La Grande Guerre à la Manu

Réunion d'ouvriers, dont beaucoup de mobilisés, en 1916. (Cliché Maurice David, GM)

Réunion d’ouvriers, dont beaucoup de mobilisés, en 1916.
(Cliché Maurice David, GM)

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier (chez Geste Editions) un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Les mobilisés fabriquent les armes de la victoire

La Manu a connu son expansion maximale entre 1914 et 1918 : expansion territoriale avec l’annexe de la Brelandière (1) ; expansion de la production d’énergie avec une puissante centrale électrique thermique ; enfin expansion du personnel qui passe de 1.400 en août 1914 à plus de 7.000 fin 1916, le maximum absolu.

Pour constituer cet énorme effectif, alors que tous les hommes valides sont sous les armes, il a fallu recruter de tous côtés : des étrangers, des femmes, et surtout des militaires, mobilisés détachés de leur corps de troupe, viennent animer les ateliers.

Ces mobilisés sont fournis par les dépôts de troupes de Châtellerault et de la région sur demande du directeur de la Manu, parfois sur recommandation par une personnalité.

Ils appartiennent à toutes les catégories : armée active, territoriale, service armé ou auxiliaire, ajournés, sursitaires. Le directeur recherche des ouvriers spécialisés et en obtient un certain nombre, mais en fait la majorité des mobilisés de la Manu appartiennent à tous les métiers et sont utilisés comme manœuvres ou usineurs.

Leur nombre dépasse 3.500 en 1916. Ce recrutement suscite parmi la population châtelleraudaise des soupçons d’« embusquage » (2) qui se traduisent par de nombreuses lettres de protestation.

L’ancienne caserne de Châteauneuf utilisée

Par ailleurs, les énormes besoins du front en hommes déterminent le gouvernement à récupérer le maximum des affectés spéciaux de l’arrière. Les lois Dalbiez en 1915 et Mourier en 1917 sont votées en ce sens.

Des commissions spéciales sont créées et appliquent le slogan : « Les jeunes à l’avant, les vieux à l’arrière. » Finalement, à l’exception des spécialistes indispensables, les mobilisés de l’armée active font un séjour sur le front. Ils sont remplacés par des territoriaux et par des blessés réformés, parfois mutilés.

Les mobilisés de la Manu restent soumis aux lois militaires. Ils ne peuvent s’absenter ni même circuler sans autorisation. Il est difficile de leur trouver des logements. Il faut recourir à l’ancienne caserne de Châteauneuf (3) ou à des chambres chez l’habitant.

Certains d’entre eux se plaignent de la cherté de la vie et de la dureté des conditions de travail, les mêmes que celles des employés civils.

La Manu n’aurait pu remplir sa mission sans ses mobilisés. Ils ont sans doute été quelque peu protégés, mais la guerre était devenue industrielle et en produisant les armes pour la victoire ils ont également bien mérité de la patrie.

Pierre Bugnet

 Mercredi prochain, les Belges à la Manu de 1914 à 1918.

(1) Actuel site de Thalès. (2) Aujourd’hui, on les qualifierait de planqués. (3) A côté du CCAS rue du Nouveau-Brunswick, actuellement occupée par des logements.

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