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	<title>Comme en 14 &#187; Chapelotte</title>
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	<description>Une plongée dans le quotidien de la Grande Guerre</description>
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		<title>7 octobre 1914. Les patrouilles reprennent leur service.</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Oct 2014 07:00:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Alencombe]]></category>
		<category><![CDATA[Allarmont]]></category>
		<category><![CDATA[Badonviller]]></category>
		<category><![CDATA[Chapelotte]]></category>
		<category><![CDATA[Gassier]]></category>
		<category><![CDATA[Le Folcalvez]]></category>
		<category><![CDATA[Maurice Bedel]]></category>
		<category><![CDATA[Thiaville]]></category>

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		<description><![CDATA[7 octobre 1914. Chalet de Thiaville
5h- Les patrouilles reprennent leur service. Il fait à peine jour : dans le brouillard épais qui bloque notre étroite vallée, le clair de lune et l’aube mêlent leurs froides lumières.
 Je vais monter à la Chapelotte voir comment a dormi le capitaine Le Folcalvez sur son lit de fougères.

10h- Hé [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">7 octobre 1914. Chalet de Thiaville</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">5h- Les patrouilles reprennent leur service. Il fait à peine jour : dans le brouillard épais qui bloque notre étroite vallée, le clair de lune et l’aube mêlent leurs froides lumières.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je vais monter à la Chapelotte voir comment a dormi le capitaine Le Folcalvez sur son lit de fougères.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image58.jpg" rel="lightbox[682]"><img class="alignnone size-medium wp-image-705 colorbox-682" alt="Image58" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image58-300x269.jpg" width="300" height="269" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">10h- Hé bien, il m’en arrive une aventure ! En me rendant à la Chapelotte, je passe par Alencombe, où je trouve Gassier enfoncé dans son cache-nez et cropetonné (</span><span style="font-size: medium"><i>sic</i></span><span style="font-size: medium">) sous un abri de terre. Il me propose quatre hommes qui m’accompagneraient jusqu’au col : depuis l’incident d’hier soir on se défie. Je le remercie ; comme il fait un joli soleil qui dore les masses des hêtres et argente le brouillard, je ne puis pas croire au danger.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Et me voilà parti seul sur le chemin que j’ai vingt fois gravi. Je m’amuse aux dessins des toiles d’araignée couvertes de rosée. En passant au petit poste de Gassier, j’apprends que des patrouilles ont sillonné les bois de gauche sans rien voir. Je m’avance donc en toute confiance. Je n’ai pas pris de fusil et par hasard j’ai gardé mon brassard sur la manche de mon manteau.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Arrivé à un grand tournant du chemin vers lequel descend un ravineau, j’entends un bruit de pas à ma gauche ; je pense à des patrouilleurs français. Je regarde. Là, au-dessus de moi, à trente mètres, deux Allemands s’avancent, l’arme à la main, marchant l’un derrière l’autre. Mon sang ne fait qu’un tour et je n’ai qu’une idée, dans mon trouble : les faire prisonniers. Je m’arrête au bas du sentier qu’ils descendent et, sortant mon gros revolver, je les en menace en leur criant : « Rendez-vous, rendez-vous ! ». Ils s’arrêtent, ils semblent hésiter, puis reprennent leur marche vers moi, sans faire le moindre geste de menace. Je me dis : ils ne jettent pas leur fusil à terre, c’est donc qu’ils ne veulent pas se rendre… ils se dirigent vers moi, c’est donc qu’ils cherchent à me faire prisonnier. » Et je tire dessus. Les voilà aussitôt qui détalent à toutes bottes, grimpant le sentier des pieds et des mains : je les injurie, je les traite de toutes sortes de noms d’animaux, je vocifère ; à mes cris, le second se retourne, je crois qu’il va épauler ; je me place derrière un tas de bois et cette fois-ci, visant convenablement, j’essaie de lui envoyer une balle : mon revolver ne marche pas ! Les deux premières balles sont parties, impossible de déclancher le chien sur la troisième cartouche… Mauvaise minute ! Alors, je me retourne et, faisant semblant d’appeler des hommes derrière moi je fais de grands gestes et je crie : « Feu ! Feu ! »… L’Allemand, qui ne s’était arrêté qu’une seconde, et, qui évidemment, ne se doutait pas de l’arrêt de mon revolver, repart en courant et disparait avec son camarade au sommet du sentier.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je me précipite vers le poste de la 8</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> Cie, à la Chapelotte, qui est à 200 m de là ; on m’a entendu tirer. Déjà des hommes s’apprêtaient à partir dans ma direction, avec lt. Blanchon. Je les entraîne sur le chemin de crête, espérant couper la fuite de mes deux Boches. Mais, baste !