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	<title>Quatrième de couv &#187; procès</title>
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	<description>Des livres, un peu, beaucoup, passionnément... et autres petits trésors</description>
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		<title>Selon que vous soyez puissant ou misérable&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 01 May 2023 06:47:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un uppercut, ou un coup de poing américain. Constance Debré a l&#8217;art de ne pas laisser indifférent. Son style est affuté, son discours, radical. C&#8217;est à la sortie de son deuxième roman, lu pendant le confinement que je suis tombée dedans. Depuis, j&#8217;ai lu chacun de ses romans (ici et encore là). Happée par le texte, par le style [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/OFFENSES.jpg" rel="lightbox[6287]"><img class="alignleft size-full wp-image-6289 colorbox-6287" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/OFFENSES.jpg" alt="OFFENSES" width="195" height="304" /></a></p>
<p>Un uppercut, ou un coup de poing américain. <strong>Constance Debré</strong> a l&rsquo;art de ne pas laisser indifférent. Son style est affuté, son discours, radical.</p>
<p>C&rsquo;est à la sortie de son deuxième roman, lu pendant le confinement que je suis tombée dedans. Depuis, j&rsquo;ai lu chacun de ses romans (<strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/05/18/lamour-et-lecriture-au-plus-pres-des-choses/">ici</a> </strong>et encore<strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2022/05/24/dire-non-a-une-vie-lamentable/"> là</a></strong>). Happée par le texte, par le style et par la radicalité de son propos. <strong>Constance Debré</strong> porte un nom qui parle : elle est la fille de <strong>François Debré</strong>, la nièce de <strong>Jean-Louis</strong> et de <strong>Bernard</strong>. Elle a grandi avec les codes de la grande bourgeoisie, au milieu des démons de ses parents toxicomanes. Un patronyme lourd à porter, à assumer. Un nom, le sien, qu&rsquo;elle a gardé après s&rsquo;être séparée de tout le reste : son couple, son fils, son métier, sa sexualité, son héritage.</p>
<p>Après <strong><em>Play Boy</em></strong>, <strong><em>Love Me Tender</em></strong> et <em><strong>Nom</strong></em> que l&rsquo;on peut assimiler à une trilogie autobiographique, elle revient avec un quatrième roman et sa première fiction, <em><strong>Offenses.</strong></em></p>
<p>Au fil des pages, nous plongeons dans le glauque d&rsquo;un meurtre de proximité : celui d&rsquo;une vieille femme par son jeune voisin qui lui faisait pourtant régulièrement des courses. Mais une dette de stupéfiants de 450 euros le transforme en assassin. Pas de prénom, pas d&rsquo;adjectif superflu. Une écriture à l&rsquo;os.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-6287"></span></p>
<p>Ancienne avocate pénaliste, <strong>Constance Debré</strong> en a gardé l&rsquo;implacable logique et la terrible fatalité. Pour elle, son ancien métier résonne de manière particulière avec l&rsquo;écriture.</p>
<p><strong>Une vidéo avec l&rsquo;autrice, ici : </strong></p>
<p><a href="https://youtu.be/FVdsf4oZb2I">https://youtu.be/FVdsf4oZb2I</a></p>
<p>Dans l&rsquo;émission <strong>Totémic,</strong> sur France Inter, l&rsquo;autrice a expliqué :  <em>&laquo;&nbsp;C&rsquo;est un métier que j&rsquo;ai aimé parce que c&rsquo;est un peu la même chose qu&rsquo;écrire. C&rsquo;est que ce n&rsquo;est pas un métier, c&rsquo;est une fonction qui commande qu&rsquo;on parle avec tout ce qu&rsquo;on sait à d&rsquo;autres hommes. On essaye de parler, en l&rsquo;occurrence quand on est avocat, pour qui on défend à ceux qui le jugent, mais il ne s&rsquo;agit que de parler de l&rsquo;existence avec cette chose qu&rsquo;on a tous en commun, qui s&rsquo;appelle le langage. Et pour moi, c&rsquo;est absolument la même chose.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Dans <em><strong>Offenses</strong></em>, elle interroge la façon dont la justice est rendue. Selon que vous serez puissant ou misérable ? Elle interroge notre morale, notre rapport au mal et ce que la société en dit en s&rsquo;accrochant à un certain déterminisme social. Pour se rassurer.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong> Page 21 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Dix-neuf ans est-ce que l&rsquo;enfance encore. Il vit chez son père avec sa petite amie et leur fille. Elle a trois ans bientôt ils avaient seize ans quand elle est née. Ils se sont connus à quinze ils ont tout de suite vécu ensemble. Ce n&rsquo;est pas grand chez son père mais c&rsquo;est mieux que chez sa mère à cause des disputes qu&rsquo;il y avait. Il ne travaille pas elle non plus (ils ne font pas d&rsquo;études bien sûr que non) alors ils vivent chez son père, un trois-pièces ici on dit F3. Le même que celui de la vieille, la voisine du dessous, celle qu&rsquo;il a tuée ce matin. Il lui a mis dix coups de couteau il a laissé du sang partout.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 60-61 :</strong><em> &laquo;&nbsp;La prison est quelque chose qui ne vous arrivera pas. C&rsquo;est un monde trop loin du vôtre. C&rsquo;est le cercle juste sous le nôtre. Le village d&rsquo;à côté. Ce n&rsquo;est pas un autre monde. C&rsquo;est le monde où sont punis ceux du dessous pour tous les péchés du monde. Les péchés que vous nous avez délégués, ceux que nous commettons pour vous. Les péchés que nous commettons pour l&rsquo;humanité qui contient tout le mal mais qui le délègue à des gens comme moi, comme nous, comme nous tous qui allons en prison, puisqu&rsquo;on est nés pour ça, puisqu&rsquo;on est nés pour vous servir de toutes les façons possibles, y compris celle-là. Les péchés dont vous vous nourrissez, que nous commettons et que vous punissez. Des péchés que ne sont pas plus les nôtres que les vôtres, les péchés dont la racine, la raison des effets, n&rsquo;est pas celui qui le commet mais dans l&rsquo;humanité tout entière.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 99 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Nous tous, sages comme des images, à bien tenir notre rôle, à travailler quand on peut, à ramasser vos poubelles, à nettoyer vos bureaux ou à remplir vos hyper, à acheter vos produits, à remplir vos prisons, à justifier vos lois, bien courbés dessous qu&rsquo;on est, la loi du marché ou la loi du code c&rsquo;est la même. Quand est-ce que vous nous applaudirez.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p><em> <strong>Offenses, Constance Debré, Flammarion, 17,50€.</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Dans la tête d&#8217;Harvey&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2021/07/22/dans-la-tete-dharvey/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2021/07/22/dans-la-tete-dharvey/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 22 Jul 2021 13:20:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Venus d'ailleurs]]></category>
