Sur les traces de la Manu : épisode 6

Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd'hui patinoire

Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd’hui patinoire

Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l’histoire des hommes qui ont fait la Manu.

La rédaction châtelleraudaise de La Nouvelle République/Centre Presse a décidé de consacrer à cette bible, jusqu’au mois de juin prochain, une série d’articles signés des deux auteurs châtelleraudais Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet.

Ces chroniques hebdomadaires sont également relayées ici, sur Zoom Arrière.

Sous le second Empire la première mue de la Manu

Au début de l’activité de la Manu, les fabrications, l’outillage et l’organisation du travail sont encore ceux du XVIIIe siècle.

Les canons de fusils sont obtenus en repliant une lame de fer soudée sur l’enclume, les sabres sont forgés manuellement, les pièces de mécanismes sont achevés à la lime.

Le colonel Arcelin, directeur en 1841-42 puis en 1849-52 réalise une première transformation des armes à feu en remplaçant le silex par la percussion après 1840 puis lance l’étude du fusil à chargement par la culasse.

Mais une véritable révolution se prépare dans l’industrie. Le fer est remplacé par l’acier produit en grande quantité dans les convertisseurs Bessemer.

Il n’est plus nécessaire de marteler le fer pour obtenir un acier très coûteux. Les machines-outils se généralisent, équipées d’outils en acier de coupe rapide et l’énergie thermique multiplie la puissance des ateliers.

 Entre deux époques

Le gouvernement décide de moderniser les manufactures d’armes. Châtellerault est choisi comme site pilote et Frédéric-Guillaume Kreutzberger comme ingénieur.

Né à Guebwiller celui-ci est parti travailler aux Etats-Unis où il est devenu directeur technique de la fabrique d’armes Remington. A partir de 1860 il transforme les usines en bord de Vienne.

Deux d’entre elles sont surélevées pour recevoir les machines verticales à forer les canons de fusils en acier et deux nouvelles sont construites.

Des machines-outils remplacent le travail à la lime, la machine à vapeur fait son apparition cependant que les antiques roues hydrauliques sont remplacées par des turbines plus efficaces. Et le fusil Chassepot peut être fabriqué en série dès 1867.

Les conditions de travail évoluent également, les professions se transforment, de vieux métiers disparaissent, forgeurs de canons, platineurs, garnisseurs.

La condition ouvrière en subit le contrecoup. Dès 1868, les immatriculés ne représentent plus que le quart des ouvriers, dont la masse se trouve exclue des avantages spécifiques du métier d’armurier.

La Manu et son personnel se trouvent entre deux époques, celle des maîtres et compagnons qui se termine et celle des travailleurs à la chaîne qui débute.

Pierre Bugnet

« La Manufacture d’armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €

Mercredi prochain: 7. L’usine de la troisième République.

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