item>
		<item>
		<title>Vingt fois sur le métier&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/12/04/vingt-fois-sur-le-metier/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/12/04/vingt-fois-sur-le-metier/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 04 Dec 2022 08:04:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA["Fast-food"]]></category>
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		<category><![CDATA[souffrance]]></category>
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		<category><![CDATA[stress]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
		<category><![CDATA[vie de famille]]></category>
		<category><![CDATA[vie en usine]]></category>

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		<description><![CDATA[Un premier roman. Encore ? Pourquoi s&#8217;en priver ? Surtout que celui que je vais vous présenter est une p&#8217;tite pépite. Son auteure est âgée de 24 ans seulement. Claire Baglin signe avec En salle un court roman singulier qui nous parle du monde du travail. Une thématique peu exploitée par les auteurs. Si le secteur tertiaire est privilégié, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/EN-SALLE.jpg" rel="lightbox[6140]"><img class="alignleft size-full wp-image-6142 colorbox-6140" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/EN-SALLE.jpg" alt="EN SALLE" width="178" height="244" /></a></p>
<p>Un premier roman. Encore ? Pourquoi s&rsquo;en priver ? Surtout que celui que je vais vous présenter est une p&rsquo;tite pépite. Son auteure est âgée de 24 ans seulement. <strong>Claire Baglin</strong> signe avec <em><strong>En salle</strong></em> un court roman singulier qui nous parle du monde du travail.</p>
<p>Une thématique peu exploitée par les auteurs. Si le secteur tertiaire est privilégié, le travail en usine ou dans un fast-food, qui y ressemble par bien des points, n&rsquo;est pas souvent racontée. <strong>Thomas Flahaut</strong>, un auteur que je suis, le fait particulièrement bien. C&rsquo;était le cas <strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2017/09/22/comme-une-errance-radioactive/">ici</a></strong> et encore <strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2021/01/03/dans-le-cambouis-de-la-litterature-dusine/">là</a></strong>. Joseph Ponthus avait également abordé talentueusement le sujet avec <strong>A la ligne.</strong></p>
<p>La narratrice, étudiante, décroche un job d&rsquo;été dans un fast-food. Elle raconte la cadence à tenir, les managers aux aguets, les procédures à suivre à la seconde&#8230; En parallèle, un autre récit s&rsquo;offre au lecteur. Celui du quotidien de cette même narratrice dans sa famille, entre son père <strong>Jérôme</strong>, sa mère <strong>Sylvie</strong> et son petit frère <strong>Nico</strong>. Une famille modeste qui garde un oeil sur les dépenses. Toujours. Une famille pour qui un déjeuner au fast-food reste une exception alors que l&rsquo;aînée de la famille évolue désormais dans l&rsquo;envers du décor.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-6140"></span></p>
<p>Les deux récits se répondent. Dans le premier une jeune femme de 20 ans qui découvre l&rsquo;aliénation du labeur ouvrier et la souffrance d&rsquo;un corps, sous le regard inquisiteur des &laquo;&nbsp;mana&nbsp;&raquo;. Pour éviter la salle et la cuisson des frites, pour essayer d&rsquo;être en poste au Drive, les équipiers tentent de trouver la bonne stratégie&#8230;</p>
<p>De l&rsquo;autre, un père qui, chaque jour, raconte sa journée à l&rsquo;usine, pénible. A cause de la chaleur, des odeurs. Fier cependant d&rsquo;y retourner quand sa fille, elle, s&rsquo;en ira poursuivre ses études, une fois la fin de l&rsquo;été arrivée. Un même rythme qui raconte le quotidien des ouvriers et des employés qui répètent des tâches. Sans cesse. Dans un climat de stress.</p>
<p>Une écriture précise. Pointue. Qui claque. En cadence.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"> <strong>Page 59 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Après trois semaines au drive, je suis désormais en salle, le royaume dont personne ne veut, constitué du lobby intérieur où mangent les clients, de la terrasse, des toilettes et du local poubelle. Je suis en salle parce que je viens d’arriver et que les nouveaux servent à être là où personne ne veut travailler. Je comprends que je vais rester à ce poste. Lorsque je sers un des plateaux posés sur le comptoir, je sais que les équipières de l’autre côté se sont battues pour être derrière le rectangle en béton du comptoir, planquées.</em><br />
<em>J’apprends que la formatrice s’appelle Chouchou et qu’elle est manageuse en salle. Chouchou précise qu’ici tout le monde l’adore et quand elle nous laisse à midi et passe la porte automatique, elle se retourne et s’écrie salut les filles, trop heureuse de partir en pause.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<section class="container page-content">
<blockquote>
<div class="eleven columns" style="text-align: left"><strong> Pages 108-109 : </strong><em>&laquo;&nbsp;Les signaux sonores, lents, deux en même temps, rapides, au début j’hésite, c’est les friteuses qui sonnent ou les poissons panés plus loin dans la cuisine ? À la fin je sais, le bruit vient de ma poitrine comme quand les basses la font vibrer, comme quand je posais ma main d’enfant sur mon coeur avec l’impression qu’il allait exploser au son des Démons de minuit. De nouvelles alarmes, les commandes internet sur le tableau de bord derrière moi, mes mains sont trop grasses, le bruit me fatigue, je secoue la panière, lâche, reprends, ça sonne, volte-face, la pelle avec le sachet au bout, la panière suspendue au-dessus des cuves, égoutter, secouer doucement, l’huile crépite et vient pincer mes avant-bras, allez c’est bon là, il faut pas y passer des heures non plus, je la vide, je la jette  avec les autres. Les clients qui renvoient leurs frites trop froides, envie de plonger leurs mains dans l’huile bouillante, les miennes rouges, le sel griffe.&nbsp;&raquo;</em></div>