		<category><![CDATA[agressions sexuelles]]></category>
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		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Harvey Weinstein]]></category>
		<category><![CDATA[metoo]]></category>
		<category><![CDATA[procès]]></category>
		<category><![CDATA[producteur]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
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		<description><![CDATA[En mars 2020, l&#8217;ex-producteur de cinéma Harvey Weinstein était condamné à vingt ans de réclusion pour l&#8217;agression sexuelle au premier degré (sous la contrainte) de l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi, pour un cunnilingus forcé en 2006. Pour le viol au troisième degré (sans contrainte) commis sur l’apprentie actrice Jessica Mann en 2013, il a été condamné à [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/HARVEY.jpg" rel="lightbox[5738]"><img class="alignleft size-full wp-image-5741 colorbox-5738" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/HARVEY.jpg" alt="HARVEY" width="276" height="456" /></a></p>
<p>En mars 2020, l&rsquo;ex-producteur de cinéma <strong>Harvey Weinstein</strong> était condamné à vingt ans de réclusion pour l&rsquo;agression sexuelle au premier degré (sous la contrainte) de l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi, pour un cunnilingus forcé en 2006. Pour le viol au troisième degré (sans contrainte) commis sur l’apprentie actrice Jessica Mann en 2013, il a été condamné à trois ans supplémentaires. Soit 23 ans au total pour ce premier procès. Il a fait appel.</p>
<p>L&rsquo;homme de 69 ans, qui doit rejoindre une prison de Los Angeles, y sera jugé pour de nouvelles procédures de viols et agressions sexuelles sur 5 autres femmes.</p>
<p>Emblématique de l&rsquo;impact du <strong>mouvement #Metoo</strong>, <strong>Harvey Weinstein</strong> avait, fin février été disculpé des deux charges les plus graves, un viol au premier degré de Jessica Mann, et de la circonstance aggravante de comportement « prédateur », qui était passible de la perpétuité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Un sujet, contemporain, qui a inspiré <strong>Emma Cline</strong>. Un sujet casse-gueule ? Pas de quoi inquiéter plus que ça la jeune femme, déjà auteure de <strong>The girls</strong>, dont j&rsquo;avais parlé <strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2016/11/22/quand-les-filles-partent-en-vrille/">ici. </a></strong></p>
<p>Alors, forte de son expérience, la jeune femme a décidé d&rsquo;écrire sur cet homme, l&rsquo;imaginant la veille du verdict, dans une somptueuse villa prêtée par des amis. Là, il croit reconnaître l&rsquo;auteur <strong>Don DeLillo</strong> comme était son voisin temporaire, et imagine déjà un projet commun, sûr d&rsquo;être disculpé.</p>
<p>Pendant 24h, <strong>Emma Cline</strong> se glisse dans le corps malade et l&rsquo;esprit déviant de cet homme autrefois tout puissant. A partir de l&rsquo;histoire, elle en invente une autre. Avec des détails, des faits fictionnels qui donnent plus de poids encore à son personnage.</p>
<p>De ce qu’il a fait, de la sanction qu’il encourt, des souffrances infligées, de l’indignation suscitée : rien n’atteint son cerveau ou sa conscience. Seul le gêne ce bracelet électronique qui lui scie la cheville, l’entravant dans ses déplacements.</p>
<div id="attachment_5745" style="width: 970px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/960x614_harvey-weinstein-arrivee-tribunal-manhattan-24-fevrier-2020.jpg" rel="lightbox[5738]"><img class="wp-image-5745 size-full colorbox-5738" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/960x614_harvey-weinstein-arrivee-tribunal-manhattan-24-fevrier-2020.jpg" alt="960x614_harvey-weinstein-arrivee-tribunal-manhattan-24-fevrier-2020" width="960" height="614" /></a><p class="wp-caption-text">Photo Seth Wenig/AP/SIPA</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Sa fille <strong>Kristin</strong> vient dîner ce soir avec <strong>Ruby</strong>, sa petite-fille. Tout le monde semble penser qu’il joue sa vie, demain. Il ne voit pourtant pas de raison de s’inquiéter, surtout quand il lit les commentaires de soutien sur internet – il y en a –, surtout après la perfusion qui le fait dériver dans l’espace.</p>
<p>Il a tout le temps devant lui. Croit-il.</p>
<p>Un livre court, dense, fort.</p>
<div class="Book-summary" style="text-align: center"> <strong>Extraits </strong></div>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 18-19 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Découvrir les photos avait été une épreuve, plus dure qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait imaginé. On renonçait à un tas de choses, on devait s&rsquo;habituer à la honte, mais pas facile d&rsquo;abandonner totalement la vanité. Harvey clopinant avec son déambulateur, ce costume dont les avocats avaient voulu qu&rsquo;il soit mal ajusté, un peu pas de gamme, pour qu&rsquo;il ait l&rsquo;air, devinait-il, d&rsquo;un cadre moyen. D&rsquo;après eux, plus il faisait pathétique, bien qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas employé ce mot, mieux c&rsquo;était. Ils voulaient que tout le monde ait pitié de lui. Une curieuse posture à adopter, en public du moins. C&rsquo;était une chose qu&rsquo;il faisait sans problème en privé – ma mère est décédée aujourd&rsquo;hui, disait-il en regardant l&rsquo;expression de la fille changer. Je me sens très seul, reste assise près de moi une minute, allonge-toi là, à côté de moi. E tapotant le lit d&rsquo;hôtel encore et encore. Il agrippait un poignet, en faisant une moue triste – viens, disait-il, viens. Sois une gentille fille, ne sois pas revêche. Je t&rsquo;ai fait un massage. Tu peux m&rsquo;en faire un toi aussi. Echange de bons procédés.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 71 :</strong><em> &laquo;&nbsp;L&rsquo;image floue des deux jurées lui apparut : celle qui portait au revers une broche en forme d&rsquo;araignée l&rsquo;autre un chemisier en soie boutonné jusqu&rsquo;en haut et des tresses africaines attachées en chignon serré, qui ne le quittait pas des yeux. Dans toute autre circonstance, il aurait fait attention à elles pendant une demi-seconde. Et encore. Ça l&rsquo;agaçait de devoir penser à elles. Laquelle des deux avait ri quand ils avaient montré des photos de son corps nu ?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 95 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Peut-être que la décision ne serait pas aussi nette qu&rsquo;il l&rsquo;avait supposé, pas aussi rapide et totale. Il se souvenait à peine de toutes les choses qui s&rsquo;étaient produites, et par conséquent il avait écouté avec un certain intérêt les témoignages, au début, curieux d&rsquo;entendre ce qu&rsquo;il avait censé avoir fait. Mais c&rsquo;était vite devenu ennuyeux. Il supposait que tout le monde avait eu la même réaction, que tout le monde s&rsquo;ennuyait de la même manière. &laquo;&nbsp;</em></p>
