Mobilisation générale à la Manu

La mobilisation a été préparée avant la guerre et en 1939-1940, la Manu monte rapidement en puissance et atteint ses objectifs de production.

Durant les années 1930, la Manu contribue au renouvellement de l’armement portatif, elle équipe en mitrailleuses la ligne Maginot puis les chars et les avions qui sont fabriqués en nombre après 1935.

Les travaux de construction de l'usine électrique vers 1920. (Source : collection particulière)

Les travaux de construction de l’usine électrique vers 1920.
(Source : collection particulière)

En même temps elle se prépare pour une éventuelle mobilisation. Des bâtiments sont construits ou agrandis sur le site principal comme sur celui de la Brelandière, l’atelier central est refondu, la forge augmentée, les ateliers de fabrications mécaniques étendus.

Le parc de machines est développé, l’alimentation en énergie électrique renforcée, Les outils et vérificateurs sont préparés d’avance pour une fabrication intensive.

A partir de 1936 les plans de réarmement entraînent un accroissement de l’activité et une augmentation de l’effectif qui progresse de 1.200 à 1.500 environ au moment de la mobilisation générale, le 1er septembre 1939.

Le programme de guerre est alors mis en application. La journée de travail est portée à 10 h, le travail de nuit est remis en place et comme en 1914 un recrutement massif débute, mais cette fois il a été préparé.

Ce sont d’abord des militaires, affectés spéciaux, que le ministère attribue à la Manu, au nombre prévu de 2.200. Ils constituent des « compagnies de renforcement » qui sont rebaptisées « compagnies de travailleurs militaires » en février 1940.

Ils sont logés, difficilement, à la caserne de Châteauneuf, dans divers locaux privés réquisitionnés puis au printemps 1940 dans des baraquements construits aux Renardières.

En cinq mois les femmes passent de 80  à plus de 800

Les femmes retrouvent le chemin de la Manu. En cinq mois leur nombre passe de 80 à plus de 800.

Près de 50 % d’entre elles sont des épouses de mobilisés. Enfin des civils non mobilisables sont recrutés, volontaires ou réquisitionnés car les ouvriers professionnels sont en nombre insuffisant.

Parmi eux, des réfugiés alsaciens-lorrains.
Contrairement à la Première Guerre, il n’est pas fait appel aux travailleurs coloniaux ni aux étrangers, sauf un petit nombre sur réquisition. Et l’effectif total grimpe, il dépasse 5.000 en février 1940, les prévisions sont de 7.500 en juin.

En mai 1940, la cadence de production dépasse 10.000 armes automatiques par mois. La Manu a bien rempli son contrat, mais le 19 juin elle ferme ses portes car l’armée allemande se rapproche.

Quelques jours plus tard, s’ouvre une autre page de son histoire, celle de l’Occupation.

Pierre Bugnet

Prochain épisode : la Manu sous l’Occupation.

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , | 2 commentaires

Grève générale à la Manu

La Première Guerre mondiale a changé les mentalités. Des réformes sociales sont mises en œuvre que la crise économique remet en cause.

Les ouvriers anciens combattants, mutilés et victimes de guerre sont naturellement les premiers bénéficiaires de nouveaux droits en vertu de la loi du 31 mars 1919 (soins gratuits, réforme des pensions…).

Le ministre Albert Thomas envisage une participation du personnel à la gestion de l’établissement.

Les difficultés de logement des ouvriers recrutés durant la guerre font avancer l’idée d’habitat social.

Le directeur participe à la mise en place d’un office public d’habitation à bon marché (ancêtre des HLM) et à la création de cités-jardins et de jardins ouvriers dans le cadre de la loi de 1912 appliquée en fait après la guerre.

Semaine de 40 heures et congés payés

Ces avancées sont portées par l’unité syndicale. Des militants de la manufacture tels qu’Émile Grandin et Albert Giraudeau forment en 1925 un groupement des forces syndicales, les « Amis de l’Unité ».

Les salariés veulent voir leur qualification reconnue ; déjà le statut d’après 1945 s’élabore.

S’appliquent également les nouvelles lois sur les assurances sociales de 1928-1929 (maladie, maternité, vieillesse, invalidité, décès) et la mise en place d’un service social.

Le service médical établi depuis 1897 rembourse désormais les soins de médecins spécialistes et les frais de déplacement.

Cependant, au début des années 1930, la Manu n’est pas épargnée par la crise économique.

Non seulement la masse d’assistance est en déficit mais en 1934 le maréchal Pétain, alors ministre de la Guerre, instaure la retraite anticipée pour dissimuler les suppressions d’emplois, et le gouvernement de Laval supprime les compléments de salaire pour les ouvriers en instance de pension.