&#8230; Nous n’arrivons que pour constater la trace de leur passage sur un point du chemin de crête. De là, ils ont pu gagner rapidement le fond d’une vallée qui descend vers Allarmont. Et adieu !&#8230;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Si j’avais eu les quatre hommes de Gassier, ou même mon fusil, je revenais avec deux prisonniers.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je me demande si j’ai eu raison de tirer : peut-être confiants dans mon brassard, venaient-ils vers moi pour se rendre ? Alors, pourquoi n’ont-ils pas agi comme c’est l’habitude : abandonné leur fusil et jeté les mains en l’air en criant : « Kamarad ! Kamarad ! » Flûte !&#8230; je m’embrouille dans les points d’interrogation…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le fait est là. Et il est bien amusant. Voilà tout. Quand je reviens à Badonviller, le soir, tout le monde connaît mon aventure : on a même raconté que j’ai mis en fuite deux éclaireurs qui précédaient une compagnie !&#8230;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> (L’arrêt de mon revolver provenait d’une cartouche incomplètement introduite dans sa loge et qui bloquait le mouvement de rotation du barillet.) </span></p>

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		<title>6 octobre 1914. Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Oct 2014 07:00:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Alem]]></category>
		<category><![CDATA[Alencombe]]></category>
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		<description><![CDATA[6 octobre 1914.

-Minuit trente-
Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !
 Réveil en musique. C’est extraordinaire : ce petit sifflement, qui ressemble un peu au cri que fait la soie quand on la déchire, vous tire du plus profond sommeil. Déjà le subconscient a enregistré le danger que cache ce léger murmure… Avec quelle hâte on [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">6 octobre 1914.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image56.jpg" rel="lightbox[679]"><img class="alignnone size-medium wp-image-701 colorbox-679" alt="Image56" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image56-300x289.jpg" width="300" height="289" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">-Minuit trente-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Tiii, iu iu iu iu iu iu i…….Pagnnne !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Réveil en musique. C’est extraordinaire : ce petit sifflement, qui ressemble un peu au cri que fait la soie quand on la déchire, vous tire du plus profond sommeil. Déjà le subconscient a enregistré le danger que cache ce léger murmure… Avec quelle hâte on se jette sur son pantalon, ses chaussures, sa montre et son portefeuille !&#8230; Et voilà ! Toutes les trente secondes : Tiii iu iu iu iu Pagnnne !&#8230; Nous sommes là à attendre dans le grand vestibule : il pleut, il fait un froid noir. Pas gaie, la guerre aujourd’hui !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 3h matin -Tiii iu iu iu iu … tiii iuiu iu iu … Pagnnne !&#8230; Pagnnne !&#8230; Ca continue…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 4h- Ca cesse. Je monte me coucher.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 6h- Ca reprend ! Oh ! mais cette fois, c’est extrêmement sérieux : toutes les cinq minutes nous recevons sur notre cantonnement un obus de 210. C’est ce que nous appelons les « grosses marmites ». Une maison voisine </span><span style="font-size: medium"><i>vole en éclats </i></span><span style="font-size: medium">… Nous descendons nous réfugier dans la cave voûtée de la maison. C’est là que j’écris, assis sur un tonneau, au milieu de voisins terrifiés, d’enfants qui crient… le sifflement est singulièrement effrayant ; l’éclatement le suit à une seconde. Ca fait « Pfuiii… », et immédiatement après c’est… la fin du monde à quelques mètres de nous.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Jusqu’à présent notre maison n’a rien. Mais la maison où nous prenons nos repas est démolie, le joli chalet Fayard l’échappe belle, la route « n’est qu’un trou » devant sa grille ; un obus explose exactement sur la tombe de quatre chasseurs dont les corps sont éparpillés.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 10h- Ca cesse… jusqu’à quand ? Nous avons été trahis, c’est évident : tous les obus ont été envoyés sur notre cantonnement et sur celui du 1</span><sup><span style="font-size: medium">er</span></sup><span style="font-size: medium"> bataillon. La ville est remplie d’espions ; nous le savons et… voilà le résultat de notre stupide indifférence.