<div class="eleven columns" style="text-align: left"></div>
<div class="eleven columns" style="text-align: left"><strong>Pages 124-125 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Une heure avant de partir pour la cérémonie, Jérôme veut se laver les mains. Il demande à Sylvie où est la brosse à ongles, puis il s’applique. Les poils durs frottent les contours des doigts, là où des arcs de cercle noirs se sont formés. Mon père frotte mais ces traces sont imprimées de façon indélébile sur sa peau. Il s’acharne mais seules les peaux mortes se détachent, la crasse, elle, reste et Jérôme répète, mais c’est pas possible, c’est pas possible. Il perd patience, on doit partir. Il ouvre le robinet avec trop de force</em><br />
<em>pour rincer la brosse et sa chemise violette est trempée par endroits, il s’essuie avec un peignoir. Il doit encore cirer ses chaussures et les marques ne partent pas. Jérôme fatigue, tout ce qu’il a dévissé, graissé, tout ce qu’il a réparé la veille et maintenant les stigmates, impossibles à estomper. Il sort de la salle de bains pour trouver Sylvie et lui dit, je peux quand même pas y aller comme ça et Sylvie, penchée au-dessus du lavabo, frotte les mains de Jérôme comme un vêtement taché. Jérôme répète, je vais jamais avoir le temps de cirer mes chaussures et je vais me salir, je suis dégueulasse, je peux pas y aller, il faut que je change de chemise, non je peux pas y aller comme ça, c’est foutu, c’est foutu. Sylvie s’acharne sur ses mains, mais Jérôme regarde déjà ailleurs comme s’il s’abandonnait, là, au creux du lavabo.&nbsp;&raquo;</em></div>
</blockquote>
<div class="one column"><em><strong> En salle, Claire Baglin, Editions de Minuit. </strong></em></div>
</section>
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		</item>
		<item>
		<title>Entre deux langues, trouver sa voix</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/09/22/entre-deux-langues-trouver-sa-voix/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2022 08:02:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire été 2022 Une histoire. Insolite et sensible. Une histoire de prénom et d&#8217;identité. Une histoire d&#8217;histoires. Celle  de Polina Panassenko que l&#8217;on devine en filigrane. Née à Moscou, la jeune femme est auteure, traductrice et comédienne. Il y a 7 ans, elle avait publié une enquête. Elle signe avec Tenir sa langue son premier roman. Que nous [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left"><strong><span style="color: #0000ff">Rentrée littéraire été 2022</span></strong></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/TENIR-SA-LANGUE.jpg" rel="lightbox[6079]"><img class="alignleft wp-image-6078 size-medium colorbox-6079" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/TENIR-SA-LANGUE-215x300.jpg" alt="TENIR SA LANGUE" width="215" height="300" /></a>Une histoire. Insolite et sensible. Une histoire de prénom et d&rsquo;identité. Une histoire d&rsquo;histoires. Celle  de <strong>Polina Panassenko</strong> que l&rsquo;on devine en filigrane.</p>
<p>Née à Moscou, la jeune femme est auteure, traductrice et comédienne. Il y a 7 ans, elle avait publié une enquête. Elle signe avec <strong><em>Tenir sa langue</em></strong> son premier roman.</p>
<p>Que nous dit la quatrième de couverture ?</p>
<p>&nbsp;&raquo; Ce que je veux moi, c&rsquo;est porter le prénom que j&rsquo;ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur. &nbsp;&raquo;</p>
<p>Un peu plus d&rsquo;un an après la disparition de l&rsquo;URSS, <strong>Polina</strong>, sa soeur et ses parents ont rejoint la France. Et Saint-Etienne. Elle devient <strong>Pauline</strong>. Pour mieux s&rsquo;intégrer. Deux prénoms pour deux vies qui se chevauchent, qui se répondent. Jusqu&rsquo;au jour où la jeune femme décide de récupérer son prénom de naissance, au tribunal alors qu&rsquo;elle doit renouveler son passeport. Pas si simple. Elle doit justifier du bien-fondé de sa démarche. Adolescente, elle avait mis au point un &laquo;&nbsp;Code personnel d&rsquo;honneur patriotique&nbsp;&raquo;, pour ne rien perdre de ses racines russes puisque sa mère y tenait tant. En classe de 4e, <strong>Polina</strong> est naturalisée de fait, puisque son père l&rsquo;est au préalable.</p>
<p>Ce premier roman est construit autour d&rsquo;une vie entre deux langues et deux pays. D&rsquo;un côté, la Russie de l&rsquo;enfance, celle de la datcha, de l&rsquo;appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de<strong> Tiotia Nina</strong>. De l&rsquo;autre, la France, celle de la <i>materneltchik</i>, des mots qu&rsquo;il faut conquérir et des Minikeums. La maladie de sa mère aussi, les questions restées sans réponse.</p>
