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	<title>Comme en 14 &#187; Sarrebourg</title>
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	<description>Une plongée dans le quotidien de la Grande Guerre</description>
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		<title>6 octobre 1914. Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Oct 2014 07:00:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
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		<description><![CDATA[6 octobre 1914.

-Minuit trente-
Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !
 Réveil en musique. C’est extraordinaire : ce petit sifflement, qui ressemble un peu au cri que fait la soie quand on la déchire, vous tire du plus profond sommeil. Déjà le subconscient a enregistré le danger que cache ce léger murmure… Avec quelle hâte on [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">6 octobre 1914.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image56.jpg" rel="lightbox[679]"><img class="alignnone size-medium wp-image-701 colorbox-679" alt="Image56" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image56-300x289.jpg" width="300" height="289" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">-Minuit trente-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Réveil en musique. C’est extraordinaire : ce petit sifflement, qui ressemble un peu au cri que fait la soie quand on la déchire, vous tire du plus profond sommeil. Déjà le subconscient a enregistré le danger que cache ce léger murmure… Avec quelle hâte on se jette sur son pantalon, ses chaussures, sa montre et son portefeuille !&#8230; Et voilà ! Toutes les trente secondes : Tiii iu iu iu iu Pagnnne !&#8230; Nous sommes là à attendre dans le grand vestibule : il pleut, il fait un froid noir. Pas gaie, la guerre aujourd’hui !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 3h matin -Tiii iu iu iu iu … tiii iuiu iu iu … Pagnnne !&#8230; Pagnnne !&#8230; Ca continue…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 4h- Ca cesse. Je monte me coucher.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 6h- Ca reprend ! Oh ! mais cette fois, c’est extrêmement sérieux : toutes les cinq minutes nous recevons sur notre cantonnement un obus de 210. C’est ce que nous appelons les « grosses marmites ». Une maison voisine </span><span style="font-size: medium"><i>vole en éclats </i></span><span style="font-size: medium">… Nous descendons nous réfugier dans la cave voûtée de la maison. C’est là que j’écris, assis sur un tonneau, au milieu de voisins terrifiés, d’enfants qui crient… le sifflement est singulièrement effrayant ; l’éclatement le suit à une seconde. Ca fait « Pfuiii… », et immédiatement après c’est… la fin du monde à quelques mètres de nous.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Jusqu’à présent notre maison n’a rien. Mais la maison où nous prenons nos repas est démolie, le joli chalet Fayard l’échappe belle, la route « n’est qu’un trou » devant sa grille ; un obus explose exactement sur la tombe de quatre chasseurs dont les corps sont éparpillés.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 10h- Ca cesse… jusqu’à quand ? Nous avons été trahis, c’est évident : tous les obus ont été envoyés sur notre cantonnement et sur celui du 1</span><sup><span style="font-size: medium">er</span></sup><span style="font-size: medium"> bataillon. La ville est remplie d’espions ; nous le savons et… voilà le résultat de notre stupide indifférence.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Tous les hommes de la ville rentrés depuis deux jours fuient de nouveau ; ils laissent leur femme pour garder la maison. Et c’est dans le bureau du commandant installé dans la cave un défilé incessant d’hommes tremblants qui viennent chercher des laissez-passer.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Les habitants risquent les uns après les autres un œil dans la rue. Ils sont tout pâles, maigres, anxieux. L’impression que me laisse ce bombardement est pénible ; ces énormes torpilles font peur. Je commence à comprendre le colonel démoralisé que nous recueillîmes à Deyvillers, retour de Sarrebourg…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image57.jpg" rel="lightbox[679]"><img class="alignnone size-medium wp-image-703 colorbox-679" alt="Image57" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image57-300x263.jpg" width="300" height="263" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Maison forestière de Thiaville – Midi-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Pour essayer de diminuer mon angoisse je gagne ma chère forêt. Elle est sinistre aujourd’hui sous un ciel de brouillard très bas. Il fait nuit à midi. Les troupiers sont tristes, ils ont froid. Le passage des obus cette nuit au-dessus d’eux les a inquiétés. Ah ! dans la forêt ce n’est plus comme dans la plaine. On nage dans l’inconnu. On s’y noie pour peu que la peur vous envahisse et si on se laisse aller c’est bientôt une sorte de panique qui vous saisit.