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Tous les hommes de la ville rentrés depuis deux jours fuient de nouveau ; ils laissent leur femme pour garder la maison. Et c’est dans le bureau du commandant installé dans la cave un défilé incessant d’hommes tremblants qui viennent chercher des laissez-passer.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Les habitants risquent les uns après les autres un œil dans la rue. Ils sont tout pâles, maigres, anxieux. L’impression que me laisse ce bombardement est pénible ; ces énormes torpilles font peur. Je commence à comprendre le colonel démoralisé que nous recueillîmes à Deyvillers, retour de Sarrebourg…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image57.jpg" rel="lightbox[679]"><img class="alignnone size-medium wp-image-703 colorbox-679" alt="Image57" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image57-300x263.jpg" width="300" height="263" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Maison forestière de Thiaville – Midi-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Pour essayer de diminuer mon angoisse je gagne ma chère forêt. Elle est sinistre aujourd’hui sous un ciel de brouillard très bas. Il fait nuit à midi. Les troupiers sont tristes, ils ont froid. Le passage des obus cette nuit au-dessus d’eux les a inquiétés. Ah ! dans la forêt ce n’est plus comme dans la plaine. On nage dans l’inconnu. On s’y noie pour peu que la peur vous envahisse et si on se laisse aller c’est bientôt une sorte de panique qui vous saisit.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 2h- Le canon reprend par coups tantôt espacés, tantôt répétés. Sont-ce des pièces françaises ? Sont-ce des pièces ennemies ? Cela vient de Cirey.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le père Alem très nerveux fume sa pipe et cherche d’où viennent les obus et où ils vont.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> 4h- Il fait de plus en plus noir. Le brouillard devient épais. Une vive fusillade éclate du côté d’Herbaville… Nous sommes là, le capitaine, le père Alem et moi, immobiles dans l’étroit potager, l’oreille tendue. Que se passe-t-il ? On dirait que l’ennemi rôde tout autour de nous. Oh ! comme ce cercle de sapins ressemble au collet du braconnier ! A mesure que la nuit tombe on dirait qu’il se resserre autour de nos poitrines… </span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">6h- Oh ! oh ! ça devient sérieux… Dans la nuit tombée j’accompagne le capitaine dans une tranchée derrière l’étang… Tout à coup, rumeur violente sur le chemin d’Alencombe. « Des boches !&#8230; des boches !&#8230;» Entre les huit hommes d’une patrouille, deux taches grises : deux prisonniers. On nous les amène. Ce sont deux hommes de la landwehr. Ils ont été faits prisonniers dans une des fermes d’Alencombe où ils s’étaient réfugiés quand notre patrouille a attaqué la leur. La patrouille ennemie, composée de sept hommes et un sergent, descendait, au moment de la surprise, le chemin de la Chapelotte que je prends chaque jour. Aussi bien était-ce moi qui les rencontrais et… qui étais fait prisonnier. A nos questions, les prisonniers répondent avec un sourire qui démontre qu’ils sont heureux de leur sort. Nous les fouillons : dans leurs poches nous trouvons des cigarettes jaunes, des calepins, un chapelet, des canifs… et des pastilles de pippermint.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Mais où sont les six autres ?&#8230; De nouveau, une violente fusillade à gauche, vers le poste de l’adjudant Charpentier… Serait-ce eux ?&#8230; Nous parlons à voix basse. Les hommes marchent sur la pointe des pieds… Tout à coup, un cri immense et lugubre plane sur la forêt endormie : le cri du grand-duc, plusieurs fois répété. Or, nous savons que c’est un cri de ralliement des Alsaciens… Oh ! comme nous retenons nos souffles !&#8230; Quel silence dans la forêt !&#8230; Mais qu’est-ce que la nuit nous réserve ? Du moins, jusqu’à présent l’artillerie nous laisse en paix.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">8h soir-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le capitaine Lefolcalvez qui occupe la Chapelotte envoie au capitaine Gresser la note suivante :</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"><i> « Deux de mes postes ont été attaqués simultanément à 16h15 environ par une reconnaissance allemande qui, après avoir manifesté beaucoup de mordant, s’est repliée dans la direction générale d’Allencombe. L’effectif vu était d’environ 25 hommes. Comme je ne sais pas au juste ce que cela signifie, j’ai demandé au commandant de faire rapprocher la réserve jusqu’à l’emplacement que nous occupions il y a quatre jours. Elle y sera d’ailleurs mieux qu’à Badonviller sous les pruneaux de 210 comme nous en avons reçu la nuit dernière. Félicitations pour tes prisonniers. Nous nous sommes contentés d’en dégringoler un. On ira voir au jour s’ils l’ont emporté. Fais-moi connaître, au jour, les renseignements que tu auras pu tirer de tes deux boches.