</blockquote>
<p><em><strong>Harvey, d&rsquo;Emma Cline, Quai Voltaire, La Table Ronde, 14€. Traduit par Jean Esch. </strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Au pied de la colline, l&#8217;enfance nue&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2021/06/14/au-pied-de-la-colline-lenfance-nue/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2021/06/14/au-pied-de-la-colline-lenfance-nue/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 14 Jun 2021 13:06:06 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Sélection Roblès 2021 Le démon de la colline aux loups. Un titre qui laisse penser à un conte. On en est loin. Très loin. Voilà un premier roman percutant, dérangeant. L&#8217;histoire vous colle aux doigts, vous laisse des images. Pas jolies. L&#8217;histoire ? C&#8217;est celle de Duke. Il est en prison. Pour très longtemps. Là, derrière les [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="page">
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CVT_Le-demon-de-la-colline-aux-loups_4282.jpg" rel="lightbox[5630]"><img class="alignleft size-full wp-image-5632 colorbox-5630" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CVT_Le-demon-de-la-colline-aux-loups_4282.jpg" alt="CVT_Le-demon-de-la-colline-aux-loups_4282" width="250" height="325" /></a></p>
<p><strong><span style="color: #0000ff">Sélection Roblès 2021</span></strong></p>
<p><strong><em>Le démon de la colline aux loups</em>.</strong> Un titre qui laisse penser à un conte. On en est loin. Très loin. Voilà un premier roman percutant, dérangeant. L&rsquo;histoire vous colle aux doigts, vous laisse des images. Pas jolies. L&rsquo;histoire ? C&rsquo;est celle de <strong>Duke</strong>.</p>
<p>Il est en prison. Pour très longtemps. Là, derrière les murs, il écrit. Tout. Sur la vieille machine à écrire prêtée par le directeur. Pour ne pas oublier, pour essayer de comprendre. &laquo;&nbsp;Pour &laquo;&nbsp;assurer sa rédemption &nbsp;&raquo; aussi. Pour savoir si tout cela a été causé par le Démon de la Colline aux loups. Cet endroit, il y a vécu. Survécu plutôt. C&rsquo;est là qu&rsquo;il grandit au sein d&rsquo;une famille défaillante, totalement dysfonctionnelle. C&rsquo;est là qu&rsquo;il sera violé à plusieurs reprises par son père. Oui, son père.</p>
<p>L&rsquo;enfant, qui n&rsquo;entendra son prénom pour la première fois qu&rsquo;à l&rsquo;école, où il atterrit sans comprendre, sans savoir. Les services sociaux sont intervenus. La gendarmerie, la justice suivront. <strong>Duke</strong> sera éloigné de cette famille maltraitante, mal-aimante.</p>
<p>Placé dans une famille, puis dans une autre, éloigné de sa fratrie (ils sont six enfants en tout, les deux aînés, <strong>Michael et Jonas</strong>, se sont enfuis depuis longtemps) et de sa soeur adorée. Mais <strong>Duke</strong> craint tellement de réveiller le Démon de la colline aux loups qu&rsquo;il s&rsquo;enfuit de chez Pete et Maria qu&rsquo;il aime pourtant. Il a 16 ans. Une enfance fracassée et une adolescence qu&rsquo;il va carboniser. Dans un squat, il connaîtra la violence, la débrouille, la prostitution&#8230; Mais aussi l&rsquo;amour. Celui de Billy. Une jeune héroïnomane dont il s&rsquo;éprend. Elle finira par se jeter dans le vide sous ses yeux&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La violence reviendra. Terrible. Mortifère. <strong>Duke</strong>, qui est retourné à la colline aux loups, sera arrêté. Jugé. Condamné à perpétuité malgré son discernement altéré. Puis placé en détention. Là, seul après le suicide de son codétenu, il écrit. Fait une introspection et tente de comprendre, accompagné par un prêtre qui ne fera que frôler l&rsquo;horreur des souvenirs, des images, des mots de <strong>Duke</strong>.</p>
<p>Les phrases sont longues, sans virgule. Comme s&rsquo;il fallait impérativement prendre son souffle avant de se lancer dans ce texte étourdissant, un flot d&rsquo;images et de sensations qui mêle les époques, les périodes.</p>
<p>A la lecture de ce premier roman, qui concourt pour le<strong> 31e prix Roblès</strong>, on plonge dans l&rsquo;horreur. Mais aussi dans la littérature. L&rsquo;auteur, <strong>Dimitri Rouchon-Borie</strong>, âgé de 44 ans, côtoie l&rsquo;horreur de près dans son métier. Journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire et le fait divers, ( il travaille pour Le Télégramme, à Saint-Brieuc), il est l&rsquo;auteur d&rsquo;un recueil de chroniques judiciaires qui a d&rsquo;ailleurs servi de trame au roman Ritournelle, publié par Le Tripode, en mai.</p>
<p>Ce premier roman<b> </b>a déjà remporté le prix Première de la RTBF et avait été retenu parmi les quatre finalistes du prix <strong>Goncourt</strong> du premier roman. Qu&rsquo;il n&rsquo;a finalement pas eu.</p>
<p>En mai, j&rsquo;ai interviewé <strong>Dimitri Rouchon-Borie</strong> pour <strong>La Nouvelle République </strong>dans le cadre du prix Roblès. L&rsquo;article paru sur le site internet est <strong><a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/blois/prix-robles-4-6-dimitri-rouchon-borie-ou-le-demon-et-les-mots-de-l-horreur">ici.</a></strong></p>
<h3 style="text-align: center"><strong>Extraits </strong></h3>
<blockquote><p><strong>Page 15 :</strong><em><strong> </strong>&laquo;&nbsp;[&#8230;]Par moments des ombres grandissaient dans la pièce et elles faisaient des bruits sourds et des fois ça hurlait des choses en rapport avec la pisse ou presque toujours en lien avec les conséquences de nos entrailles. Il m’a fallu du temps pour dessiner ces ombres et préciser leurs traits et encore plus de temps pour comprendre que c’étaient des personnes et pas n’importe lesquelles mes parents. J’ai rencontré après des gens qui avaient eu d’emblée un père et une mère avec de l’affection et des histoires comme ça je l’ai lu dans des magazines alors j’ai pu essayer de comparer. Mais moi je vous dis ceci au départ je ne me souviens pas d’avoir vu des personnes. Et je ne sais pas comment ces formes qui s’invitaient dans notre nid nous filaient à bouffer j’ai bien dû croûter sinon je serais mort mais je sais que là non plus je n’aurais pas su identifier ou nommer un repas tout était confondu dans tout. Il y a un moment dans l’enfance où chacun de nous ouvre mieux les yeux et petit à petit mon regard a séparé chaque être du nid pour lui donner un corps à lui.