Ces mesures ajoutées à l’émeute parisienne des ligues d’extrême droite du 6 février 1934 mobilisent le personnel : le 12 février, 800 ouvriers se rassemblent au Splendid Cinéma à l’appel du Comité antifasciste.

Semaine des 40 h et congés payés

En juin 1936, la Manu ne connaît pas de mouvements sociaux de grande ampleur mais les travailleurs de l’État appuient ceux du secteur privé et des entreprises nouvellement nationalisées.

Avec eux, ils profitent de la semaine de 40 heures et des premiers congés payés. Le syndicat de la manufacture prend en charge en partie l’accueil de réfugiés républicains espagnols.

Mais l’horizon s’assombrit lorsque le président du Conseil, Édouard Daladier, suspend les acquis de 1936 déclenchant la grève générale du 30 novembre 1938 et les premières révocations. Moins d’un an plus tard, sonne l’heure d’une nouvelle mobilisation…

Marie-Claude Albert

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, Edith et quelques autres, Les gens | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Les femmes arrivent à la Manu

Des ouvrières de la manufacture posent en studio. (Collection particulière)

Des ouvrières de la manufacture posent en studio.
(Collection particulière)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

La guerre intensifie le travail féminin

Plus de 1.500 femmes ont travaillé à la Manu de 1915 à 1918 pour remplacer les hommes mobilisés.

Le recrutement débute le 27 mars 1915 (114 embauches). L’effectif féminin a décuplé en deux ans pour atteindre 1.569 au 1er octobre 1917.

Un phénomène vivement encouragé par le ministre qui juge le recrutement insuffisant à Châtellerault où avec moins de 10 % du personnel, le taux est inférieur à celui des autres manufactures.

Ces femmes sont en priorité employées à la production comme « usineuses » ou « visiteuses ».

Ces dernières sont chargées de contrôler des pièces, une nouvelle attribution pour les femmes.

Certificat de «  bonnes vie et mœurs  »

Autre fait nouveau, des ouvrières professionnelles sont recrutées à la suite d’un examen d’aptitude. Une formation au meulage et à la rectification d’outillage est même dispensée sur place si bien que des usineuses parviennent à confectionner les délicats forets à percer les canons de fusils tandis que d’autres deviennent affûteuses ou limeuses.

Cependant la conception du travail féminin demeure traditionnelle à l’image de cette circulaire de la direction du 25 novembre 1916 : « Le travail confié aux femmes consiste toujours dans des opérations simples pour lesquelles il faut à la fois moins de force, moins d’attention. »

La confiance est loin de régner : à l’embauche, les femmes doivent présenter un certificat de « bonnes vie et mœurs » et les motifs d’exclusion confirment cet état d’esprit.

Elles travaillent dans des ateliers séparés et leur salaire est inférieur à celui des hommes sous prétexte qu’il revient plus cher d’embaucher des femmes car il faut davantage contrôler leur travail.

En 1916, une usineuse gagne 0,30 francs de l’heure (0,50 pour un usineur). La durée effective du travail de jour est de 9 h ¼ et en 1918, les deux-tiers des femmes travaillent la nuit (9 h).

Mutées dans plusieurs ateliers ou employées parfois moins de 15 jours, elles subissent une forte mobilité.

En octobre 1919, il n’en reste plus que 84

Après la démobilisation, la quasi-totalité des femmes est licenciée. En octobre 1919, il n’en reste plus que 84, surtout des veuves de guerre.

Le sort de ces centaines d’ouvrières n’intéresse guère l’opinion publique et une lettre anonyme affirme même qu’« il est juste de mettre les femmes dehors et de prendre les hommes qui ont défendu vaillamment leur patrie ».

Il demeure cependant les aménagements installés grâce au comité de travail féminin créé par le ministère : tabourets et ventilation dans les ateliers, une sage-femme, une chambre et des dispositions pour allaiter, un projet de crèche, un congé de maternité de 8 semaines, autant d’innovations sociales qui vont marquer l’entre-deux-guerres.

Marie-Claude Albert

Prochain épisode : les évolutions de l’entre-deux-guerres

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Des Chinois à la Manu

Des travailleurs chinois devant leur baraquement à la Brelandière. (Source : collection particulière)

Des travailleurs chinois devant leur baraquement à la Brelandière.
(Source : collection particulière)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Des Chinois en renfort pendant la Grande Guerre

Le recrutement de migrants plus ou moins forcés et lointains comme les Chinois constitue un fait nouveau.