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 2h- Le canon reprend par coups tantôt espacés, tantôt répétés. Sont-ce des pièces françaises ? Sont-ce des pièces ennemies ? Cela vient de Cirey.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le père Alem très nerveux fume sa pipe et cherche d’où viennent les obus et où ils vont.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 4h- Il fait de plus en plus noir. Le brouillard devient épais. Une vive fusillade éclate du côté d’Herbaville… Nous sommes là, le capitaine, le père Alem et moi, immobiles dans l’étroit potager, l’oreille tendue. Que se passe-t-il ? On dirait que l’ennemi rôde tout autour de nous. Oh ! comme ce cercle de sapins ressemble au collet du braconnier ! A mesure que la nuit tombe on dirait qu’il se resserre autour de nos poitrines… </span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">6h- Oh ! oh ! ça devient sérieux… Dans la nuit tombée j’accompagne le capitaine dans une tranchée derrière l’étang… Tout à coup, rumeur violente sur le chemin d’Alencombe. « Des boches !&#8230; des boches !&#8230;» Entre les huit hommes d’une patrouille, deux taches grises : deux prisonniers. On nous les amène. Ce sont deux hommes de la landwehr. Ils ont été faits prisonniers dans une des fermes d’Alencombe où ils s’étaient réfugiés quand notre patrouille a attaqué la leur. La patrouille ennemie, composée de sept hommes et un sergent, descendait, au moment de la surprise, le chemin de la Chapelotte que je prends chaque jour. Aussi bien était-ce moi qui les rencontrais et… qui étais fait prisonnier. A nos questions, les prisonniers répondent avec un sourire qui démontre qu’ils sont heureux de leur sort. Nous les fouillons : dans leurs poches nous trouvons des cigarettes jaunes, des calepins, un chapelet, des canifs… et des pastilles de pippermint.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Mais où sont les six autres ?&#8230; De nouveau, une violente fusillade à gauche, vers le poste de l’adjudant Charpentier… Serait-ce eux ?&#8230; Nous parlons à voix basse. Les hommes marchent sur la pointe des pieds… Tout à coup, un cri immense et lugubre plane sur la forêt endormie : le cri du grand-duc, plusieurs fois répété. Or, nous savons que c’est un cri de ralliement des Alsaciens… Oh ! comme nous retenons nos souffles !&#8230; Quel silence dans la forêt !&#8230; Mais qu’est-ce que la nuit nous réserve ? Du moins, jusqu’à présent l’artillerie nous laisse en paix.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">8h soir-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le capitaine Lefolcalvez qui occupe la Chapelotte envoie au capitaine Gresser la note suivante :</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"><i> « Deux de mes postes ont été attaqués simultanément à 16h15 environ par une reconnaissance allemande qui, après avoir manifesté beaucoup de mordant, s’est repliée dans la direction générale d’Allencombe. L’effectif vu était d’environ 25 hommes. Comme je ne sais pas au juste ce que cela signifie, j’ai demandé au commandant de faire rapprocher la réserve jusqu’à l’emplacement que nous occupions il y a quatre jours. Elle y sera d’ailleurs mieux qu’à Badonviller sous les pruneaux de 210 comme nous en avons reçu la nuit dernière. Félicitations pour tes prisonniers. Nous nous sommes contentés d’en dégringoler un. On ira voir au jour s’ils l’ont emporté. Fais-moi connaître, au jour, les renseignements que tu auras pu tirer de tes deux boches.</i></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"><i> Le Folcalvez. »</i></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">8h30</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> La fusillade Charpentier n’a pas été tirée par Charpentier, mais par une reconnaissance de la première compagnie. Impossible de téléphoner ces renseignements au commandant, à Badonviller : cet agriculteur-guerrier ignore tout du téléphone et oublie de raccrocher le récepteur.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Tout cela ne nous empêche pas de manger : nous avons savouré une langue sauce-piquante dont je vous dis que ça ! Et au dessert une de ces compote de myrtil[l]es, offerte par Mme Gény ! Et un kirsch ! Et une eau de vie de betteraves !&#8230;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Minuit-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je me suis étendu par terre sur un matelas, et je n’essaie pas de dormir : sous l’assaut de trois cent mille mouches, ce serait impossible. D’ailleurs dès que je commence à perdre conscience, j’entends siffler des 210 de rêve et j’aime mieux ne pas entendre de 210 quand c’est possible.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le récepteur du téléphone n’est toujours pas raccroché : cette inadvertance pourrait être la source d’une tragédie ; en cas d’attaque nous ne pourrions appeler les réserves à la rescousse. </span></p>