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 129 :</strong><em> &nbsp;&raquo; Je suis resté chez Pete et Maria des années et tout allait bien car leur façon de fabriquer des habitudes me protégeait du Démon. J’ai compris cette chose-là c’est qu’ils s’occupaient de moi et tant qu’ils le faisaient je pouvais compter sur eux c’était comme museler un fauve en lui faisant des caresses. Je sentais bien que j’avais à l’intérieur une trace qui ne partait pas c’était la déchirure de l’enfance c’est pas parce qu’on a mis un pont au-dessus du ravin qu’on a bouché le vide. J’avais le manque des frères et sœurs et je n’osais pas demander parfois on voyait des juges ou des éducateurs et pas un ne me parlait de Clara ou de la Boule est-ce qu’ils pensaient à moi? Petit à petit j’avais commencé à m’intéresser à la solitude qui était une sorte de permanence au-dedans et à la fin on revient toujours à ce qui est constant mais je ne savais pas encore si c’était une porte fermée ou une porte à ouvrir je le tournais comme ça dans ma tête. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 152 :</strong> <em>&nbsp;&raquo; Je ne peux pas expliquer pourquoi j’avais cette intuition que je devais rester lucide c’est comme une sorte de survie et être étourdi c’était tomber à la merci de la menace et ceux qui savent pas ce que c’est d’avoir souffert de ses parents ivres morts n’ont pas l’idée. Moi je pensais que toutes ces choses ça me perdrait plus vite et que le Démon n’avait pas besoin de ça un point c’est tout. Mais la contrepartie c’est que dans ce milieu où j’étais arrivé c’était compliqué de ne pas prendre de dope car ça me gardait une clairvoyance quand tous les autres étaient défoncés et ivres et qu’ils faisaient n’importe quoi en braillant avec des postillons et de la sueur et le visage jaune. Quand ils étaient comme ça fous et dénaturés je me mettais en discrétion pour qu’ils ne m’invectivent pas et qu’ils m’oublient. Parfois je prenais soin de Billy elle devenait presque comme du verre elle restait là à me regarder avec un sourire qui n’en finissait pas et elle tenait mon visage comme le faisait ma sœur c’est comme ça qu’on s’est embrassés la première fois elle a dit t’es mignon on voit bien que tu es pas là juste pour me baiser je haïssais ce mot.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p><em><strong> Le démon de la colline aux loups, Dimitri Rouchon-Borie, Le Tripode, 17€</strong></em></p>
</div>
<p><span id="more-5630"></span></p>
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		<title>Quand les convictions basculent&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/11/17/quand-les-convictions-basculent/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Nov 2020 07:50:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire Un premier roman ? Comme c&#8217;est bizarre Je dois bien avouer qu&#8217;à chaque rentrée littéraire, je les dévore, après une petite sélection quand même. Celui-ci s&#8217;inscrit dans l&#8217;une des thématiques de cette rentrée post-confinement, celle des &#171;&#160;pères singuliers&#160;&#187;. L&#8217;histoire ? Celle d&#8217;un père qui, après la mort de sa femme, assure l&#8217;éducation de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CE-QUIL-FAUT-DE-NUIT-OK.jpg" rel="lightbox[5358]"><img class="alignleft size-full wp-image-5360 colorbox-5358" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CE-QUIL-FAUT-DE-NUIT-OK.jpg" alt="CE QU'IL FAUT DE NUIT OK" width="195" height="326" /></a></p>
<p><strong><span style="color: #00ff00">Rentrée littéraire</span></strong></p>
<p>Un premier roman ? Comme c&rsquo;est bizarre <img src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif" alt=";-)" class="wp-smiley colorbox-5358" /> Je dois bien avouer qu&rsquo;à chaque rentrée littéraire, je les dévore, après une petite sélection quand même. Celui-ci s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;une des thématiques de cette rentrée post-confinement, celle des &laquo;&nbsp;pères singuliers&nbsp;&raquo;.</p>
<p>L&rsquo;histoire ? Celle d&rsquo;un père qui, après la mort de sa femme, assure l&rsquo;éducation de ses deux fils. Tant bien que mal. Il y a <strong>Frédéric</strong> que tout le monde appelle <strong>Fus</strong> depuis des années et son benjamin, surnommé<strong> Gillou</strong>. L&rsquo;un joue au foot quand l&rsquo;autre se plonge dans les livres.  Le père, lui, travaille à la SNCF et s&rsquo;occupe de la section locale du Parti socialiste.</p>
<p>C&rsquo;est lui qui raconte. Les trois années de maladie de la &laquo;&nbsp;moman&nbsp;&raquo;, les études des enfants, le quotidien d&rsquo;un milieu populaire entre un père un peu perdu et deux ados qui grandissent, qui s&rsquo;affranchissent des choix paternels. Et puis la bascule.  Celle qui fait que, progressivement, <strong>Fus</strong> fasse la connaissance de jeunes proches de l&rsquo;extrême droite. Jusqu&rsquo;au drame. Une attaque, une vengeance, un mort, la prison et deux procès.</p>
<p><span id="more-5358"></span></p>
<p>Le père manque parfois de mots, de réactions. Il ne comprend pas. N&rsquo;accepte pas. Entre pudeur et retenue, il voit ses convictions ébranlées et son quotidien s&rsquo;effilocher.</p>
<p>Dans <strong>&laquo;&nbsp;Ce qu&rsquo;il faut de nuit&nbsp;&raquo;</strong>, <strong>Laurent Petitmangin</strong> avait envie de parler &laquo;&nbsp;du sentiment de déception, de son côté parfois irrémédiable. Puis sont venus d&rsquo;autres thèmes  : j&rsquo;ai voulu raconter la relation entre un père et son fils, mettre en évidence la difficulté, la pudeur infinie de cette relation, interroger l&rsquo;incapacité d&rsquo;un père à trouver les mots. Je voulais aussi raconter un certain monde. Ce roman n&rsquo;est pas autobiographique, mais il se nourrit de ma vie, bien sûr .&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>Laurent Petitmangin</strong>, quinquagénaire, grand lecteur, travaille à Air France et écrit depuis une dizaine d&rsquo;années. Il entasse les manuscrits dans ses tiroirs, apprend-on.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 30-31 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Il y avait déjà trois mois que la moman était partie, j&rsquo;avais évacué la peur de ne pas y arriver, de ne pas faire face à tout ce qu&rsquo;il y avait à organiser, à gérer. Tout ce que j&rsquo;avais déjà entrevu depuis trois ans. C&rsquo;était terrible à dire, mais c&rsquo;était presque plus facile maintenant qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus l&rsquo;hôpital, les soirées et les dimanches passés à attendre. Presque plus facile. Si elle m&rsquo;avait entendu. C&rsquo;était pourtant vrai, et les vacances n&rsquo;avaient jamais autant mérité leur nom. Plusieurs fois, je les avais emmenés casser la croûte à Luxembourg-ville. On s&rsquo;était fait la promenade des remparts, puis on était allés dans un petit restaurant où on attendait des heures, il y avait du monde, les enfants s&rsquo;étaient impatientés tellement ils avaient faim, mais les énormes steaks et les grosses frites, presque un quart de patate chacune, n&rsquo;en étaient que meilleures.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 113 :</strong><em> &nbsp;&raquo; [&#8230;] Ils voulaient savoir qui l&rsquo;avaient amoché de la sorte, et le fait que je l&rsquo;aie retrouvé comme ça ne validait rien de mon innocence à leurs yeux. Ils m&rsquo;avaient demandé ce que j&rsquo;avais fait le matin, avant d&rsquo;aller à Metz. Ce qui ne leur plaisait pas, c&rsquo;était que j&rsquo;ai emmené moi-même Fus à l&rsquo;hôpital. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 157 :</strong><em> [&#8230;] Tout m&rsquo;était insurmontable. Je portais sur le visage la détention de mon fils. L&rsquo;avocat n&rsquo;avait cessé de m&rsquo;appeler immédiatement après le procès. Il s&rsquo;était d&rsquo;abord contenté de messages courts, &laquo;&nbsp;Rappelez-moi s&rsquo;il vous plaît &nbsp;&raquo; puis, comme je ne répondais à aucun de ses appels, il s&rsquo;était épanché. Une longue supplique où il me disait que ce n&rsquo;était pas son intérêt financier de faire le forcing et de repasser du temps sur ce dossier &#8211; il m&rsquo;avait rappelé dans son message haletant, énervé, que ses émoluments rentraient strictement dans le cadre de l&rsquo;aide que nous avions touchée et que ce n&rsquo;était donc pas avec ça qu&rsquo;il allait gagner le moindre argent -, mais que ce n&rsquo;était pas la question, qu&rsquo;il fallait y aller. Il l&rsquo;avait redit plusieurs fois. Sur tous les tons possibles : &laquo;&nbsp;Une simple question de justice.&nbsp;&raquo; Il avait rajouté qu&rsquo;il me revenait de convaincre mon fils et qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas l&rsquo;éternité pour le faire. Je n&rsquo;en avais pas envie. Pas plus que je n&rsquo;avais envie de le visiter en prison.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Ce qu&rsquo;il doit à la nuit&nbsp;&raquo;, Laurent Petitmangin, La Manufacture de livres, 16,90€. </strong></em></p>
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		<item>
		<title>Hommes, femmes&#8230; mode d&#8217;emploi</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2019/10/20/hommes-femmes-mode-demploi/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Oct 2019 10:02:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rentrée littéraire Je n’avais, sauf oubli de ma part, jamais ouvert un roman de Karine Tuil. Le onzième de ses écrits est arrivé sur mon bureau alors je l’ai ouvert. « Les choses humaines » nous parle de nous, de l’air du temps. C’est d’ailleurs ce que lui reproche plusieurs critiques lues ces dernières semaines. L’ère post «#metoo » pour être plus [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ffcc00">Rentrée littéraire</span></strong></p>
<p class="western"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/41Zm6vtAysL._SX195_.jpg" rel="lightbox[4878]"><img class="alignleft size-full wp-image-4885 colorbox-4878" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/41Zm6vtAysL._SX195_.jpg" alt="41Zm6vtAysL._SX195_" width="195" height="285" /></a>Je n’avais, sauf oubli de ma part, jamais ouvert un roman de <b>Karine Tuil</b>. Le onzième de ses écrits est arrivé sur mon bureau alors je l’ai ouvert. <b>« Les choses humaines » </b>nous parle de nous, de l’air du temps. C’est d’ailleurs ce que lui reproche plusieurs critiques lues ces dernières semaines. L’ère post «#metoo » pour être plus précise.</p>
<p class="western">Au fil des pages, on parle de sexe, de violence sexuelle, de rapports entre hommes et femmes. A l’aune de l’actualité qui ne laisse plus rien passer, et c’est heureux.</p>
<p class="western">L’histoire ? Elle se passe aujourd’hui. <strong>Jean Farel</strong>, 70 ans, fait de la résistance à la télévision et sur les ondes. L’homme, qui s’est fabriqué tout seul, est au faîte de sa carrière. Il est marié à <strong>Claire</strong>, essayiste reconnue, de 27 ans sa cadette. Ils ont un fils, <strong>Alexandre</strong>, brillant étudiant, mais cependant fragile, alors en chemin vers une prestigieuse université américaine, Stanford. Il tente de se remettre d’une douloureuse rupture amoureuse avec une femme plus âgée, et déjà dans les sphères du pouvoir.</p>
<p class="western"><span id="more-4878"></span></p>
<p class="western">Mais un jour, tout bascule. Le couple ne partage déjà plus grand-chose – <strong>Claire</strong> a quitté Jean pour<strong> Adam</strong>, professeur de français, juif, père de deux filles qui a laissé son ex-épouse rejoindre Brooklyn pour vivre son judaïsme de manière plus radicale. <strong>Jean</strong>, lui, passe désormais un plus de temps avec<strong> Françoise,</strong> cette femme de son âge avec laquelle il mène une double vie depuis plusieurs décennies déjà.</p>
<p class="western">Un soir, leur fils <strong>Alexandre</strong> aura une relation sexuelle avec <strong>Mila</strong>, la fille aînée d’<strong>Adam.</strong> Consentie ? Contrainte ? C’est tout l’enjeu du roman qui, dans sa deuxième partie ( la plus intéressante du reste) nous plonge dans les longues journées d’un procès pour viol, devant une cour d’assises, donc. Et pour suivre ce type de procès depuis plusieurs années maintenant, rien ne manque.<strong> Karine Tuil</strong> a d’ailleurs expliqué avoir passé beaucoup de temps à observer, à écouter durant ce type de procès.</p>
<p class="western">Son histoire, elle l’a d’ailleurs tirée d’un fait divers américain, dit l’affaire de Stanford. Une jeune fille accusait un brillant étudiant de l’avoir obligée à une relation sexuelle. Promis à un bel avenir, devait-on le condamner ?</p>
<p class="western">Les mêmes ressorts sont déroulent ici. Entre une mère qui culpabilise. Un père qui ne veut pas perdre la face ni l’antenne. Et un fils qui, à mon avis, in fine, n’a rien compris. De quoi arpenter en tous sens l’idée du consentement. La &nbsp;&raquo; zone grise &nbsp;&raquo;  qui certains mettent en avant pour justifier leurs actes ? Elle n’existe pas selon<strong> Karine Tuil</strong>. Elle cache seulement le déni. Trop répandu cependant. Dommage que dans le livre, tout cela ne soit pas redit avec force. Un flou subsiste, je trouve.</p>
<p class="western">Quid de la jeune victime, jeune femme au parcours chaotique ? Sa parole sera décortiquée, mise en doute, ignorée pour enfin être entendue. Reste que, comme dans la fable de La Fontaine, &laquo;&nbsp;selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir &laquo;&nbsp;…</p>
<p class="western" align="center"><b>Extraits</b></p>
<blockquote>
<p class="western" style="text-align: left" align="left"><b>Pages 78-79 : </b><i>« Pour la première fois de leur vie, ils avaient cessé d’exister pour leurs familles, il y avait une forme d’égoïsme dans ce repli amoureux qui contredisait leurs valeurs profondes, tout ce qu’ils avaient été jusqu’àlors, des époux fidèles, des parents attentifs, et en dépit de ce qu’ils interprétaient dans les moments où les remords étaient trop vifs comme une trahison intime, cela avait été la période la plus heureuse de leur vie. »</i></p>