<p>Un premier roman drôle et tendre à la fois.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 69 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Dans la salle éblouissante, les choses empirent de jour en jour. A l&rsquo;instant où la sirène retentit, je ferme la bouche jusqu&rsquo;à ce que ma mère arrive. Deux de mes voisins de table ont fini par comprendre qu&rsquo;ils avaient carte blanche. Quoi qu&rsquo;ils fassent, quoi qu&rsquo;ils me fassent, je ne pourrai jamais faire usage de sons à leur encontre. L&rsquo;immense femme-adulte ne me sera d&rsquo;aucun secours. Impunité totale. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>L&rsquo;immense femme-adulte informe ma mère de mon mutisme. On me parle encore et encore de la langue qu&rsquo;il me manque. La langue du français. C&rsquo;est pour elle que je dois y aller. Je dois retourner à la </em>materneltchik<em> pour qu&rsquo;elle me pousse. Tu la chanteras comme un oiseau, tu verras. Tchik-tchirik, fait le moineau.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong> Pages 107-108 :</strong><em> &laquo;&nbsp;[&#8230;] Ma mère aussi veille sur mon russe comme sur le dernier oeuf du coucou migrateur. Ma langue est son nid. Ma bouche, la cavité qui l&rsquo;abrite. Plusieurs fois par semaine, ma mère m&rsquo;amène de nouveaux mots, vérifié l&rsquo;état de ceux qui sont déjà là, s&rsquo;assure qu&rsquo;on n&rsquo;en perd pas en route. Elle surveille l&rsquo;équilibre de la population globale. Le flux migratoire : les entrées et sorties des mots russes et français. Gardienne d&rsquo;un vaste territoire dont le frontières sont en pourparlers Russe. Français. Russe. Français Sentinelle de la langue, elle veille au poste-frontière. Pas de mélange. Elle traque les fugitifs français hébergés dans mon russe.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 122 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Je suis la seule de ma famille à avoir perdu l&rsquo;accent russe. La paroi entre le français et le russe est devenue étanche. Plus rien ne filtre au travers. On m&rsquo;a dit C&rsquo;est dingue ça, on n&rsquo;entend rien du tout, non mais c&rsquo;est vrai, c&rsquo;est vrai, pas un pète de quelque chose. L&rsquo;accent c&rsquo;est quelque chose. Rien du tout c&rsquo;est ce qu&rsquo;il m&rsquo;en reste. Ce sont les oreilles des autres qui actent la rupture, s&rsquo;étonnent qu&rsquo;il ne soit plus là. </em>Tu as un français impeccable.<em> Impeccable. Une cuisine bien lavée. Pas de pelures coincées dans le trou de l&rsquo;évier. Pas de taches sur la nappe. Même pas une miette accrochée à l&rsquo;éponge. Mais si mon français est impeccable, le français de ma mère, il est quoi ? Et celui de mon père ? </em></p>
<p style="text-align: left"><em>L&rsquo;accent c&rsquo;est ma langue maternelle.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><strong><em>Tenir sa langue, Polina Panassenko, Editions de l&rsquo;Olivier, 18€</em></strong></p>
<p style="text-align: left">
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		</item>
		<item>
		<title>La possibilité (ou pas) du pardon</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/09/17/la-possibilite-ou-pas-du-pardon/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/09/17/la-possibilite-ou-pas-du-pardon/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 17 Sep 2022 09:57:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Action Directe]]></category>
		<category><![CDATA[armes]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; Rentrée littéraire été 2022 Plonger dans l&#8217;épopée sanglante des militants gauchistes à travers une émission de radio, et imaginer un roman à partir de cela qui résonne avec une histoire personnelle enfouie qui a enfin refait surface&#8230; Tel est, très résumée, l&#8217;histoire du nouveau roman de Monica Sabolo dont j&#8217;avais beaucoup, beaucoup aimé Eden, publié en 2019. [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-6089 colorbox-6087" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/VIE-CLANDESTINE.jpg" alt="VIE CLANDESTINE" width="195" height="285" /><strong><span style="color: #0000ff">Rentrée littéraire été 2022</span></strong></p>
<p>Plonger dans l&rsquo;épopée sanglante des militants gauchistes à travers une émission de radio, et imaginer un roman à partir de cela qui résonne avec une histoire personnelle enfouie qui a enfin refait surface&#8230; Tel est, très résumée, l&rsquo;histoire du nouveau roman de <strong>Monica Sabolo</strong> dont j&rsquo;avais beaucoup, beaucoup aimé <a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2019/11/28/au-coeur-de-la-foret-le-passage-vers-un-ailleurs/"><strong><em>Eden</em></strong></a>, publié en 2019.</p>
<p>Tout commence assez mal dans ce roman à la matière autobiographique. L&rsquo;écrivaine (journaliste jusqu&rsquo;en 2014), dans son appartement qui n&rsquo;en finit pas de prendre l&rsquo;eau, n&rsquo;a pas vraiment le moral ni d&rsquo;histoire à raconter. Et puis elle écoute un podcast de <strong>Philippe Drouelle</strong>, l&rsquo;homme des <em>Affaires sensibles</em> sur France Inter. La vie des membres d&rsquo;Action directe l&rsquo;accompagne. La traverse, la transperce. Et trouve un étonnant écho en elle.</p>
<p>Autour de la fin tragique de <strong>Georges Besse</strong>, un soir d&rsquo;automne 1986 à Paris, <strong>Monica Sabolo</strong> qui signe ici son septième roman, trouve matière à écrire. Et tisse, en parallèle,  une autre histoire : celle de son enfance et de son adolescence cossue puis désargentée entre Italie et Suisse, au coté d&rsquo;un homme qu&rsquo;elle croyait être son père. A l&rsquo;aube de la trentaine elle apprendra que celui dont elle ne savait finalement pas grand-chose n&rsquo;en était rien. Un homme qui a abusé d&rsquo;elle.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-6087"></span></p>
<p>De ces vies en cachette qu&rsquo;elle croise, de cette violence et du secret, elle construit un roman dense et passionnant. Haletant. Sensible et politique à la fois.</p>
