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Il y a des livres qui vous parlent, qui vous marquent. En ce début d’année, impossible de ne pas être sous le charme du dernier roman de Julian Barnes,  » Une fille, qui danse ». L’auteur anglais a d’ailleurs obtenu le Man Booker Prize en 2011 pour ce titre.

Julian Barnes (Reuters)

Julian Barnes (Reuters)

 

Julian Barnes, né à Leicester en 1946, a étudié à Oxford et travaillé comme journaliste dans les années 70. Après un premier roman, « Metroland », paru en 1980, il a signé quatre polars du pseudonyme de Dan Kavanagh (le nom de famille de son épouse, Pat, décédée en 2008).

C’est sous son vrai nom que ce francophile patenté, traducteur de l’oeuvre d’Alphonse Daudet, a acquis la notoriété. En 1986, il obtient le prix Médicis pour son essai « Le Perroquet de Flaubert ». Il écrit aussi « Love, etc. », qui décroche le pric Fémina étranger et sera porté à l’écran par la réalisatrice française Marion Vernoux. suivront « Arthur & George », ou encore son recueil de nouvelles « Pulsations », etc.

 

BARNES

 

Dans « Une fille, qui danse », Julian Barnes nous plonge dans la vie de Tony Webster des années 60 à nos jours. Le livre se compose de deux parties. La première nous emmène sur un campus. Tony et ses amis sont étudiants. Il y a là Tony, Alex et Colin. Et puis très vite, Adrian se mêle au groupe. Adrian, le plus brillant des quatre, le plus intelligent et le plus ombrageux aussi.Il y a aussi  Veronica. Celle qui sort avec Tony, finit par coucher avec lui avant de rejoindre Adrian. Tony voit rouge. Ecrit une terrible lettre adressée aux deux amants. A 22 ans, Adrian se suicide. Le décor est planté.

 

Dans la seconde partie, Tony est retraité, divorcé de Margaret, plutôt dépité. Ses rêves de jeunesse ne se sont pas réalisés. Il y a les remords, les regrets et cette bizarre affaire : Sara, la mère de Veronica lègue à Tony le journal intime d’Adrian. Pour comprendre, Tony retrouve la trace de Veronica et plonge dans ses souvenirs, les vrais et ceux qu’il se réinvente. Tony mène une enquête dans ce qu’il a fait, ce dont il se souvient. La terrible vérité, que je ne vous dévoilerai pas, est à la hauteur de ce roman. Mais peut-on se fier à sa mémoire ?

 Extraits

Pages 20-21 : « En ce temps-là nous nous voyions comme des garçons maintenus dans quelque enclos, attendant d’être lâchés dans la vraie vie. Et quand ce moment viendrait, notre vie – et le temps lui-même – s’accélérerait. Comment pouvions-nous savoir que la vraie vie avait de toute façon commencé, que certains avantages avaient déjà été acquis, certains dégâts déjà infligés ? Et que notre libération nous ferait seulement passer dans un plus vaste enclos, dont les frontières seraient d’abord invisibles. En attendant, nous étions affamés de livres et de sexe, méritocrates et anarchistes. »

Page 112 : « Peut-être que tout ce que je veux dire en fait, c’est que, étant sorti avec Veronica autrefois, je n’avais plus peur d’elle. Et donc j’ai commencé ma campagne de harcèlement par mails. J’étais résolu à être poli, insensible aux affronts, persistant, ennuyeux, amical : autrement dit, à mentir. Bien sûr, il ne faut qu’une fraction de seconde pour effacer un mail, mais il ne faut guère plus de temps pour remplacer le mail effacé. Je viendrais à bout de sa résistance à force d’amabilité, et j’obtiendrais le journal d’Adrian. Il n’y avait pas de « feu non éteint dans ma poitrine » – je l’avais assuré à Margaret ;  et quant à ses conseils plus généraux, disons que l’un des avantages d’être un ex-mari est qu’on n’a plus besoin de justifier son comportement. Ni de suivre des suggestions. »

Pages 129-130 : « […] Mon plus jeune moi était revenu choquer mon moi plu âgé avec ce que ce moi avait été, ou était, ou était parfois capable d’être. Et n’avais-je pas songé tout récemment à la façon dont les témoins de notre vie se raréfient et, avec eux, notre principale corroboration ? Maintenant j’avais une bien indésirable corroboration de ce que j’étais, ou avait été. Si seulement c’était cette lettre que Veronica avait brûlée… »

Mon avis

Ce roman aura été pour moi une double découverte. Je n’avais jamais lu Julian Barnes. J’ai découvert un auteur et un style. J’ai découvert également une façon de raconter une histoire. Au coeur de ce qui pourrait être le journal intime de Tony, le lecteur ( et moi par la même occasion) se laisse prendre aux dires du narrateur avant de se rendre compte que son récit n’est pas fiable et qu’il s’est arrangé avec ses souvenirs. Se gardant le beau rôle. Bref, Barnes nous mène par le bout du nez… et c’est jubilatoire ! Un grand roman. Bonne pioche !

« Une fille, qui danse », de Julian Barnes, Mercvre de France, 19€.

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