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		<title>1er septembre 1914 : Je suis retourné à la bataille, malgré la consigne.</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/09/01/1er-septembre-1914-je-suis-retourne-a-la-bataille-malgre-la-consigne/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/09/01/1er-septembre-1914-je-suis-retourne-a-la-bataille-malgre-la-consigne/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 01 Sep 2014 08:00:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
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		<category><![CDATA[St Gorgon]]></category>

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		<description><![CDATA[1er septembre 1914 Deyvillers
 Je suis retourné à la bataille, malgré la consigne. C’est d’ailleurs un plaisir de plus que d’y aller en désobéissant…
 Il fait un soleil de feu, les 22 kilomètres de route me semblent sans fin. Il n’y a pas de troupes à Girecourt, à Destord, à St Gorgon. Nous avons donc [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">1</span><sup><span style="font-size: medium">er</span></sup><span style="font-size: medium"> septembre 1914 Deyvillers</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je suis retourné à la bataille, malgré la consigne. C’est d’ailleurs un plaisir de plus que d’y aller en désobéissant…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Il fait un soleil de feu, les 22 kilomètres de route me semblent sans fin. Il n’y a pas de troupes à Girecourt, à Destord, à St Gorgon. Nous avons donc avancé. Il n’y a plus là que des convois. Je remarque une des grandes voitures pour le transport des pianos Erard utilisée pour le transport des vivres.<span id="more-445"></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A Rambervillers toutes les maisons sont fermées. Il n’y a plus un seul habitant. La rue principale, rue Carnot, je crois, est encombrée de troupes. Beaucoup d’infirmiers, de brancardiers, qui amènent là les blessés recueillis sur la ligne de feu. Ils les transportent au moyen de brancards montés sur deux roues de fer. Un des blessés, dont la tête est toute ensanglantée, meurt pendant qu’on cherche à le faire boire. C’est un tout jeune maréchal des logis de chasseurs. Les rues sont semées d’éclats de vitres. A bicyclette c’est impraticable. Par-ci par-là un monceau de ruines : c’est une maison qui a été touchée par les obus de 150 allemands. Aux environs de l’église plusieurs maisons ont été atteintes ; on voit dans ce qui fut le rez-de-chaussée des morceaux d’armoire à glace, des matelas qui fument encore pêle-mêle avec des casseroles, des pieds de fauteuils et les mille petites choses intimes d’une maison bourgeoise. L’effet des obus est curieux : une jolie petite villa entourée naguère d’un petit jardin qu’on imagine fleuri de roses, d’asters, de géraniums, domine maintenant une énorme excavation où une douzaine de personnes pourraient jouer à la main-chaude. Les usines atteintes sont réduites en miettes.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Nos troupes ont pillé les magasins de la ville. On voit que le vin a coulé dans les ruisseaux. Toutes les rues sentent le vin. Les boutiques de mercerie, de modes, de quincaillerie ont été pillées. Les pauvres chapeaux piétinés, les coupons d’étoffe, les boîtes de clous jonchent la chaussée.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le canon tonne tout près de Rambervillers. On entend exploser les obus allemands au nord de la ville. Je me dirige de ce côté.