<p>On l&rsquo;accompagne volontiers dans son enquête romanesque autour des vies de <strong>Nathalie Ménigon</strong>, <strong>Joëlle Aubron</strong> et leurs camarades de lutte armée. Une manière pour elle d&rsquo;avancer et de pardonner. Un très bon roman, définitivement.</p>
<div id="attachment_6092" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/AFFICHE.jpg" rel="lightbox[6087]"><img class="wp-image-6092 size-medium colorbox-6087" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/AFFICHE-300x231.jpg" alt="@La République du Centre" width="300" height="231" /></a><p class="wp-caption-text">Jean-Marc Rouillan, Georges Cipriani, Joëlle Aubron et Nathalie Ménigon</p></div>
<p style="text-align: center"><strong> Extraits </strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 163-164 :</strong><em>&laquo;&nbsp;[&#8230;] Je déterre et m&rsquo;approprie ce qui, de même que les céramiques sacrées précolombiennes, les bijoux dont sont parés les squelettes, se devait d&rsquo;être enseveli pour toujours et n&rsquo;appartenir à personne, sinon à la terre et à l&rsquo;obscurité. Je redoute la blessure que leur causera ce livre. Je suis une profanatrice. Une fois encore, je mène une double vie. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Qui rembourse les dettes que la vie a contractées envers nous ? Qui se charge de nous rendre ce qu&rsquo;elle nous doit, ce que l&rsquo;on a payé, et paye encore ? Avec le temps se dessine la perspective que personne ne s&rsquo;en acquitte jamais. Nul ne parle de cette chose-là. Ni ma mère ni mon frère ne l&rsquo;ont jamais évoquée Chacun essaye de l&rsquo;apprivoiser dans son coin. Mais désormais j&rsquo;ai l&rsquo;impression de me rembourser sur leur dos. Alors qu&rsquo;ils me croient plongée dans le récit d&rsquo;un groupe terroriste des années 80, je confectionne un engin sophistiqué, composé de papier, de nitroglycérine et d&rsquo;une mèche à combustion lente, qui finira par tout faire sauter.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 263 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Après des mois d&rsquo;enquête, j&rsquo;ai toujours très peu d&rsquo;éléments sur Nathalie Ménigon, et pourtant j&rsquo;en sais plus sur elle que sur mon propre père. J&rsquo;ai vécu auprès d&rsquo;Yves S. depuis l&rsquo;âge de trois ans, et l&rsquo;ai connu jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;il sorte de mon existence, ou plutôt que je m&rsquo;échappe de la sienne en claquant la portière d&rsquo;une voiture trente ans plus tard, mais de lui j&rsquo;ignore presque tout. J&rsquo;ai en tête qu&rsquo;il est né à Paris, parce que c&rsquo;est inscrit sur mon acte de naissance, celui où il est indiqué qu&rsquo;il m&rsquo;a reconnue le jour où il a épousé ma mère. Je n&rsquo;ai aucune idée de l&rsquo;endroit où il a grandi.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 271-272 :</strong><em>&laquo;&nbsp;[&#8230;] Je sais désormais que ce qui s&rsquo;annonce n&rsquo;est pas ce que je croyais. Je l&rsquo;ai compris ce matin, en faisant les mêmes gestes que la veille, attrapant mon sac de voyage, dans lequel j&rsquo;ai glissé mon carnet noir, un pull-over, et, ce qui me paraît soudain tout à fait incongru, un panettone pour Nathalie Ménigon. J&rsquo;ai pris un panettone sans y penser, je réalise maintenant que c&rsquo;est la spécialité de Milan, la ville où tout a commencé pour moi, il y a plus de quarante ans. J&rsquo;ai compris ce matin que je n&rsquo;allais pas rencontrer l&rsquo;héroïne de mon roman, enfin pas seulement. Je ne vais pas non plus rencontrer une militante, ni une combattante, ni même l&rsquo;ex-ennemie publique numéro 1, condamnée deux fois à la réclusion à perpétuité, notamment pour les assassinats de l&rsquo;ingénieur général de l&rsquo;armement, René Audran, en 1985, et du P-DG de Renault, en 1986. Non, je vais rencontrer Yves S. Et je vais lui poser les questions que je ne lui ai jamais posées.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>La vie clandestine, Monica Sabolo, Gallimard, 21€</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Voyage au bout de l&#8217;enfer à hauteur d&#8217;enfant</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Jan 2022 16:16:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire hiver 2022 &#160; Une histoire à hauteur d&#8217;enfant. Tragique. Poignante. Terrible. C&#8217;est ce que propose Rachid Benzine dans son nouveau roman. Court (80 pages seulement) mais percutant. Et pour cause. Cette histoire, c&#8217;est celle de Fabien. Un écolier féru de poésie. Un gamin qui grandit entre ses parents et l&#8217;école Jacques-Prévert à Sarcelles. Un enfant [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ff6600">Rentrée littéraire hiver 2022</span></strong></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/RACHID.jpg" rel="lightbox[5875]"><img class="alignleft size-full wp-image-5878 colorbox-5875" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/RACHID.jpg" alt="RACHID" width="195" height="278" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Une histoire à hauteur d&rsquo;enfant. Tragique. Poignante. Terrible. C&rsquo;est ce que propose Rachid Benzine dans son nouveau roman. Court (80 pages seulement) mais percutant. Et pour cause.</p>
<p>Cette histoire, c&rsquo;est celle de<strong> Fabien</strong>. Un écolier féru de poésie. Un gamin qui grandit entre ses parents et l&rsquo;école Jacques-Prévert à Sarcelles. Un enfant qui va être arraché à tout cela après que ses parents décident de rejoindre la Syrie et l&rsquo;Etat islamique. Un enfant qui raconte l&rsquo;enfer qu&rsquo;il découvre, les désillusions de ses parents, la mort de son père, l&rsquo;acharnement de sa mère et la folie qui la guette &#8230;</p>
