Flux pour
Articles
Commentaires

Comme un goût de poison

SANG

 

Un roman fiévreux, nerveux. Avec « Mon sang à l’étude », Joachim Schnerf (âgé de 27 ans, il travaille dans l’édition, à Paris) signe un premier roman qui ne laisse pas indifférent. Et pour cause. Outre l’écriture, tonique et léchée, il y a le sujet : Samuel vient de faire un test de dépistage du sida.

Dans trois jours, il saura. Dans trois jours, sa vie ne tiendra peut-être plus qu’à un fil. Une attente qui l’angoisse, le fait fantasmer, mais l’oblige à vivre. Surtout qu’il y a Léna, sa nouvelle amoureuse. Léna qui le fascine.

Un roman de 90 pages qu’on lit d’une traite. Pour savoir. Pour soutenir Samuel. Pour espérer que la vie gagnera. L’auteur a choisi de raconter l’histoire naissante entre Samuel et Léna des deux points de vue des personnages. Samuel a peur. Léna, elle, ne sait pas.

Rappelons, à toutes fins utiles, qu’en 2012, 1,6 million de personnes ont succombé au sida à travers le monde. Fin 2012, plus de 35,3 millions de personnes vivaient avec le VIH. En France, on comptait à la même date entre 120.000 et 180.000 cas d’infection. Chaque année, entre 1.000 et 1.400 personnes en meurent.

 

 

Extraits

Page 14 :« Il est des maladies que l’on traque, nous préférons échapper. Les préfixes sont générationnels. Et trois mois que je ne pense qu’à ça, qu’à me dédouaner de ces nuits. Les noms n’y sont plus mais la sensation de l’infidélité pèse depuis, sans qu’aucune engagement me retienne. Le serment à la capote peut-être, balayé par l’alcool et la soif rageuse du sexe. Je ne veux pas être fusillé par le soupçon lorsque je me reflète en elles. Et elle aux mains si douces, rencontrée au troisième mois du doute, Léna. »

Page 30 :« La question du format se pose, bien entendu. Je me limite aux 140 signes, espaces comprises, qui excitent les adulateurs de l’oiseau impatient. De toute façon, la publication doit être autoritaire, je n’envisage aucune discussion. Le statut sera aussi unilatéral que ses satellites sociaux. Qu’ils s’approprient, qu’ils partagent ce qu’ils imaginent trop familier. A se rouler dans cette routine virale, nous n’avons toléré que la fuite. Un peu d’emphase pour l’annonce maladive que je posterai en cas de positivité, ils n’y échapperont pas. »

Page 82 :« Les dernières rencontres avec Samuel ont été éprouvantes tant les maladresses se sont accumulées. Pourtant, à mesure qu’il s’échappe, je grappille chacune de ses fuites avec un plaisir croissant. Non pas que nous nous pourchassions comme deux malhabiles de la passion, mais il s’agit plutôt d’ajuster nos pas. Un, deux. Un, deux. Nous cherchons l’accord sans faire attention aux écarts et nos libertés sont à ce prix. »

Mon avis

Un roman d’aujourd’hui. Un sujet qui concerne tout le monde et un style fiévreux qui ne s’embarrasse pas de fioritures. Joachim Schnerf parle des corps des aiment, qui souffrent et des esprits qui tentent de garder le contrôle sur le tout tandis que l’idée de la mort rôde. Pas simple. Un nouvel auteur à suivre ?

« Mon sang à l’étude », de Joachim Schnerf, Editions de l’Olivier, 12,50€

Laisser un commentaire

*