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Comme on m’a dit à qu’à Anglemont il y a 7.000 cadavres ennemis, je prends la route de Baccarat et je m’oriente vers le tragique village. Une odeur épouvantable arrive jusqu’à moi. Le bois d’Anglemont doit être un charnier. A l’angle de ce bois et de la route les gros obus pleuvent dru. Il y a là une batterie de 75 sur laquelle je me dirige. Je retrouve l’aimable capitaine de l’autre jour. Il envoie sur l’ennemi ces fameux obus qui font tant de dégâts. Je lui demande s’il est content des résultats. Il me répond : « Vous n’avez qu’à sentir l’odeur qui se dégage de ce bois…» En effet l’endroit est intenable. Je tâche de découvrir de l’infanterie : « Il y en a devant nous…» m’indique le capitaine. Je laisse ma bicyclette aux artilleurs et en me tenant courbé je me rends jusqu’aux tranchées de l’infanterie qui se trouvent à 500m de là. Au milieu des obus qui pleuvent sans cesse j’ai l’impression d’être bien seul !&#8230; Par moments j’ai la gorge qui me serre et je ne sais plus trop où j’en suis aujourd’hui la terre est sèche et chaque obus soulève en éclatant un énorme nuage de poussière. Mais je ne veux pas reculer : je me dis : « C’est stupide de s’être aventuré là-dedans ! mais au fond je trouve ma situation éminemment originale et c’est par plaisir de la nouveauté que j’avance et que je commets cette imprudence folle. Dans la première tranchée que je rencontre se trouvent des hommes du 149</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> avec le lieutenant Petitjean. Celui-ci paraît un peu étonné de voir arriver un médecin, je lui explique que je suis l’homme le plus insouciant de la terre et que je viens là comme curieux et non comme médecin. Le vacarme des obus est tel dans le bois, à la lisière duquel nous nous trouvons, qu’il faut presque crier pour se faire entendre.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Dieu ! qu’on est bien dans une tranchée quand l’artillerie allemande vous envoie de ses nouvelles ! Il y a des hommes autour de nous qui dorment. Le sergent écrit un mot qu’il me charge de mettre à la poste. Le lieutenant qui se nourrit depuis un certain temps de viande avancée et de pain moisi a la dysenterie. Je lui donne les tablettes de chocolat que j’ai sur moi. Il me raconte le travail prodigieux qu’a fourni le 149</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> depuis le début de la campagne. Prodigieux en effet un combat qui dure depuis un mois ! Il me donne pour la communiquer à ses camarades du 170, la liste des officiers survivants du 149. Quelques capitaines, un commandant, quatre ou cinq lieutenants… Pendant que nous causons l’artillerie allemande redouble son vacarme. Le bruit que produit l’explosion des gros obus a quelque chose de « camelote ». On dirait l’éclatement d’une « côlôssale » boîte de gâteaux secs.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je suis également frappé du silence qui règne sur un champ de bataille, en dehors du bruit de l’artillerie. Les hommes se taisent. Les mouvements de la campagne, le va-et-vient des charrettes, le chant des coqs et des poules, l’aboiement des chiens, le cri des laboureurs, l’appel des femmes parmi les poules … plus rien de cela n’existe. On se trouve dans un décor devenu inutile : à quoi bon maintenant le vert tendre des prairies, le petit brouillard mauve à la lisière du bois, la ligne dorée des chaumes lointains, à quoi bon le soleil ? Toutes ces jolies choses semblent déplacées. Ici la vie n’est plus chez elle : je n’en veux pour preuve que l’odeur de mort qui se dégage de cette belle futaie de hêtres.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Quand je quitte le lieutenant Petitjean pour aller reprendre ma bicyclette l’orage d’artillerie redouble de violence – vraiment les oreilles en ont assez au bout de deux heures de ce vacarme- On ne peut même plus assembler ses idées. Après 8 jours de combat on doit être devenu complètement stupide. Je fuis Rambervillers à toutes pédales, accompagné d’un brave homme d’infirmier dont je partage le bidon de vin et la musette de mirabelles et de poires vertes. Dieu ! que j’avais soif ! Au moment où, assis dans le fossé, je vide le bidon, passe à cheval un prêtre-brancardier avec qui nous partageons nos derniers fruits. Il n’en a pas mangé depuis longtemps dans un paysage aussi serein : il revient de Sarrebourg ! Il nous quitte rapidement, saute lestement sur son cheval et part au galop, la soutane nouée autour de la taille et en culotte courte. </span></p>

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		<title>30 août 1914 : Un peu de canonnade.</title>
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		<pubDate>Sat, 30 Aug 2014 09:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[artillerie]]></category>
		<category><![CDATA[Deyvillers]]></category>
		<category><![CDATA[Sarrebourg]]></category>

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		<description><![CDATA[30 août 1914 Deyvillers (Vosges)
Un peu de canonnade.