<p>Trois mois que <strong>Fabien</strong> rebaptisé <strong>Farid</strong> est enfermé dans un camp tenu par les Kurdes, avec sa mère et son frère, né de l&rsquo;union de sa mère avec un autre combattant de l&rsquo;EI, tué comme les précédents au combat. Alors <strong>Fabien/Farid</strong> raconte ces quatre dernières années. Avec une lucidité terrible. Comme pour nous plonger au plus près de l&rsquo;horreur.</p>
<p><strong>Rachid Benzine</strong>, que j&rsquo;ai découvert via <strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/06/07/a-cette-femme-quil-aimera-toujours/">son premier roman en 2020</a></strong> est enseignant et chercheur associé au Fonds Ricoeur. Islamologue, politologue, romancier et dramaturge, Rachid Benzine est une des figures de proue de l&rsquo;islam libéral francophone. Après<strong> <em>Ainsi parlait ma mère</em></strong>, il a écrit <em><strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/09/15/le-printemps-arabe-a-travers-la-chair/">Dans les yeux du ciel</a></strong>, </em>où, cette fois, il nous entraine dans les Printemps arabes à travers la vie et le regard aiguisé de <strong>Nour</strong>, une prostituée.</p>
<p>Le quadragénaire poursuit avec <em><strong>Voyage au bout de l&rsquo;enfance.</strong></em> Cette fois, ce n&rsquo;est pas une prostituée qui raconte, mais un enfant. Une autre voix que l&rsquo;on n&rsquo;écoute pas forcément. un exercice de compréhension d&rsquo;un islam dévoyé, violent. Aux antipodes des fondamentaux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-5875"></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fabien</strong> s&rsquo;accroche à sa vie d&rsquo;avant, raconte les contraintes de celle qu&rsquo;il subit désormais dans ce camp où violence, maladies, faim et désoeuvrement cohabitent. Se souvient de son instituteur, de ses copains, de son chien, de ses grands-parents (via des appels téléphoniques de loin en loin) alors qu&rsquo;il doit rejoindre chaque jour l&rsquo;école des lionceaux du califat.</p>
<p>Veuve, sa mère pourrait-elle rentrer en France ? Ses enfants peuvent-ils être sauvés ? Autant de questions auxquelles un enfant ne peut pas répondre, isolé, loin de ses rêves d&rsquo;être un jour un footballeur célèbre.</p>
<p>Un roman qui rappelle la situation toujours vécue par des femmes et leurs enfants dans <strong>ces camps  d&rsquo;Al Hol et Roj</strong>   <strong><a href="https://www.europe1.fr/societe/syrie-une-francaise-de-28-ans-meurt-dans-un-camp-4082767">comme l&rsquo;explique cet article</a>. </strong></p>
<p>Ou encore ce <strong><a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/12/en-syrie-la-question-du-rapatriement-divise-les-francaises-djihadistes-du-camp-de-roj_6091239_3210.html">reportage publié dans Le Monde</a></strong>, en août dernier.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_5881" style="width: 1034px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/1c01853_807217432-lgeai-roj-francaises-47.jpg" rel="lightbox[5875]"><img class="wp-image-5881 size-full colorbox-5875" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/1c01853_807217432-lgeai-roj-francaises-47.jpg" alt="1c01853_807217432-lgeai-roj-francaises-47" width="1024" height="512" /></a><p class="wp-caption-text">Dans le camp de Roj-2. Photo Laurence Geai pour Le Monde, août 2021</p></div>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits </strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 12 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;[&#8230;] Et puis on est arrivé en Syrie. Là, ils m&rsquo;ont dit où on était. Ça s&rsquo;appelait Raqqah. Papa et maman, ils étaient très excités. Je les avais jamais vus aussi heureux. Ils m&rsquo;ont dit que c&rsquo;était le paradis ici. Moi je croyais que le paradis c&rsquo;était dans le ciel, quand on est mort. Papa s&rsquo;est habillé avec des vêtements très larges et un turban. Maman a mis un niqab. Tout noir. On voyait que ses yeux. Pour rire, elle me disait que c&rsquo;était pour me surveiller comme depuis la meurtrière d&rsquo;un château. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 55 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Une fois, maman a réussi à avoir mamie au téléphone grâce à une femme gentille de Daesh. Il y en a. Je n&rsquo;ai pas aimé ce qu&rsquo;a dit maman. Elle a reproché à mamie de lui avoir dit de sortir de Baghouz parce que, c&rsquo;était sûr, on allait être rapatriés. Elle a eu vraiment confiance dans la promesse de mamie et elle lui a reproché de l&rsquo;avoir trahie. Elle lui a même dit : &nbsp;&raquo; Tu nous a trahis deux fois. Quand tu as alerté la police parce que tu avais peur que je parte rejoindre Daesh et quand tu m&rsquo;as dit que j&rsquo;allais rentrer en France après Baghouz.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Je sais que mamie pleurait au téléphone en lui disant qu&rsquo;elle avait déjà préparé la chambre pour Selim et moi, qu&rsquo;elle nous avait acheté des jouets et qu&rsquo;elle avait prévu un sac de vêtements pour quand maman irait en prison en France&nbsp;&raquo;. </em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 61 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;[&#8230;] Je comprends pas pourquoi on prend des petits dans la guerre. Et dans ce camp. C&rsquo;est pas fait pour eux la guerre. C&rsquo;est pour les grands. Et même pour les grands. Quand je repense à papa&#8230; Je sais que lui non plus ne l&rsquo;aimait pas cette guerre. C&rsquo;est cruel une guerre. Et j&rsquo;ai toujours pas compris pourquoi on se battait. Maintenant qu&rsquo;on est prisonniers, on est mal traités mais c&rsquo;est pas les ennemis qu&rsquo;on nous avait dit. Ils nous donnent à manger. Ils nous soignent comme ils peuvent. Il y en a qui nous parlent mal. Il y a des gardiens qui me donnent des gifles parfois. Mais à l&rsquo;école des lionceaux, on nous disait qu&rsquo;il fallait tous les tuer et les faire souffrir. C&rsquo;est quand même pas pareil. Peut-être que ceux qui me giflent ils ont eu un enfant tué par Daesh.&nbsp;&raquo; </em></p>
</blockquote>
<p><em><strong>Voyage au bout de l&rsquo;enfance, Rachid Benzine, Seuil, 13€. </strong></em></p>
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		<title>Rendre à sa mère sa voix et sa dignité</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Oct 2021 15:54:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA["Memorial Drive"]]></category>
		<category><![CDATA[Afro-américains]]></category>
		<category><![CDATA[amnésie]]></category>
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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire Un récit intime. Qui aborde à la fois le sujet des violences conjugales et la question raciale. Natasha Trethewey est une écrivaine et poétesse américaine qui s&#8217;était pourtant jurée de ne pas en parler. Jamais. &#171;&#160;Quand j&#8217;ai quitté Atlanta en jurant de ne jamais y revenir, j&#8217;ai emporté ce que j&#8217;avais cultivé durant toutes ces [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ff6600">Rentrée littéraire</span></strong></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/MEMORIAL-DRIVE.jpg" rel="lightbox[5821]"><img class="alignleft size-full wp-image-5805 colorbox-5821" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/MEMORIAL-DRIVE.jpg" alt="MEMORIAL DRIVE" width="409" height="600" /></a></p>
<p>Un récit intime. Qui aborde à la fois le sujet des violences conjugales et la question raciale. <strong>Natasha Trethewey</strong> est une écrivaine et poétesse américaine qui s&rsquo;était pourtant jurée de ne pas en parler. Jamais.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Quand j&rsquo;ai quitté Atlanta en jurant de ne jamais y revenir, j&rsquo;ai emporté ce que j&rsquo;avais cultivé durant toutes ces années : l&rsquo;évitement muet de mon passé, le silence et l&rsquo;amnésie choisie, enfouis comme une racine au plus profond de moi&nbsp;&raquo;,</em> explique la quinquagénaire, lauréate du <strong>prix Pulitzer en 2006 puis Poet Laureate en 2012 et 2013.</strong></p>
<p>Si elle était jusque-là assez méconnue en France, <strong>Natasha Trethewey</strong> est une voix qui compte outre-Atlantique.</p>
<p>Ce récit, puissant, sensible et si ancré dans la réalité, nous emmène aux Etats-Unis, dans le sud de cet immense pays, et plus précisément dans le Mississippi. A une époque où un mariage entre un Blanc et une Noire était encore interdit.</p>
<p><strong>Natasha Trethewey</strong> est issue d&rsquo;un couple mixte. Son père est blanc, et ses parents doivent se rendre jusque dans l&rsquo;Ohio pour pouvoir se marier, avant de revenir vivre dans le sud, où les mariages interraciaux sont encore interdits dans certains Etats. Lors de son accouchement, sa mère est transférée à l&rsquo;étage des gens de couleur à la maternité.</p>
<p>Nous sommes dans les années 60. A cette époque, on tue toujours dans le Mississippi des gens pour la seule raison de la couleur de leur peau. C&rsquo;est l&rsquo;époque du mouvement pour les droits civiques, de la résistance des Afro-Américains face à une violence omniprésente, où les activistes sont abattus, et où le Ku Klux Klan fait brûler des églises.</p>
<p>Après cette première union, s&rsquo;en suivront une rupture, un déménagement puis une seconde union, pour sa mère <strong>Gwendolyn</strong>, avec un vétéran du Vietnam, <strong>Joel</strong>, que la jeune fille surnomme &laquo;&nbsp;<strong>Big Joe</strong>&laquo;&nbsp;. Un homme qui se révèle rapidement être alcoolique et violent.</p>
<p><span id="more-5821"></span></p>
<div id="attachment_5826" style="width: 276px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/téléchargement.OKjpg_.jpg" rel="lightbox[5821]"><img class="wp-image-5826 size-full colorbox-5821" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/téléchargement.OKjpg_.jpg" alt="téléchargement.OKjpg" width="266" height="189" /></a><p class="wp-caption-text">Natasha Trethewey et ses parents, 1966 (@ Natasha Trethewey)</p></div>
<p>Un calvaire, long de dix ans, commence. <strong>Natasha</strong> est, elle, aussi maltraitée.</p>
<p>Alors qu&rsquo;elle croit gagner sa liberté, la violence rattrape toujours cette mère de famille qui met au monde un deuxième enfant.</p>
<p>Alors, à travers ces lignes, sa fille lui rend un hommage vibrant. Reprenant l&rsquo;histoire familiale jusqu&rsquo;au drame du 5 juin 1985, quand <strong>Gwendolyn</strong> meurt, tuée par<strong> Big Joe</strong>. Malgré la protection policière dont la mère de famille faisait l&rsquo;objet.</p>
<p>L&rsquo;autrice a alors 19 ans. Elle entre alors dans un silence lourd, un évitement muet du drame. Pendant plus de trente ans&#8230; jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle croise un jour par hasard dans un restaurant, un procureur-adjoint qui se souvient d&rsquo;elle et va lui remettre des cartons d&rsquo;archives autrement vouées à être détruites. Le début d&rsquo;une quête douloureuse et d&rsquo;une longue rédemption pour l&rsquo;écrivaine. Pendant sept ans, elle va tout étudier, tout éplucher. Même les appels que sa mère enregistrait pour donner du corps à ses plaintes.</p>
<p>Avec <strong><em>Memorial Drive</em></strong>, <strong>Natasha Trethewey</strong>, qui évitait depuis de devoir prendre l&rsquo;autoroute Memorial Drive menant là où elle vivait avec sa mère, affronte enfin cette part d&rsquo;ombre. Et rend à sa mère, <strong>Gwendolyn Ann Turnbough</strong>, sa voix, son histoire et sa dignité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 18-19 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Quand j&rsquo;ai quitté Atlanta en me faisant le serment de ne jamais y revenir, j&rsquo;ai emporté ce que j&rsquo;avais cultivé durant toutes ces années : l&rsquo;évitement muet de mon passé, le silence et l&rsquo;amnésie choisie, enfouis comme une racine au plus profond de moi. En outre, je n&rsquo;aurais jamais imaginé que quoi que ce soit puisse me renvoyer dans cette ville, dans cette géographie dont chaque coin de rue renfermait le souvenir d&rsquo;un passé que j&rsquo;étais déterminée à oublier tout en essayant d&rsquo;honorer, autant que possible, la mémoire de ma mère&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><strong>Page 83 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Quand je commence à dire tout haut que je vais écrire sur ma mère et raconter l&rsquo;histoire de ces années que je me suis efforcée d&rsquo;oublier, je rêve plus souvent d&rsquo;elle en quelques semaines que depuis sa mort. Je la revois d&rsquo;abord dans la maison de mon enfance, la maison de ma grand-mère. Dans ce rêve, je suis redevenue une petite fille, je la regarde effectuer des tâches ménagères : étendre les draps humides, repasser ou se pencher sur sa machine à coudre, quelques épingles entre les lèvres. D&rsquo;autres fois, elle apparaît dans des scènes de ma vie présente, dans des lieux où elle n&rsquo;a jamais été, d&rsquo;abord méconnaissable, comme si elle était une inconnue.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><strong>Page 152 :</strong></p>
<p>&laquo;&nbsp;Salut, Big Joe, <em>lui ai-je dit. Après ça, il n&rsquo;est pas resté longtemps.</em></p>
<p><em>Des années plus tard, je lirais dans les documents du tribunal qu&rsquo;il avait raconté au psychologue de l&rsquo;hôpital des vétérans qu&rsquo;il avait apporté une arme, qu&rsquo;il avait prévu de me tuer ce jour-là, sur la piste qui faisait le tour du terrain de foot, pour punir ma mère. Il avait renoncé, a-t-il dit durant son procès, parce que je lui avais signe et lui avais parlé gentiment. </em></p>
<p><em>Je ne savais pas encore à quel point cette scène me hanterait pendant des années – avant même de lire les mots de Joel –, mon geste représentant pour moi une espèce de trahison envers ma mère. Avais-je su à l&rsquo;époque, l&rsquo;avais-ju su avant tout dans mon corps, que j&rsquo;avais fait quelque chose qui avait modifié le cours des événements ? S&rsquo;il m&rsquo;avait tuée comme il affirmait en avoir eu l&rsquo;intention, il aurait été appréhendé, déclaré coupable et jeté en prison. Par mon sourire et mon salut, je m&rsquo;étais sauvé la vie à mon insu.&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p style="text-align: left"><strong><em>Memorial Drive, Natasha Trethewey, Editions de l&rsquo;Olivier, traduction de Céline Leroy, 21,50€.</em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>A tous ceux qui se sont déjà perdus&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 07:53:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA["Le lièvre d'Amérique"]]></category>
		<category><![CDATA[abrutissement]]></category>
		<category><![CDATA[autrice québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[Diane]]></category>
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		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[fable animalière néolibérale]]></category>
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		<category><![CDATA[perte de sens]]></category>
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		<category><![CDATA[quête]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
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		<category><![CDATA[travail]]></category>

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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire  La rentrée littéraire, ce sont aussi des titres venus d&#8217;ailleurs. Et des premiers romans. La preuve avec &#171;&#160;Le lièvre d&#8217;Amérique&#160;&#187; de Mireille Gagné et publié à la maison d&#8217;édition québécoise La Peuplade. Voici un curieux roman. Son autrice, qui publie ici son premier roman après avoir, depuis 2010, écrit de la poésie et des nouvelles, le définit comme [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #00ff00"><strong>Rentrée littéraire </strong></span></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/C1-Lièvre-226x339.jpg" rel="lightbox[5373]"><img class="alignleft size-full wp-image-5375 colorbox-5373" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/C1-Lièvre-226x339.jpg" alt="C1-Lièvre-226x339" width="226" height="339" /></a></p>
<p>La rentrée littéraire, ce sont aussi des titres venus d&rsquo;ailleurs. Et des premiers romans. La preuve avec <strong>&laquo;&nbsp;Le lièvre d&rsquo;Amérique&nbsp;&raquo;</strong> de <strong>Mireille Gagné</strong> et publié à la maison d&rsquo;édition québécoise<strong> La Peuplade</strong>.</p>
<p>Voici un curieux roman. Son autrice, qui publie ici son premier roman après avoir, depuis 2010, écrit de la poésie et des nouvelles, le définit comme &laquo;&nbsp;une fable animalière néolibérale qui s&rsquo;adresse à celles et ceux qui se sont égarés &laquo;&nbsp;.</p>
<p><strong>Mireille Gagné</strong> comme elle l&rsquo;explique dans la petite vidéo ci-après, sait de qui elle parle. L&rsquo;an dernier, celle qui travaille à temps plein, écrit et élève deux enfants, a connu &laquo;&nbsp;un épisode de surmenage&nbsp;&raquo;.  Un sujet en or pour celle qui, à travers la poésie, aime à analyser la frontière entre le prédateur et sa proie à travers le prisme des animaux. Elle avait son sujet.</p>
<p>L&rsquo;histoire du <strong>&laquo;&nbsp;Lièvre d&rsquo;Amérique&nbsp;&raquo;</strong> ? C&rsquo;est celle de <strong>Diane, célibataire, sans enfants ni amis</strong>. Qui se remet d&rsquo;une opération. Pour être toujours plus performante, ne plus perdre de temps à dormir. L&rsquo;employée modèle qu&rsquo;elle est déjà veut encore aller plus loin.</p>
<p><span id="more-5373"></span></p>
<p>Sauf que cette intervention, loin d&rsquo;être anodine, déclenche chez elle des phénomènes curieux : ses cheveux et ses poils deviennent roux, ses sens se développent&#8230; et les hommes commencent à la suivre&#8230;</p>
<p>Par flash-back, lui reviennent alors des images de son enfance, de son adolescence passée près de son voisin et ami <strong>Eugène</strong>, disparu bizarrement. Il était fasciné par les espèces en voie d&rsquo;extinction, comme le lièvre d&rsquo;Amérique. Que deviendra<strong> Diane</strong> ?</p>
<p>Voilà un texte qui donne envie de poser son sac.  De calmer le rythme ( qui quand on observe <strong>Diane</strong> ne comprend plus de ponctuation, car il faut toujours aller plus vite&#8230;) . Un premier roman qui intrigue mais qui m&rsquo;a aussi beaucoup parlé. Allez savoir pourquoi&#8230;</p>
<p>Et quel plaisir, au détour des pages, de croquer des expressions québécoises <img src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif" alt=";-)" class="wp-smiley colorbox-5373" /></p>
<p><strong>L&rsquo;autrice québécoise nous parle ici de son premier roman : </strong></p>
<p><iframe src="https://player.vimeo.com/video/425498107?app_id=122963" width="500" height="281" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen" allowfullscreen title="LE LI&amp;Egrave;VRE D&amp;#039;AM&amp;Eacute;RIQUE"></iframe></p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 55 :</strong><em>&nbsp;&raquo; [&#8230;] Avant de s&rsquo;engouffrer dans son bureau, Diane échange un regard soutenu avec sa rivale. L&rsquo;instant d&rsquo;une fraction de seconde, elle perçoit même chez elle un léger sourire de connivence, qu&rsquo;elle balaie rapidement de la main. Diane s&rsquo;assoit directement sur sa chaise, impatiente d&rsquo;ouvrir son ordinateur et sa boîte de courriel. Elle éprouve un soulagement lorsqu&rsquo;elle entend le </em>bip <em>caractéristique de l&rsquo;ouverture de son portable. Elle sourit. Diane se sent à sa place, ici. Son pied dans la bonne empreint. Plus ses doigts tapent sur le clavier, plus ses idées se remettent en ordre. Elle aime ce moment où elle aligne les lettres à l&rsquo;écran pour réduire le chaos autour d&rsquo;elle. Elle jubile à l&rsquo;idée d&rsquo;être indispensable.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 65-66 : </strong><em>&laquo;&nbsp;Pour calmer son anxiété de performance et économiser des</em> secondes<em> Diane compte perpétuellement le nombre de pas séparant son appartement de son travail de marches entre chacun des étages de secondes entre son bureau et celui de la femme qu&rsquo;elle déteste le temps que ça lui prend pour remplir une bouteille d&rsquo;eau attendre chez le médecin que le photocopieur finisse sa phase de réchauffage elle compte les calories absorbées pour chaque aliment et dépensées sur le vélo stationnaire les murs qui l&rsquo;entourent les lumières dans son appartement son bureau les craques sur le trottoirs les lettres dans chaque mot qu&rsquo;elle écrit les fois où elle a joui ses paiements automatisés à venir ses battements de coeur les combinaisons qu&rsquo;elle peut faire en collant ses doigts deux par deux ses courriels marqués non lus les dossiers traités par jour en comparaison avec sa rivales ses paires de petites culottes les un-deux-trois litres d&rsquo;eau qu&rsquo;elle s&rsquo;entête à boire chaque jour les mouchoirs et carrés de papier de toilette utilisés les cheveux tombés dans l&rsquo;évier de la salle de bains les gars avec qui elle a couché depuis l&rsquo;adolescence elle compte pour combler le vide mais le malheur de se dénombre pas&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 99 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Diane tente de se raisonner et collige les faits. Plus besoin de dormir autant qu&rsquo;avant. Beaucoup plus d&rsquo;énergie et de vitalité. Plus de concentration. Exactement comme on le lui avait promis. C&rsquo;était la finalité qu&rsquo;elle désirait. Ne plus jamais être fatiguée. Etre capable d&rsquo;exécuter un plus grand nombre de tâches. Avoir plus de temps. Il est sans doute trop tôt pour conclure au dysfonctionnement. Cependant, au fin fond d&rsquo;elle-même, elle sait que quelque chose cloche. Son corps, trop fébrile. Une vibration anime chacun de ses membres en permanence. Son coeur, plus fort. Elle entend ses battements pulser jusque dans ses oreilles. Son visage. Ses yeux écarquillés. Apeurés en permanence. Sa peau rousselée.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Le lièvre d&rsquo;Amérique&nbsp;&raquo;, Mireille Gagné, La Peuplade, 18€</strong></em></p>
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