</i></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"><i> Le Folcalvez. »</i></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">8h30</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> La fusillade Charpentier n’a pas été tirée par Charpentier, mais par une reconnaissance de la première compagnie. Impossible de téléphoner ces renseignements au commandant, à Badonviller : cet agriculteur-guerrier ignore tout du téléphone et oublie de raccrocher le récepteur.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Tout cela ne nous empêche pas de manger : nous avons savouré une langue sauce-piquante dont je vous dis que ça ! Et au dessert une de ces compote de myrtil[l]es, offerte par Mme Gény ! Et un kirsch ! Et une eau de vie de betteraves !&#8230;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Minuit-</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je me suis étendu par terre sur un matelas, et je n’essaie pas de dormir : sous l’assaut de trois cent mille mouches, ce serait impossible. D’ailleurs dès que je commence à perdre conscience, j’entends siffler des 210 de rêve et j’aime mieux ne pas entendre de 210 quand c’est possible.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le récepteur du téléphone n’est toujours pas raccroché : cette inadvertance pourrait être la source d’une tragédie ; en cas d’attaque nous ne pourrions appeler les réserves à la rescousse. </span></p>

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		<title>4 octobre 1914. Je sors de la grand’messe à Neufmaisons.</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Oct 2014 07:00:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Alencombe]]></category>
		<category><![CDATA[allemands]]></category>
		<category><![CDATA[Badonviller]]></category>
		<category><![CDATA[Chapelotte]]></category>
		<category><![CDATA[Maurice Bedel]]></category>
		<category><![CDATA[Neufmaisons]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre-Percée]]></category>

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		<description><![CDATA[4 octobre 1914.
 Je sors de la grand’messe à Neufmaisons. Voilà un des rares villages où il y ait encore une église – aussi accuse-t-on le curé de faiblesses envers les Allemands &#8211; Je sors d’une grand’messe pendant laquelle chants liturgiques et prières murmurées se mêlaient au bruit terrible du canon. Pendant le Credo ç’a [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">4 octobre 1914.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je sors de la grand’messe à Neufmaisons. Voilà un des rares villages où il y ait encore une église – aussi accuse-t-on le curé de faiblesses envers les Allemands &#8211; Je sors d’une grand’messe pendant laquelle chants liturgiques et prières murmurées se mêlaient au bruit terrible du canon. Pendant le Credo ç’a été un éclatement incessant d’obus, comme si les sinistres iconoclastes qui n’ont plus qu’un pied en France voulaient briser jusqu’à la voix de nos croyances. Mais le Credo n’en était chanté qu’avec plus de vigueur et c’était une minute empoignante, ce duel entre un idéal de beauté et de bonté et un idéal de brutalité et de grossièreté. C’est cependant le premier qui triomphera du second quelque puissants que soient les canons…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"><b>MIDI</b></span><span style="font-size: medium">- Nous quittons Neufmaisons pour reprendre nos avant-postes de Pierre-Percée, de la Chapelotte et d’Alencombe. Je retrouve avec plaisir ma belle chambre de Badonviller. Là du moins je n’entendrai plus les souris se battre avec les biscuits abandonnés par les Allemands et que j’ai découverts sous mon lit de Neufmaisons.</span></p>
<p><a href="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image54.jpg" rel="lightbox[658]"><img class="alignnone size-medium wp-image-699 colorbox-658" alt="Image54" src="http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/files/Image54-193x300.jpg" width="193" height="300" /></a></p>

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		<title>2 octobre 1914. Notre bataillon a été relevé ce matin de ses avant-postes</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Oct 2014 07:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Laurent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Un Goncourt dans la Grande Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Badonviller]]></category>
		<category><![CDATA[Celles]]></category>
		<category><![CDATA[Chapelotte]]></category>
		<category><![CDATA[général de la Touche]]></category>
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		<category><![CDATA[Neufmaisons]]></category>
		<category><![CDATA[Senones]]></category>
		<category><![CDATA[St Dié]]></category>

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		<description><![CDATA[2 octobre 1914. Neufmaisons (Meurthe et Moselle)
 Hé bien !mais voici presque une aventure ou tout au moins une aventureuse surprise !