 Beaucoup de blessés qui passent en auto-cars, en camions automobiles.
 Un lieutenant-colonel du 96ème d’infanterie arrive, exténué, de la ligne du feu : il est, dans la salle à manger où nous mangeons confortablement, l’image de la Fatigue. C’est à peine si les mots ont la force d’arriver [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">30 août 1914 Deyvillers (Vosges)</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Un peu de canonnade.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Beaucoup de blessés qui passent en auto-cars, en camions automobiles.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Un lieutenant-colonel du 96</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> d’infanterie arrive, exténué, de la ligne du feu : il est, dans la salle à manger où nous mangeons confortablement, l’image de la Fatigue. C’est à peine si les mots ont la force d’arriver de son larynx à ses lèvres : arrivés au bord des lèvres ils tombent lourdement.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Nous en ramassons les morceaux et par un jeu de puzzle patient nous reconstituons péniblement son discours, d’autant plus péniblement que ce fatigué s’endort entre deux phrases. Il est allé à Sarrebourg ; tous ceux qui sont allés à Sarrebourg et que nous avons vus ont été frappés de cette sorte d’anéantissement. Ils ont seulement gardé le souvenir d’une artillerie ennemie formidable : leurs récits ont toujours le même leitmotiv ; </span><span style="font-size: medium"><i>« Obus-torpilles,</i></span><span style="font-size: medium"><i>obus-torpilles… »</i></span><span style="font-size: medium"> Celui-là croit fermement – et c’est la dernière fermeté qui lui reste- que les nouveaux obus de 75 donneront des résultats merveilleux.[…]</span></p>

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		<title>28 août 1914 :  De nouveau les convois qui nous avaient envahis partent vers l’Est.</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/08/28/28-aout-1914-de-nouveau-les-convois-qui-nous-avaient-envahis-partent-vers-lest/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/08/28/28-aout-1914-de-nouveau-les-convois-qui-nous-avaient-envahis-partent-vers-lest/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2014 09:00:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
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		<description><![CDATA[28 août 1914 Deyvillers (Vosges)

La bataille du 28 août vue par Maurice Bedel
 De nouveau les convois qui nous avaient envahis partent vers l’Est. Bon signe.
 Quelques coups de canon espacés, ce matin de 4h à 10h.
 Des artilleurs qui n’avaient plus que des caissons regagnent le feu avec de belles pièces neuves.
 A 10h [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">28 août 1914 Deyvillers (Vosges)<br />
</span></p>
<div id="attachment_335" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image51.jpg" rel="lightbox[334]"><img class="size-medium wp-image-335 colorbox-334" alt="La bataille du 28 août vue par Maurice Bedel" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image51-300x184.jpg" width="300" height="184" /></a><p class="wp-caption-text">La bataille du 28 août vue par Maurice Bedel</p></div>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> De nouveau les convois qui nous avaient envahis partent vers l’Est. Bon signe.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Quelques coups de canon espacés, ce matin de 4h à 10h.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Des artilleurs qui n’avaient plus que des caissons regagnent le feu avec de belles pièces neuves.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A 10h passent quelques prisonniers allemands. Ils sont une douzaine dont un officier : ils sont pitoyables : sans coiffure, sans arme, leur petite veste couverte de boue. Ils ont les cheveux ras : des espèces de condamnés à mort marchant au supplice. Les troupiers les regardent comme des bêtes curieuses mais ne profèrent aucun cri sur leur passage : ils s’amusent surtout de leurs crânes tondus et de leurs mines affaissées.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> La canonnade redouble d’intensité. Je n’y tiens plus de curiosité. Je veux aller voir la bataille. Je n’en dis rien à personne pour que le commandant l’ignore, je préviens seulement Caussade et à 1h je pars à bicyclette pour Rambervillers.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A partir de Fontenay les routes sont encombrées de convois. Il y a une boue épouvantable. A Girecourt des chasseurs à pied. A Destord de l’infanterie de marine et de l’artillerie. A partir de Destord plus de troupes sur les routes ; un calme absolu dans un bruit qui commence à devenir formidable. De-ci, de-là un soldat isolé. Dans un fossé je trouve endormi un chasseur du 21</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> qui s’est enveloppé dans un morceau de toile du zeppelin. Non loin de lui un cheval mort empoisonne l’air. A droite et à gauche de la route des canons sont mis en batteries, dissimulés dans des fourrés, ce sont des canons longs. A la borne 3kms7 de Rambervillers je trouve des batteries de 75. Je suis absolument seul sur la route. Rambervillers est là tout près. Les villages au nord de Rambervillers lancent vers le ciel de grandes gerbes de flammes : ce sont Roville, Anglemont, Ménil qui brûlent. Le ciel est tout floconneux de fumées d’obus. Je continue à avancer, je voudrais atteindre les batteries d’artillerie lourde que j’entends faire leur gros vacarme un peu plus loin. J’ai bien du mal à me sentir en pleine bataille : un bruit d’enfer, mais pas de mouvement. En arrivant en haut de la côte Saint-Gorgon, au moment où je monte sur ma bicyclette, soudain une décharge colossale part dans mon dos : « C’est sur moi qu’on tire ! » Je me jette dans un fossé de la route, on continue à tirer. Je réfléchis : « c’est trop de bruit pour moi seul, ce sont les batteries de 75 qui tirent. » Je reviens sur mes pas, craignant que des obus allemands ne répondent aux 75. Je m’installe derrière les pièces. Je me présente aux capitaines. Je leur explique ma présence : « J’ai voulu voir une bataille, c’est bien simple. » Cela les amuse. Ils m’expliquent ce qu’ils font : avec leurs 75 ils tirent à 8.000m sur Roville et Anglemont ; ils utilisent pour ce tir si long de nouveaux obus provenant de Bourges, invention récente, différente de l’invention Turpin qu’on expérimente aujourd’hui à St Dié.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le vacarme de la batterie, mêlé au vacarme des Rimailho</span><a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a><span style="font-size: medium">, est insensé. Il semble que depuis une demi-heure je sois entré dans une clouterie. Les pièces tirent un nombre de coups invraisemblable. Le plus curieux c’est qu’elles tirent sur de l’inconnu et que pour le moment on ne leur répond pas. Ce sont les Rimailho, en avant, qui reçoivent les bruyantes réponses de l’ennemi. Je me fais à cette bruyante fanfare, on s’y fait vite, et j’y suis si bien fait que je reconnais, parmi ce chambardement, le vol d’un coléoptère : c’est un bousier qui se dirige vers le crottin des chevaux de la batterie.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le capitaine aimable auprès duquel je me tiens m’explique la retraite de Sarrebourg.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Depuis le 20 août on ne peut, me dit-il, plus rien obtenir des troupes, tellement Sarrebourg, ses tranchées bétonnées et ses canons les ont démoralisées. Il m’affirme que depuis trois jours nous nous livrons sur Rambervillers au jeu suivant : nous faisons reculer l’ennemi, dans la journée, de 3 à 4 kms. Dans la nuit les hommes se replient et les Allemands s’avancent de nouveau. C’est à se demander s’il n’y a pas là une manœuvre de notre part pour épuiser les Allemands déjà à bout de souffle.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Pendant qu’il me donne ces explications un « Taube » vient virer au-dessus de nous, puis s’éloigne vers Anglemont. Vingt minutes après se produit le cataclysme auquel je ne m’attendais plus, l’arrivée des obus de 151 allemands, de ces fameux obus qui ont tant démoralisé notre infanterie et nos artilleurs. Je causais avec le capitaine quand soudain il m’empoigne par l’épaule, me jette à terre, en me criant : « Couchez-vous, toubib ! » Lui-même se couche et aussitôt un bruit formidable retentit : c’est comme si un nuage de toile se déchirait en mille morceaux : un obus vient de tomber à 500 m de nous. Je n’ai rien vu, seulement entendu. Une minute après, même geste du capitaine : cette fois-ci je me couche mais je regarde : en même temps que l’obus éclate la terre se soulève en une gerbe conique de 5 à 6m de haut, volcan soudain réveillé et soudain éteint. Au 3</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> obus, je reste simplement assis, je l’entends nettement arriver. Il éclate à notre droite, à 500m environ. Il en arrive encore un, tir trop court encore.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Et puis c’est tout : notre batterie qui n’a pas cessé de tirer, continue de plus belle. Malheureusement un de ses obus va éclater à quelques cent mètres en avant dans un nuage de fumée : cela permet à l’ennemi de la repérer mieux encore qu’au moyen d’un Taube. Elle est obligée de changer de position et se porte derrière Saint-Gorgon. Je la quitte pour regagner Deyvillers.