Pendant la première guerre mondiale, la France et l’Angleterre, manquant de main-d’œuvre en raison de la mobilisation et des victimes de la guerre, ont recruté de 1916 à 1919 140.000 volontaires chinois (40.000 pour les Français et environ 100.000 pour les Britanniques : les Chinese Labour Corps -CLC).

La Manu recrute une part de ce contingent à partir d’août 1916 pour remplacer les Kabyles mobilisés sur le front. Ils sont déjà près de 300 en décembre 1916, venus de la province de Zhejiang au nord de Shanghaï.

Le 1er août 1917 arrive une seconde vague de 400 Chinois. Ils sont embauchés pour trois ans et dépendent du dépôt des travailleurs coloniaux de Marseille. S’ils sont en principe nourris et hébergés par la manufacture dans des baraquements sur le site de la Brelandière, leurs conditions de vie demeurent difficiles.

De nombreux frais sont retenus sur leur paye déjà maigre : frais de recrutement, de nourriture, d’habillement, plus une cotisation-maladie.

La plupart ont quitté leur pays pour fuir la misère et n’ont aucune qualification ; ils exercent donc comme manœuvres.

Ceux qui possèdent un métier gagnent un peu plus et des mensualités sont versées sur leur compte en banque.

La manufacture envoie également de l’argent à leur famille mais de manière irrégulière, ce qui soulève quelques protestations.

Tout est fait pour les isoler du reste de la population

Encadrés par un officier d’administration, des interprètes et des surveillants armés, ils sont soumis à un contrôle sévère et à diverses mesures d’isolement.

Ils doivent quitter l’usine dix minutes avant les autres ouvriers et le camp où ils sont hébergés n’est accessible qu’avec une autorisation. Ils portent un matricule et sont munis d’une carte d’identité et de circulation spécifique. Tout est fait pour les isoler du reste de la population.

Ces mesures n’empêchent ni les altercations avec les autres ouvriers ni les révoltes au sein de la communauté chinoise comme celle du 28 décembre 1916 à la suite de l’arrestation de l’un des leurs.

Le directeur doit faire intervenir un détachement du 32e régiment pour rétablir le calme. 31 Chinois sont alors renvoyés à Marseille par mesure disciplinaire et immédiatement remplacés. D’autres révoltes ont lieu au cours de 1917, toutes sévèrement réprimées.

Lors de l’armistice, la Manu compte encore 332 Chinois qui ne partent que le 5 mars 1919 car l’État doit les garder jusqu’à la fin de leur contrat. Ne pouvant les réaffecter, il les met progressivement au chômage.

Marie-Claude Albert

> N’ayant pas trouvé d’informations sur les relations entre les Chinois et les Châtelleraudais (mariages éventuels, naissances, autres détails ou documents…), nous faisons appel aux lecteurs et les remercions par avance de les communiquer au 05.49.23.40.27 ou 05.49.93.14.04.

Prochain épisode : des femmes de la Manu pendant la guerre.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

A la Manu, des ouvriers belges soutiennent l’effort de guerre

Défilé des Belges le 21 juillet 1915 sur le pont Henri-IV pour célébrer la fête de l'Indépendance de la Belgique. (Source : Archives municipales de Châtellerault, fonds Arambourou)

Défilé des Belges le 21 juillet 1915 sur le pont Henri-IV pour célébrer la fête de l’Indépendance de la Belgique.
(Source : Archives municipales de Châtellerault, fonds Arambourou)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Les premiers étrangers en 1914 sont belges

De nombreux étrangers ont participé à l’effort de guerre national en travaillant à la Manu durant la Première Guerre mondiale. Parmi eux plus de 200 Belges.

Le nombre des étrangers a plus que d

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , | Commentaires fermés

La Grande Guerre à la Manu

Réunion d'ouvriers, dont beaucoup de mobilisés, en 1916. (Cliché Maurice David, GM)

Réunion d’ouvriers, dont beaucoup de mobilisés, en 1916.
(Cliché Maurice David, GM)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Les mobilisés fabriquent les armes de la victoire

La Manu a connu son expansion maximale entre 1914 et 1918 : expansion territoriale avec l’annexe de la Brelandière (1) ; expansion de la production d’énergie avec une puissante centrale électrique thermique ; enfin expansion du personnel qui passe de 1.400 en août 1914 à plus de 7.000 fin 1916, le maximum absolu.

Pour constituer cet énorme effectif, alors que tous les hommes valides sont sous les armes, il a fallu recruter de tous côtés : des étrangers, des femmes, et surtout des militaires, mobilisés détachés de leur corps de troupe, viennent animer les ateliers.