 Notre bataillon a été relevé ce matin de ses avant-postes par le 3ème – Nous cantonnons à Neufmaisons un peu en arrière, au sud de Badonviller.- Neufmaisons est un village vosgien niché dans un creux [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" align="left" style="border:0px;"><tr><td style="vertical-align:middle;border-top:0px;padding:0px 0px;" width="50">
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</td></tr></table><br /><br /><p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">2 octobre 1914. Neufmaisons (Meurthe et Moselle)</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Hé bien !mais voici presque une aventure ou tout au moins une aventureuse surprise !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Notre bataillon a été relevé ce matin de ses avant-postes par le 3</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> – Nous cantonnons à Neufmaisons un peu en arrière, au sud de Badonviller.- Neufmaisons est un village vosgien niché dans un creux des premiers contreforts nord des Vosges.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> J’apprends que le lieutenant Dupont de la 8</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> compagnie tient un poste de surveillance à l’ouest du pays entre Neufmaisons et la vallée de Celles. Je pars après le déjeuner pour le retrouver et voir un peu ce coin-là de la région.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium">Couchés sous un abri de sapin, sur un lit de fougères, nous bavardons en fumant une cigarette, quand arrive une patrouille de huit hommes, chargée d’établir la liaison entre le 170</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> et la 41</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> division dont quelques éléments occupent Celles. Le sergent Bauné qui commande la patrouille a mal aux pieds et se dit incapable d’aller plus loin. J’attrape l’occasion. Je déclare à Dupont que je vais commander la patrouille. J’ôte mon brassard, je prends un fusil et nous voilà partis.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je mène ma petite colonne par des chemins adorablement jolis. Quelles belles mousses ! quels ruisseaux limpides ! Quels hauts sapins dans toute la montagne ! Je ne pense pas à l’ennemi. Je ne pense qu’au paysage. En somme… je suis un mauvais chef de patrouille. Nous débouchons dans la vallée de la Plaine que nous remontons sans encombres jusqu’à Celles. A Celles une maison brûle, lançant vers le ciel flammes et fumée. La rue principale est quasi-déserte. A chaque porte un habitant risque son nez pâli par l’émotion au bruit de nos pas. Soudain un vieux capitaine du 70</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> Chasseurs alpins sort et nous crie : « Ne marchez donc pas en groupe, n… de D…, vous allez vous faire canonner. » Je disperse mes hommes et je leur fais raser les murs.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Cependant un groupe d’officiers s’avance. J’aperçois un commandant de Chasseurs. Je me dirige vers lui, négligeant les autres officiers de son groupe. J’ouvre la bouche pour lui expliquer ma mission…</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Que vois-je ?</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Son voisin de gauche est le général de la Touche</span><sup><a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a></sup><span style="font-size: medium"> !&#8230; Que d’effusions ! Que de questions mutuelles ! Le général est sans nouvelles de sa famille depuis plusieurs jours. Je lui donne celles que je tiens de Marguerite. Le voilà enchanté. Il me conte qu’il a, depuis le début de la guerre, fait la campagne d’Alsace puis la campagne du Nord.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Naturellement je questionne le général sur toute la ligne : il commande la 41</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> division, son état-major est à St Diè. Dans la vallée de Celles, il a deux bataillons de chasseurs, le 5</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> et le 70</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> et une batterie d’artillerie. L’ennemi se trouve à 2km au nord de Celles avec quatre bataillons et une ou deux batteries. A Senones l’ennemi tient bon, mais à l’heure qu’il est une vigoureuse offensive est prise contre lui. Me voilà « tuyauté » mieux que ne l’aurait été n’importe quel autre chef de patrouille.