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Sur la route, des kilomètres de convois, d’artillerie lourde, d’artillerie de 75 vont et viennent. Je peux à peine avancer ; et la boue très grasse fait déraper ma bicyclette entre tous ces lourds camions : je vais de Destord à Girecourt en me faisant tirer par un canon de campagne, dont j’ai pu atteindre le manchon de cuir qui protège la gueule. A Girecourt les hommes font une fusillade nourrie contre un avion allemand qui passe très haut, insouciant.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A Deyvillers on me fête : pensez donc, du bataillon, il n’y a que le médecin qui ait vu le feu !</span></p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> Obus à la mélinite. Emile Rimailho (1864-1954) mit au point le frein du canon de 75. Artillerie lourde à tir rapide.</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
<p>&nbsp;</p>

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		<title>25 août 1914 : A 6h alerte. En quelques minutes les compagnies sont à leur poste de combat.</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/08/25/25-aout-1914-a-6h-alerte-en-quelques-minutes-les-compagnies-sont-a-leur-poste-de-combat/</link>
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		<pubDate>Mon, 25 Aug 2014 09:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
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		<description><![CDATA[25 août 1914 Deyvillers (Vosges)


 A 6h alerte. En quelques minutes les compagnies sont à leur poste de combat. Je pars avec mon ambulance, mes infirmiers et mes brancardiers installer mon poste de secours auprès de Malgré-Moi. Une canonnade formidable gronde vers Baccarat – entre Baccarat et Rambervillers.- Du fort des Adelphes on voit à [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">25 août 1914 Deyvillers (Vosges)<br />
</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image49.jpg" rel="lightbox[323]"><img class="alignnone size-medium wp-image-324 colorbox-323" alt="Image49" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image49-225x300.jpg" width="225" height="300" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A 6h alerte. En quelques minutes les compagnies sont à leur poste de combat. Je pars avec mon ambulance, mes infirmiers et mes brancardiers installer mon poste de secours auprès de Malgré-Moi. Une canonnade formidable gronde vers Baccarat – entre Baccarat et Rambervillers.- Du fort des Adelphes on voit à l’œil nu les gros obus allemands éclater dans l’air : petits flocons de fumée vite éteints… Cela dure depuis deux heures du matin. Vers 10h la canonnade ralentit et s’éloigne. On ne voit plus de petits flocons. A 11h on nous donne l’ordre de regagner nos cantonnements. Le bruit court que notre offensive en tenaille aurait réussi et que deux corps d’armée ennemis seraient coupés dans leur retraite.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Tout l’après-midi des bandes d’émigrés traversent Deyvillers. Ils arrivent de Baccarat et des environs. Ils fuient les atrocités, l’incendie, le viol, la fusillade. Ce sont des théories de femmes et d’enfants. Que d’enfants ! Ils sont deux, trois par petite voiture. Sur la capote on a placé le ballot de linge. Les femmes ont mis sur elles ce qu’elles ont de plus beau, et le spectacle est saisissant de ces filles et de ces vieilles femmes trainant dans la poussière des routes leurs robes de soie et leurs souliers vernis.* Tout ce monde-là est haletant de terreur. J’ai vu des physionomies analogues sur les dessins de Georges Scott rapportés des Balkans. Beaucoup arrivent de Blâmont et de Cirey. Ces noms en disent long maintenant. C’est à Blâmont, je crois, que nos troupes ont trouvé cet ordre de réquisition d’un officier allemand invitant les jeunes filles du pays à se rendre immédiatement à tel endroit, elles s’y rendirent et furent méthodiquement violées.