<p class="western" style="text-align: left" align="left"><i></i><b>Page 250 : </b><i>« Pour Claire, le dilemme, c’était de vivre avec une telle promesse de réorganisation sociétale – les femmes racontaient enfin ce qu’elles avaient vécu, quelque chose d’important se jouait là dans cette réappropriation publique de leur valeur cette écoute attentive de leur parole – et, dans le même temps, d’analyser avec le plus d’objectivité possible ce qui était raconté au procès alors que, sous le prisme de l’émotion et de l’affectivité, tout lui paraissait vicié, excessif, à charge – son fils risquait jusqu’à quinze ans de prison et elle devait l’accabler ? Toute sa vie durant, elle n’avait fait qu’agir en contradiction avec les valeurs qu’elle prétendait publiquement défendre. C’était ça, la violence : le mensonge – une représentation falsifiée de son existence. Le déni : la voie qu’elle avait substituée au réel pour pouvoir le supporter. »</i></p>
<p class="western" style="text-align: left" align="left"><b>Page 281 : </b><i>« “Reconnaissez-le, on est dans la zone grise : il pensait qu’elle voulait avoir cette relation et elle n’a pas exprimé son refus catégorique. Lui a déjà grandement payé pour ce qui s’est passé : il n’a pas pu faire ses études à Stanford, sa carrière aux Etats-Unis est gâchée à tout jamais, il a abandonné ses entraînements, il est en prison, il a été tellement battu par les détenus qu’il ne sort plus de sa cellule, il ne dira rien mais il est détruit et je ne suis pas sûr qu’il s’en remette. Alexandre est une bonne personne, tous ses amis l’ont dit : il est sain d’esprit, loyal, courageux, combatif, c’est pourquoi je pense qu’il serait injuste de détruire la vie d’un garçon intelligent, droit, aimant, un garçon à qui jusqu’à présent tout a réussi, pour vingt minutes d’action” »</i></p>
</blockquote>
<p class="western" align="left"><i><b>« Les choses humaines », Karine Tuil, Gallimard, 21€</b></i></p>
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		<item>
		<title>Dans l&#8217;intimité du bourreau, pour comprendre</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2018/05/30/dans-lintimite-du-bourreau-pour-comprendre/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 May 2018 07:30:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce livre-là  n&#8217;est pas un roman. C&#8217;est une plongée dans l&#8217;horreur, un voyage au plus près d&#8217;une vérité. Et un terrible constat d&#8217;échec. Comment Dominique Cottrez a pu, le 2 juillet 2015, être condamnée par la cour d&#8217;assises du Nord à 9 ans de prison pour huit infanticides ( le plus important jamais découvert). A [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Ce livre-là  n&rsquo;est pas un roman. C&rsquo;est une plongée dans l&rsquo;horreur, un voyage au plus près d&rsquo;une vérité. Et un terrible constat d&rsquo;échec. Comment <strong>Dominique Cottrez</strong> a pu, le 2 juillet 2015, être condamnée par la cour d&rsquo;assises du Nord à 9 ans de prison pour huit infanticides ( le plus important jamais découvert).</p>
<p>A 51 ans, cette femme obèse à la voix douce, a tenté d&rsquo;expliquer. Mais, bouleversante de vulnérabilité comme l&rsquo;ont raconté les chroniqueurs judiciaires, elle est cependant restée cadenassée dans ses mystères. Nombreux. Opaques.</p>
<p><strong>La journaliste Ondine Millot</strong>, elle, a voulu comprendre. Pas pour faire du voyeurisme. Mais pour prévenir. Pour que cela n&rsquo;arrive plus. Elle a écrit <strong>&laquo;&nbsp;Les monstres n&rsquo;existent pas, au-delà du fait divers&nbsp;&raquo;. </strong></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/MONSTRES.jpeg" rel="lightbox[4249]"><img class="alignleft wp-image-4250 size-medium colorbox-4249" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/MONSTRES-188x300.jpeg" alt="MONSTRES" width="188" height="300" /></a></p>
<p>Entre 1989 et 2000, <strong>Dominique Cottrez</strong>, mère de famille, aide-soignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. A chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit.</p>
<p><strong>Ondine Millot</strong> rencontre <strong>Dominique Cottrez</strong> cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre  : l&rsquo;enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches.</p>
<p>Au fil des rencontres dans le petit studio occupé par <strong>Dominique Cottrez</strong> et son mari <strong>Pierre-Marie</strong> en attendant le procès, <strong>Ondine Millot</strong> va sonder, relier des fils d&rsquo;une vie. Pas simple. <strong>Dominique Cottrez</strong> est une femme qui résume un demi-siècle de son existence en dix phrases. Une mère douce et attentive, une épouse dévouée, une aide-soignante si appréciée&#8230;</p>
<p>Au fil du temps, une amitié se tisse. <strong>Ondine Millot</strong> ne le cache pas. Mais n&rsquo;excuse ni ne cautionne rien. Impossible. La clé réside-t-elle dans la petite enfance de <strong>Dominique</strong> ? L&rsquo;enfant a été littéralement gavée. De fait, on ne l&rsquo;entend pas, toujours contentée.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-4249"></span></p>
<p>A l&rsquo;âge adulte, la jeune femme continue à se cacher. Tombe amoureuse et enceinte. Sans le savoir. Sans pouvoir le dire. Humiliée alors que l&rsquo;accouchement vient de commencer, elle mettra tout en oeuvre pour ne jamais plus se laisser ausculter par le corps médical. L&rsquo;engrenage est en place. Elle tombera enceinte, accouchera seule, en silence. Etouffera chacun des bébés, les gardera au pied du lit conjugal. Deux ont pourtant été enterrés. <strong>Dominique Cottrez</strong> a toujours indiqué que ce n&rsquo;était pas elle qui l&rsquo;a fait. Un secret de plus dans cette affaire hors-normes.</p>
<p>Pendant l&rsquo;instruction, elle expliquera avoir été victime d&rsquo;inceste de la part de son père, pour finalement avouer, lors du procès, qu&rsquo;elle a tout inventé. Séisme à l&rsquo;audience, tsunami dans la famille. <strong>Dominique Cottrez</strong> restera, pour certains, inaccessible. Entre contradictions et revirements.</p>
<p>Son mari ne verra rien, ne demandera rien. Aujourd&rsquo;hui encore, il attend qu&rsquo;elle sorte de prison. Pour reprendre leur vie simple, entourés de leurs deux filles <strong>Emeline</strong> et <strong>Virginie</strong>, de leurs petits-enfants.</p>
<p>Au fil des pages et des discussions, une histoire se fait jour. <strong>Ondine Millot</strong> a rencontré les filles, les oncles et tantes de <strong>Dominique Cottrez.</strong> Ses avocats aussi. Tout comme des magistrats, des experts, les enquêteurs.</p>
<p><strong>&laquo;&nbsp;Qualifier un criminel de monstre est un échec pour la société&nbsp;&raquo;</strong>, explique<strong> Ondine Millot</strong>. Une raison suffisante pour plonger dans son livre. Terrible et passionnant.</p>
<p><strong> Retrouvez ici la chronique d&rsquo;une partie du procès (&laquo;&nbsp;Le Monde&nbsp;&raquo;). </strong></p>
<p><a href="http://urlz.fr/774Z">http://urlz.fr/774Z</a></p>
<p><strong>Ondine Millot explique sa démarche ici : </strong></p>
<iframe width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/qQAaT3RMyNs?feature=oembed" frameborder="0" allow="autoplay; encrypted-media" allowfullscreen></iframe>