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Je prends congé du général devant le commandant de chasseurs étonné de voir un médecin dirigeant une patrouille et bavardant familièrement avec un général. Mes hommes deviennent aimables à l’excès avec moi. Ils sont assez étonnés eux aussi. Ils trouvent le général « chic type ».</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Pour regagner Neufmaisons, dans la nuit qui tombe, je prends au plus court et nous coupons à travers bois. Nous traversons des ravins qui semblent les portes étroites de l’Enfer. La pluie qui s’acharne, fine et glaciale, traverse nos vêtements. Pourvu que nous ne nous égarions pas ! J’ai toujours peur de tomber dans une embuscade de l’ennemi. Vers 6h, en pleine obscurité, nous marchons toujours, et nous ne trouvons toujours pas l’avant-poste de Dupont. Hé ! hé ! je commence à me faire des reproches. Je n’aurais pas dû chercher à prendre un chemin plus court. Et la nuit est si noire sous la pluie !&#8230; Mes pensées deviennent amères…  « Halte-là ! » Ouf ! « Qui vive ? »… Ouf ! ouf !! – France ! – Avance au ralliement !&#8230; J’avance : « Balaklava ». (C’est le mot pour aujourd’hui). La sentinelle est française et c’est une de celles du poste Dupont.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Dupont sous son abri de sapin m’attend impatiemment : « Grande nouvelle ! Le capitaine me communique la dépêche suivante : </span><span style="font-size: medium"><i>« Une armée allemande décimée. Une autre coupée devant Metz. Fort St Blaise bombardé par nous, détruit par artillerie de marine. Général Joffre demande aux troupes un effort de 24h pour chasser l’ennemi du territoire. » </i></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Hum ? Hum ? Serait-ce vrai ? Je verrai toujours Dupont s’éclairant d’une bougie, sous ses branches de sapin, pour me lire le bout de papier pathétique.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Quand j’arrive à Neufmaisons, on est assez inquiet sur mon sort. Comme j’ai soin de ne jamais prévenir le commandant de mes équipées on ne savait ce que j’étais devenu.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Le colonel m’avait fait appeler dans la journée. Le commandant l’avait informé que je pouvais le renseigner sur notre situation à la Chapelotte.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Après le dîner, je vais le trouver. Il est à table avec Plaisant, le subtil lieutenant porte-drapeau du régiment, avec le médecin-chef, le capitaine Carrot etc.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> « Hé bien, docteur, il paraît que vous vous mêlez maintenant d’éclairer votre bataillon ?&#8230; Allons, prenez ce cigare, ce verre de mirabelle et dites-nous quelles sont les positions de l’artillerie allemande. D’après ces renseignements j’enverrai demain matin une compagnie en reconnaissance ici ou là. » Je lui dis que l’artillerie se trouve à la Tête des Hérins, que ceci, que cela et que ci et que là. » Le voilà enchanté, riant à gorge ouverte. Il me demande mon opinion sur la bataille du 24 septembre à Merviller. Je lui dis qu’on aurait dû poursuivre pendant la nuit ; il crie, il gesticule : « Vous voyez ! Vous voyez ! » Je lui donne les renseignements recueillis hier auprès de Madame Gény. Il ouvre de grands yeux, il s’exclame : « Mais il est épatant ce toubib ! Dites-donc, j’ai presque envie de vous laisser diriger la compagnie qui partira en reconnaissance demain. » Ah ! mais non, je refuse. Ce n’est pas mon rôle, il ne manquait plus que ça !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Enfin, il est enchanté. Ma rencontre avec le général de la Touche, qu’il connaît fort bien, l’intéresse beaucoup. Il ne veut plus me lâcher. Il est neuf heures. J’ai sommeil. J’ai 30 kilom[ètres] de montagne dans les jambes. « Bonsoir, mon colonel ! »</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium"> Qu’est-ce que je vous disais ? Je n’avais qu’à quitter mon brassard et à prendre un fusil pour que ma vie eût aussitôt du relief.</span></p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> Il possède château et bois sur la commune de Thuré, propriété proche de la Genauraie. Marguerite, femme de Maurice Bedel est amie avec Yvonne, sa fille.</p>
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