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Les récits que nous firent ces quatre officiers du 13</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> corps, tombés épuisés, ce soir, dans notre salle à manger, il faudrait la plume d’un Mirbeau</span><a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a><span style="font-size: medium"> pour les reproduire. Ils reviennent de Sarrebourg. Ils ont vu ce qui s’était passé pendant la 1</span><sup><span style="font-size: medium">ère</span></sup><span style="font-size: medium"> retraite des Allemands sur cette ville : villages incendiés, maison par maison, femmes entassées avec leurs enfants dans une église puis brûlées vives, les hommes fusillés en masse à l’entrée du village, en sorte que nos troupes victorieuses eussent à enjamber cette barrière pantelante. Ces quatre rescapés aux yeux creux, aux joues hâves, aux dents sèches insistent surtout sur les terribles effets de l’artillerie lourde allemande. La précision de son tir est inflexible, renseignée comme elle l’est par les aviateurs. Ceux-ci font tomber de leur appareil un petit explosif qui indique par une légère colonne de fumée la position exacte de l’objectif. Entre autres détails : chaque soldat ennemi possède un fusil, un revolver et un couteau-poignard. Chaque bataillon possède une section d’incendiaires, porteurs d’essence de pétrole. Que les Allemands achèvent les blessés, massacrent les prisonniers, assassinent pendant la nuit les officiers logés chez l’espion-habitant, tout cela est maintenant archi-connu. Les blessés sont unanimes à affirmer l’emploi des balles dum-dum</span><a href="#sdfootnote2sym" name="sdfootnote2anc"><sup>2</sup></a><span style="font-size: medium">.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> De temps à autre, isolés deux par deux passent des blessés. Ils sont tous dans un état de maigreur épouvantable. Ce sont pour la plupart des hommes qui combattent depuis trois semaines et chaque jour.</span></p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> Octave Mirbeau (1848-1917), romancier réaliste, auteur du <i><span style="text-decoration: underline">Journal d’une femme de chambre</span></i></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
<div id="sdfootnote2">
<p><a href="#sdfootnote2anc" name="sdfootnote2sym">2</a> Balle de fusil dont l’ogive ciselée en croix produit des blessures dangereuses. (Emploi interdit à la convention de la Haye en 1899).</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>

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		<title>6 août 1914 : A Epinal, des troupes arrivent par les trains en foules considérables.</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2014 07:32:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
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		<description><![CDATA[6 août 1914 Grande-Colombière
 Le commandant a envoyé le motocycliste du bataillon en reconnaissance du côté de la frontière : il rapporte que nous occupons Dieuze, en Alsace, et que nous marchons rapidement vers Sarrebourg.
 A la Préfecture on affiche les nouvelles officielles : elles parlent de la neutralité de la Belgique violée, des frères Samain fusillés, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">6 août 1914 Grande-Colombière</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le commandant a envoyé le motocycliste du bataillon en reconnaissance du côté de la frontière : il rapporte que nous occupons Dieuze, en Alsace, et que nous marchons rapidement vers Sarrebourg.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A la Préfecture on affiche les nouvelles officielles : elles parlent de la neutralité de la Belgique violée, des frères Samain fusillés, de deux croiseurs allemands pourchassés dans la Méditerranée.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A Epinal, des troupes arrivent par les trains en foules considérables. Le nombre de militaires que déchargent les trains nous confond. C’est un enchevêtrement d’hommes, de chevaux, de bicyclettes, d’automobiles. On voit, mêlés, des territoriaux à des barbes grises, des prêtres, des officiers de toutes les armes, des trésoriers, des gendarmes à buffleteries jaunes, des moines pieds et tête nus, des aviateurs, des conducteurs d’automobiles, des généraux et une énorme proportion de médecins. Un bataillon de chasseurs alpins traverse la ville, musique en tête. Le général Dubail le précède, à pieds, s’appuyant sur une canne. </span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Soudain, un grand mouvement vers un des quais de la gare : on annonce le passage de deux cents uhlans faits prisonniers par les Belges. Les voici, nous les apercevons par les ouvertures des wagons où ils sont entassés : ce sont plutôt des fantassins, ils portent le petit béret, ils sont couverts de boue, leur mine est hâve, ils ont l’air, devant la curiosité de la foule, de bêtes timides.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> A la Grande-Colombière nous menons une vie très confortable. L’un des officiers du génie qui partagent notre « popote », le capitaine Chanoine, nous offre de vider la cave, afin de ne rien laisser à l’ennemi au cas où Epinal succomberait !&#8230; Nous la vidons …</span></p>

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