Des Chinois à la Manu

Des travailleurs chinois devant leur baraquement à la Brelandière. (Source : collection particulière)

Des travailleurs chinois devant leur baraquement à la Brelandière.
(Source : collection particulière)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Des Chinois en renfort pendant la Grande Guerre

Le recrutement de migrants plus ou moins forcés et lointains comme les Chinois constitue un fait nouveau.

Pendant la première guerre mondiale, la France et l’Angleterre, manquant de main-d’œuvre en raison de la mobilisation et des victimes de la guerre, ont recruté de 1916 à 1919 140.000 volontaires chinois (40.000 pour les Français et environ 100.000 pour les Britanniques : les Chinese Labour Corps -CLC).

La Manu recrute une part de ce contingent à partir d’août 1916 pour remplacer les Kabyles mobilisés sur le front. Ils sont déjà près de 300 en décembre 1916, venus de la province de Zhejiang au nord de Shanghaï.

Le 1er août 1917 arrive une seconde vague de 400 Chinois. Ils sont embauchés pour trois ans et dépendent du dépôt des travailleurs coloniaux de Marseille. S’ils sont en principe nourris et hébergés par la manufacture dans des baraquements sur le site de la Brelandière, leurs conditions de vie demeurent difficiles.

De nombreux frais sont retenus sur leur paye déjà maigre : frais de recrutement, de nourriture, d’habillement, plus une cotisation-maladie.

La plupart ont quitté leur pays pour fuir la misère et n’ont aucune qualification ; ils exercent donc comme manœuvres.

Ceux qui possèdent un métier gagnent un peu plus et des mensualités sont versées sur leur compte en banque.

La manufacture envoie également de l’argent à leur famille mais de manière irrégulière, ce qui soulève quelques protestations.

Tout est fait pour les isoler du reste de la population

Encadrés par un officier d’administration, des interprètes et des surveillants armés, ils sont soumis à un contrôle sévère et à diverses mesures d’isolement.

Ils doivent quitter l’usine dix minutes avant les autres ouvriers et le camp où ils sont hébergés n’est accessible qu’avec une autorisation. Ils portent un matricule et sont munis d’une carte d’identité et de circulation spécifique. Tout est fait pour les isoler du reste de la population.

Ces mesures n’empêchent ni les altercations avec les autres ouvriers ni les révoltes au sein de la communauté chinoise comme celle du 28 décembre 1916 à la suite de l’arrestation de l’un des leurs.

Le directeur doit faire intervenir un détachement du 32e régiment pour rétablir le calme. 31 Chinois sont alors renvoyés à Marseille par mesure disciplinaire et immédiatement remplacés. D’autres révoltes ont lieu au cours de 1917, toutes sévèrement réprimées.

Lors de l’armistice, la Manu compte encore 332 Chinois qui ne partent que le 5 mars 1919 car l’État doit les garder jusqu’à la fin de leur contrat. Ne pouvant les réaffecter, il les met progressivement au chômage.

Marie-Claude Albert

> N’ayant pas trouvé d’informations sur les relations entre les Chinois et les Châtelleraudais (mariages éventuels, naissances, autres détails ou documents…), nous faisons appel aux lecteurs et les remercions par avance de les communiquer au 05.49.23.40.27 ou 05.49.93.14.04.

Prochain épisode : des femmes de la Manu pendant la guerre.

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