<p style="text-align: center"><strong> Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong> Page 71 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Voilà pourquoi je revenais dans la bourgade humide près de Lens. Pourquoi je voulais y retourner jusqu&rsquo;à comprendre ce qui avait mené à la mort les nouveau-nés de Dominique Cottrez. Leur mère n&rsquo;était pas l&rsquo;unique responsable. On ne naît pas meurtrier, on ne le devient pas tout seul. Ses parents, son mari, son entourage avaient joué leur part. Ses maternités cachées, sa détresse avaient grossi sous les yeux de tous. Si l&rsquo;on refuse d&rsquo;observer ces engrenages, on ne peut pas les empêcher. Voilà ce qui guidait mes pas jusqu&rsquo;au petit studio : l&rsquo;espoir d&rsquo;aider à voir. D&rsquo;aider à éviter, ne serait-ce qu&rsquo;une fois. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Mais je l&rsquo;ai choisie, elle, m&rsquo;ont fait remarquer mes amis, pourquoi ? J&rsquo;avais couvert tant d&rsquo;autres affaires, écrit d&rsquo;autres tragédies. Pourquoi celle-là ? demandaient-ils. J&rsquo;ai mis du temps à oser formuler ma réponse, elle était pourtant évidente. Parce que, pour la première fois, j&rsquo;avais accès au bourreau.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 125 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Au mois d&rsquo;août 2015, après le procès, j&rsquo;ai demandé à Jacqueline et Bernard s&rsquo;ils accepteraient de me rencontrer. Je voulais qu&rsquo;ils m&rsquo;en disent plus sur ce gavage, qui me semblait une clé essentielle pour comprendre Dominique. Dans plusieurs ouvrages sur les rapports mère-enfant, les grossesses cachées, les infanticides, j&rsquo;avais lu que nourrir sans arrêt son bébé sans lui laisser le temps d&rsquo;éprouver la faim, la demande puis la satisfaction, revenait à l&rsquo;empêcher d&rsquo;expérimenter la relation à l&rsquo;autre. Que les pleurs d&rsquo;un nourrisson prenaient progressivement pour lui le sens d&rsquo;un appel, qui amenait une réponse, la nourriture, les bras. Que dans le gavage inversement rien n&rsquo;avait de sens : pas de cris, pas de demande puisqu&rsquo;elle est en permanence devancée, pas de communication. L&rsquo;enfant n&rsquo;existe pas comme une personne autorisée à réclamer et ressentir. Il est privé de désir.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 217 : </strong><em>&laquo;&nbsp;Pendant onze années, de 1989 à 2000, les grossesses cachées, les accouchements, les meurtres se sont enchaînés presque en continu. Une maternité s&rsquo;achevait, une autre démarrait dès que Dominique était à nouveau fertile. Enceinte neuf mois sur douze, les trois quarts du temps. Ce cycle morbide était devenu sa façon de vivre. Elle lavait les personnes âgées en ayant des contractions, préparait le dîner pour sa famille tandis que son ventre de plus en plus douloureux se serrait, accouchait seule dans la nuit, retournait travailler le lendemain. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Huit fois de suite, sans jamais une complication à l&rsquo;accouchement qui vienne interrompre. “Au contraire, reconnaît Dominique, c&rsquo;était de plus en plus facile. L&rsquo;expulsion était plus rapide.” Elle pense que tous sont nés à terme, car tous lui ont semblé être “de gros bébés”. Les autopsies le confirment.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Les monstres n&rsquo;existent pas, au-delà du fait divers&nbsp;&raquo;, Ondine Millot, Stock, 19,50 euros</strong></em></p>
<p style="text-align: left">
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		<title>Madeline au milieu des loups&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2018/01/03/madeline-au-milieu-des-loups/</link>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2018 09:26:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; Une histoire étrange. Vraiment. Et un premier roman extrêmement réussi, parce que dérangeant, et comme je le disais, étrange. Une histoire de loups, donc. Reste à savoir qui ils sont vraiment&#8230; L&#8217;histoire ? C&#8217;est celle de Madeline, une jeune fille de 15 ans qui vit dans le Minnesota. Elle vit dans une cabane très [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/LOUPS-OK.jpg" rel="lightbox[4117]"><img class="alignleft wp-image-4121 size-medium colorbox-4117" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/LOUPS-OK-204x300.jpg" alt="LOUPS OK" width="204" height="300" /></a>Une histoire étrange. Vraiment. Et un premier roman extrêmement réussi, parce que dérangeant, et comme je le disais, étrange. Une histoire de loups, donc. Reste à savoir qui ils sont vraiment&#8230; L&rsquo;histoire ? C&rsquo;est celle de <strong>Madeline</strong>, une jeune fille de 15 ans qui vit dans le Minnesota. Elle vit dans une cabane très mal équipée au fond des bois. Ses parents ont, autrefois, vécu dans une communauté. Avant de tout recommencer autrement. Mais toujours à l&rsquo;écart des autres.</p>
<p><strong>Madeline</strong> a grandi comme ça. Débrouillarde, sauvage et différente. Chaque jour, l&rsquo;adolescente pauvre férue de la vie des loups, avale des kilomètres à pied pour aller en cours. Et s&rsquo;enfuit dans les bois et sur les lacs dès que possible. A l&rsquo;écart. Sa vie change avec l&rsquo;arrivée d&rsquo;une famille dans la maison de l&rsquo;autre côté du lac. Un couple d&rsquo;intellectuels (<strong> Leo</strong>, un enseignant-chercheur et <strong>Patra</strong>, son ancienne élève ) et son fils, le petit <strong>Paul</strong>.</p>
<p><strong>Madeline</strong>, qu&rsquo;ils ne connaissent que sous le prénom de <strong>Linda,</strong> va peu à peu entrer dans ses trois vies. <strong>Linda</strong> va garder le petit Paul et pénétrer dans l&rsquo;intimité de cette famille atypique où un drame se joue. Derrière l&rsquo;image d&rsquo;une famille moderne, le carcan de la religion(Leo est un scientiste chrétien de la troisième génération) et, in fine, la mort pourtant évitable du petit <strong>Paul</strong>.</p>
<p>Au fil des pages <strong>Madeline</strong>, désormais adulte, se souvient. Raconte les heures passées auprès d&rsquo;eux, le procès qui suivra la mort de l&rsquo;enfant, aussi. Des flashs-backs qui permettent de reconstituer cette vie à l&rsquo;écart, au milieu des années 80.</p>