Ces mobilisés sont fournis par les dépôts de troupes de Châtellerault et de la région sur demande du directeur de la Manu, parfois sur recommandation par une personnalité.

Ils appartiennent à toutes les catégories : armée active, territoriale, service armé ou auxiliaire, ajournés, sursitaires. Le directeur recherche des ouvriers spécialisés et en obtient un certain nombre, mais en fait la majorité des mobilisés de la Manu appartiennent à tous les métiers et sont utilisés comme manœuvres ou usineurs.

Leur nombre dépasse 3.500 en 1916. Ce recrutement suscite parmi la population châtelleraudaise des soupçons d’« embusquage » (2) qui se traduisent par de nombreuses lettres de protestation.

L’ancienne caserne de Châteauneuf utilisée

Par ailleurs, les énormes besoins du front en hommes déterminent le gouvernement à récupérer le maximum des affectés spéciaux de l’arrière. Les lois Dalbiez en 1915 et Mourier en 1917 sont votées en ce sens.

Des commissions spéciales sont créées et appliquent le slogan : « Les jeunes à l’avant, les vieux à l’arrière. » Finalement, à l’exception des spécialistes indispensables, les mobilisés de l’armée active font un séjour sur le front. Ils sont remplacés par des territoriaux et par des blessés réformés, parfois mutilés.

Les mobilisés de la Manu restent soumis aux lois militaires. Ils ne peuvent s’absenter ni même circuler sans autorisation. Il est difficile de leur trouver des logements. Il faut recourir à l’ancienne caserne de Châteauneuf (3) ou à des chambres chez l’habitant.

Certains d’entre eux se plaignent de la cherté de la vie et de la dureté des conditions de travail, les mêmes que celles des employés civils.

La Manu n’aurait pu remplir sa mission sans ses mobilisés. Ils ont sans doute été quelque peu protégés, mais la guerre était devenue industrielle et en produisant les armes pour la victoire ils ont également bien mérité de la patrie.

Pierre Bugnet

 Mercredi prochain, les Belges à la Manu de 1914 à 1918.

(1) Actuel site de Thalès. (2) Aujourd’hui, on les qualifierait de planqués. (3) A côté du CCAS rue du Nouveau-Brunswick, actuellement occupée par des logements.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Sur les traces de la Manu : la naissance des syndicats

Les salariés de la Manu se retrouvent dans des syndicats dès 1894.

Les salariés de la Manu se retrouvent dans des syndicats dès 1894.

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Les manuchards divisés puis unis en syndicats

Le personnel de la Manu est réparti en deux catégories.

D’une part les titulaires, immatriculés et commissionnés ; d’autre part les ouvriers libres, auxiliaires et journaliers, au statut précaire.

La loi du 21 mars 1884 autorise la constitution de syndicats, mais ce sont d’abord des groupements mutualistes qui sont créés. C’est parmi les ouvriers libres que les syndicats apparaissent en premier.

Fusion des deux syndicats

En 1894, naît l’« Union amicale du personnel libre » qui se donne pour objectif d’obtenir une retraite pour tous les ouvriers après 25 ans de service.

Ses principaux responsables sont Abenoist, Chauffour, Schneider. Puis en 1899 c’est le tour de la « Chambre syndicale des ouvriers et employés » d’orientation nettement plus socialiste, qui revendique l’égalité

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , | Commentaires fermés

Sur les traces de la Manu : révolution industrielle

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

La révolution industrielle passe par la Manu

Le dernier tiers du XIXe siècle est caractérisé par un développement spectaculaire des industries d’armement. Les armes à feu portatives du XXe siècle naissent à cette époque.

En France, après le fusil Gras à cartouche métallique, apparaissent les armes à répétition. Le fusil modèle 1886 dit « Lebel » est entièrement mis au point à Châtellerault, en particulier par le contrôleur d’armes Albert Close.

5.500 machines en 1890

Les progrès de la fabrication vont de pair avec ceux des armes. Le travail artisanal disparaît, remplacé par des machines-outils de divers types, dont le nombre atteint 5.500 en 1890.

La forge est dotée de marteaux-pilons, une fonderie de fonte est créée. Deux puissantes usines thermiques animent l’ensemble des ateliers, leurs cheminées géantes sont toujours debout. Et désormais la manufacture est chauffée à la vapeur et éclairée à l’électricité.

L’organisation rationnelle du travail se met en place. L’atelier central en est le cœur.

Les ouvriers de précision qu’il regroupe, mettent au point les machines, affûtent les outils, fabriquent les vérificateurs qui assurent l’interchangeabilité des pièces.

