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Rentrée littéraire

VIOLENCES OK  Une rentrée littéraire est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, pas forcément les auteurs de premiers romans, non, des auteurs qui ont déjà publié et qui, par la grâce d’une maison d’édition inspirée, sortent du lot et laissent alors découvrir leurs univers, déjà construit.

C’est le cas avec Etienne Deslaumes, que je ne connaissais pas jusqu’à présent.

Il signe avec « Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner », son troisième roman après « Emilien et le souci de définition » et « Journal ambigu d’un cadre supérieur », qui lui avait valu un succès critique.

Après avoir longtemps travaillé comme cadre sup dans un groupe d’assurance, Etienne Deslaumes, quinquagénaire, est formateur et enseignant en droit immobilier.

« Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner » est un roman choral. Chapitre après chapitre, ce sont deux générations de personnages qui prennent la parole à tour de rôle.

Mais tout commence par un enterrement, celui d’Armande. La jolie quinqua est morte après avoir été renversée par une voiture. Accident ? Suicide ? Tous se posent la question. Armande, sa vie durant, s’est laissée porter. Pour tout. Elle a épousé Christophe, un cadre prometteur et déjà riche. A élevé deux filles. Puis s’est vengée. De l’infidélité de son mari Christophe d’abord puis de sa frustration et de l’ennui de sa vie.

Elle raconte. Comme Christophe dont elle a fini par divorcer. Comme Patricia et Emilien, un couple d’amis tellement proches, mais pourtant si secrets. Comme les enfants de ceux-ci, Margaux et Aubin.

Au fil des monologues, d’autres histoires se dessinent. Ambigües. D’autres explications se font jour. Pas toujours belles.

Entre petits arrangements avec la morale et lâchetés ordinaires, Etienne Deslaumes nous parlent d’eux. Et de nous.

Unité de lieu et de temps donc pour ce roman à tiroirs autour de l’amour et des questions qu’il pose quand il est là. Ou pas.

 

 

Découvrez ici une interview d’Etienne Deslaumes

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Extraits

Page 37 (Armande)  :« […] Il est devenu le bras armé de ma paresse. : puisque je me mariais avec un homme qui avait une bonne situation dans une banque, qui parlait déjà, à vingt-cinq ans, de monter sa boîte, je n’avais plus besoin de finir mes études ni de travailler. Ouf! Le raisonnement (ce n’était pas vraiment un raisonnement, c’était à demi-conscient, à ce moment-là) était un peu osé, parce qu’un peu démodé. Mais bon, personne n’y a trouvé à redire ; pas même mes parents, plutôt flattés que leur fille connaisse une fin bourgeoise. Lorsque mon bonheur escompté avec Christophe m’a été arraché, ce qui fut aussi très vite fait, j’ai détesté mon mari parce qu’il me rendait malheureuse. Ensuite, il était un pis-aller : l’instrument de mon confort. Bref, ce qui me guidait, dans mon rapport à lui, dans le bon comme dans le mauvais, c’était toujours moi, re-moi et encore moi. Ce que lui pouvait ressentir ? Bof… je n’y pensais que très rarement. »

Pages 109-110 (Patricia) :« Si j’ai pris du champ avec Emilien, ce n’est peut-être pas parce qu’il m’a déçue, en ne faisant pas pour moi ce qu’Armande a fait : comprendre mes points faibles, en tenir compte, composer avec, me donner des outils pour les combattre sans me brusquer. Je me suis éloignée de lui, de tous mes semblables, sauf d’Armande précisément, car elle était la seule à avoir compris que je ne redeviendrais jamais comme avant et que, pour qu’une partie de moi continue à vivre et, peut-être, je dis bien “peut-être”, à être heureuse, il fallait admettre qu’une autre partie était morte ».

Page 131 (Christophe) :« A bien y réfléchir, si j’ai autant renoncé c’est par lâcheté, par peur de souffrir. Lorsque j’ai vu Emilien en larmes, à plus de quarante ans, parce qu’on l’avait plaqué, je me souviens m’être senti satisfait de ne plus pouvoir me trouver dans ce genre de situation.

Je me suis gouré. On ne vit pas mieux en se mettant sous cloche. On vit moins bien, au contraire. On vit moins bien parce qu’on vit moins. »

« Violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner », Etienne Deslaumes, Buchet Chastel, 17€.

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