<p>Un roman très bien écrit, sensible et dérangeant par la personnalité de <strong>Madeline</strong>, trop souvent livrée à elle-même, par celle de <strong>Leo</strong>, intransigeant dans sa foi, et celle de <strong>Patra</strong>, empêtrée dans ses contradictions.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 68 :</strong><em>&nbsp;&raquo; Je jetai un oeil sur la mère et vit qu&rsquo;elle avait le menton boutonneux, les sourcils épilés. Il y avait du vomi sur sa veste Teddy et une paille Pixy Stix dépassait du coin de sa bouche, comme une caricature de paysan mâchonnant un brin d&rsquo;herbe. Elle aurait pu être n&rsquo;importe laquelle des Karens de ma classe d&rsquo;ici quelques années, et quand je m&rsquo;en rendis compte j&rsquo;eus envie de rire, mais pas parce que c&rsquo;était drôle. Les filles qui restaient à Loose River après le lycée tombaient enceintes et se mariaient à dix-huit ans avant de s&rsquo;installer dans le sous-sol de leurs parents ou dans un camping-car au fond du jardin. Voilà ce qui arrivait quand on était suffisamment jolie pour devenir pom-pom girl, mais pas suffisamment intelligente pour aller à l&rsquo;université. Et si on n&rsquo;était pas suffisamment jolie, on trouvait un emploi dans un casino ou une maison de retraite à Whitewood.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 131 :</strong><em> &nbsp;&raquo; Plus tard, en vue de l&rsquo;audience, ils me demanderaient sans cesse pourquoi je n&rsquo;avais pas posé plus de questions dès le début. Qu&rsquo;avez-vous pensé du Dr Leonard Gardner lors de votre première rencontre ? Comment décririez-vous le couple en tant que parents ? Quel genre de soins prodiguaient-ils ? Il me serait difficile d&rsquo;expliquer que je n&rsquo;avais pas posé de questions parce qu&rsquo;ils étaient tous deux exceptionnellement, presque insupportablement gentils. Quand &laquo;&nbsp;Paul se met à parler des grands voiliers avec entrain, Patra lui apporta un verre de jus ambré et s&rsquo;agenouilla devant lui. Il descendit le jus en un temps record, tendit le verre à sa mère. Mais elle ne se releva pas tout de suite &#8211; elle posa la tête sur ses genoux recouverts de l&rsquo;édredon. Leo lui caressa les cheveux et Paul fit de même, avec sa main gantée. J&rsquo;avais honte d&rsquo;être témoin de cette scène, pourtant je n&rsquo;arrivais pas à détourner le regard. Je ne pouvais rien faire d&rsquo;autre que rester là en silence, suivant le tracé rugueux des griffures laissées par le chat sur mes bras.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 260-261  :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Accusés d&rsquo;homicide, les Gardner furent acquittés par dérogation religieuse trois semaines plus tard. Je cessai de m&rsquo;informer sur leur compte après la conclusion du procès de Whitewood. Ma déposition faite, je rentrai avec ma mère dans le pick-up emprunté, mangeai trois sandwichs au beurre de cacahuètes à la suite et partis pêcher des brochets. Pêchai, pris ma première cuite, oubliai. La cabane de l&rsquo;autre rive resta inoccupée pendant plusieurs mois ; je n&rsquo;y suis jamais retournée, je ne me suis pas arrêtée pour regarder les nouveaux propriétaires installer leur barbecue et leur filet de badminton l&rsquo;été suivant.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong> &laquo;&nbsp;Une histoire des loups&nbsp;&raquo;, Emily Fridlund, Gallmeister, 22,40 euros.</strong></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le prix d&#8217;un si lourd silence&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2016/05/26/le-prix-dun-si-lourd-silence/</link>
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		<pubDate>Thu, 26 May 2016 07:06:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
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		<description><![CDATA[Sélection prix Roblès 2016   Lire des livres non choisis n&#8217;est pas toujours simple ! La preuve avec &#171;&#160;Je me suis tue&#160;&#187; de Mathieu Menegaux qui, pour moi, aura été la véritable mauvaise surprise de cette sélection 2016 du prix Roblès. L&#8217;histoire ? Elle me parait capillotractée. Trop. Claire est une quadragénaire à qui tout [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ff6600">Sélection prix Roblès 2016</span></strong></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Je-me-suis-tue.jpg" rel="lightbox[3586]"><img class="alignleft size-full wp-image-3588 colorbox-3586" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Je-me-suis-tue.jpg" alt="Je me suis tue" width="195" height="307" /></a>  Lire des livres non choisis n&rsquo;est pas toujours simple ! La preuve avec <strong>&laquo;&nbsp;Je me suis tue&nbsp;&raquo;</strong> de <strong>Mathieu Menegaux</strong> qui, pour moi, aura été la véritable mauvaise surprise de cette sélection 2016 du<strong> prix Roblès.</strong></p>
<p>L&rsquo;histoire ? Elle me parait capillotractée. Trop. <strong>Claire</strong> est une quadragénaire à qui tout avait réussi. Enfin presque. Au début du livre, on la retrouve à la prison des femmes de Fresnes. Son procès devant les assises s&rsquo;est ouvert. D&rsquo;ici quelques heures, le verdict sera rendu. Mais Claire n&rsquo;a toujours rien expliqué sur le drame dont elle s&rsquo;est rendue coupable.</p>
<p>Un drame en plusieurs. Le viol d&rsquo;abord. Celui qu&rsquo;elle subi un soir alors qu&rsquo;elle rentre d&rsquo;un dîner. Elle ne dira rien. A personne. Et tombera enceinte. De son violeur ? C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle va croire des mois durant.  Et se tromper cependant. L&rsquo;enfant, Pierre, est bien le fils de son mari Antoine. Mais le ver est dans le fruit. Le mensonge, le silence, le doute. Leur histoire explose et Claire implose. Jusqu&rsquo;à commettre l&rsquo;irréparable.  Par deux fois.</p>
<p>Le portrait d&rsquo;une femme torturée écrit par un homme,  quadragénaire et conseil en management. Une histoire dans laquelle je ne suis pas entrée. Trop alambiquée. Et le fait, pour l&rsquo;auteur d&rsquo;user et d&rsquo;abuser de paroles de chansons est, de mon point de vue, assez exaspérant.</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong> Pages 12-13 :</strong><em> &laquo;&nbsp;C&rsquo;est décidé, je vais faire le mur, donc. Tout est prêt. Je vais franchir les murs d&rsquo;enciente sans échelle, sans grappin, sans draps noués, je vais voler au-dessus des fils de fer barbelés sans ailes, disparaître sans trucage, m&rsquo;évanouir sans arme, sans haine, ni violence. Demain matin je pars. Dès que j&rsquo;aurai fini de noircir ces pages sur mon lit à barreaux, et de les mettre en ordre.  Je vais pouvoir oublier, enfin. L&rsquo;écriture est la dernière étape de mon chemin de croix. Je ne compte pas revenir au troisième jour. Ils ne me reverront pas.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 100-101 :</strong> &laquo;&nbsp;<em>Depuis six mois, pas une fois, je ne m&rsquo;étais égarée comme ça. Je n&rsquo;y avais plus jamais pensé. J&rsquo;avais réussi mon pari, oublié le viol, enfoui les doutes, balayé les évidences, construit ma forteresse et creusé de telles douves qu&rsquo;elle était devenue imprenable. Je l&rsquo;avais renforcée jour après jour et d&rsquo;un coup elle se fissurait, elle tombait en ruine, comme sous l&rsquo;impact d&rsquo;un soudain tremblement de terre. Ce tsunami de douleur allait finir par emporter toutes mes certitudes sur son passage.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Je me suis tue&nbsp;&raquo;, Mathieu Menegaux, Grasset.</strong> </em></p>
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