Les cadences de fabrication atteignent 1.000 fusils par jour, de sorte que la totalité de l’armement national est renouvelée en quelques années. Dès lors se pose le problème de l’emploi d’une telle usine et du sort de ses ouvriers.

Mais on se rend compte que machines et ouvriers sont maintenant universels et peuvent participer à toutes fabrications du domaine mécanique.

La Direction de l’Artillerie fait alors appel à la Manu pour des productions très diversifiées : glissières de canons, munitions, voiturettes. C’est l’ensemble des usines d’armement qui concourt à l’équipement des armées françaises.

Naissance d’une école d’apprentissage

La transformation des métiers entraîne celle de la formation. Il est assez facile de recruter dans la campagne des usineurs pour le travail en série, par contre les ouvriers de précision sont peu nombreux dans la région.

Pour remplacer l’apprentissage auprès des maîtres-ouvriers de jadis, une École d’apprentissage est créée en 1888.

Les manuchards du XXe siècle vont bientôt entrer en scène.

Pierre Bugnet

Prochain article : des avancées sociales à la Manu.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Sur les traces de la Manu : 7e épisode

Un bâti symbolique de la IIIe République en 1886-1887 : la façade de l'atelier central de constructions mécaniques (actuel musée de l'Auto-moto-vélo) et les deux cheminées (Photo Martine Destouches)

Un bâti symbolique de la IIIe République en 1886-1887 : la façade de l’atelier central de constructions mécaniques (actuel musée Auto moto vélo) et les deux cheminées
(Photo Martine Destouches)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

La Manu républicaine : entre mythe et réalité

Alors que l’usine se transforme, la volonté politique de faire triompher l’ordre et le prestige est indéniable.

Il faut glorifier le progrès technique et l’habileté des ouvriers de la manufacture les protégeant de la luxure des cabarets et des mauvaises lectures.

Ce double défi s’exprime tant dans l’architecture des nouveaux bâtiments que dans l’éclat des fêtes publiques.

<span styl

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , | Commentaires fermés

Sur les traces de la Manu : épisode 6

Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd'hui patinoire

Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd’hui patinoire

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Sous le second Empire la première mue de la Manu

Au début de l’activité de la Manu, les fabrications, l’outillage et l’organisation du travail sont encore ceux du XVIIIe siècle.

Les canons de fusils sont obtenus en repliant une lame de fer soudée sur l’enclume, les sabres sont forgés manuellement, les pièces de mécanismes sont achevés à la lime.

Le colonel Arcelin, directeur en 1841-42 puis en 1849-52 réalise une première transformation des armes à feu en remplaçant le silex par la percussion après 1840 puis lance l’étude du fusil à chargement par la culasse.

Mais une véritable révolution se prépare dans l’industrie. Le fer est remplacé par l’acier produit en grande quantité dans les convertisseurs Bessemer.

Il n’est plus nécessaire de marteler le fer pour obtenir un acier très coûteux. Les machines-outils se généralisent, équipées d’outils en acier de coupe rapide et l’énergie thermique multiplie la puissance des ateliers.

 Entre deux époques

Le gouvernement décide de moderniser les manufactures d’armes. Châtellerault est choisi comme site pilote et Frédéric-Guillaume Kreutzberger comme ingénieur.

Né à Guebwiller celui-ci est parti travailler aux Etats-Unis où il est devenu directeur technique de la fabrique d’armes Remington. A partir de 1860 il transforme les usines en bord de Vienne.

Deux d’entre elles sont surélevées pour recevoir les machines verticales à forer les canons de fusils en acier et deux nouvelles sont construites.

Des machines-outils remplacent le travail à la lime, la machine à vapeur fait son apparition cependant que les antiques roues hydrauliques sont remplacées par des turbines plus efficaces. Et le fusil Chassepot peut être fabriqué en série dès 1867.

Les conditions de travail évoluent également, les professions se transforment, de vieux métiers disparaissent, forgeurs de canons, platineurs, garnisseurs.

La condition ouvrière en subit le contrecoup. Dès 1868, les immatriculés ne représentent plus que le quart des ouvriers, dont la masse se trouve exclue des avantages spécifiques du métier d’armurier.

La Manu et son personnel se trouvent entre deux époques, celle des maîtres et compagnons qui se termine et celle des travailleurs à la chaîne qui débute.

Pierre Bugnet

« La Manufacture d’armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €

Mercredi prochain: 7. L’usine de la troisième République.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • Digg
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
Publié dans Arrête ton manuchard, La vie, Les gens | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire