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	<title>Quatrième de couv &#187; honte</title>
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	<description>Des livres, un peu, beaucoup, passionnément... et autres petits trésors</description>
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		<title>Face au sida, la solitude honteuse d&#8217;une famille&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jan 2023 11:48:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[ Mêler deux histoires. La première est familiale. Et honteuse dans cette famille de commerçants de l&#8217;arrière-pays niçois. La seconde se passe entre la France et les Etats-Unis, dans des laboratoires. Dans son premier roman, Anthony Passeron a choisi de raconter l&#8217;histoire de son oncle, Désiré. Mort du sida. Comme sa femme Brigitte et sa fille, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p class="article__chapeau"> <a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51.jpg" rel="lightbox[6195]"><img class="alignleft wp-image-6209 size-medium colorbox-6195" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51-199x300.jpg" alt="Capture-décran-2022-06-27-à-11.50.51" width="199" height="300" /></a>Mêler deux histoires. La première est familiale. Et honteuse dans cette famille de commerçants de l&rsquo;arrière-pays niçois. La seconde se passe entre la France et les Etats-Unis, dans des laboratoires. Dans son premier roman, <strong>Anthony Passeron</strong> a choisi de raconter l&rsquo;histoire de son oncle, <strong>Désiré</strong>. Mort du sida. Comme sa femme Brigitte et sa fille, Emilie.</p>
<p class="article__chapeau">Lui, le fils préféré, qui n&rsquo;a jamais émis le souhait de reprendre la boucherie familiale, a découvert l&rsquo;héroïne, est devenu accro. Toxicomane, il est tombé malade à cause de l&rsquo;échange de seringues. Il fait alors partie de ces &laquo;&nbsp;<strong><em>enfants endormis</em></strong>&nbsp;&raquo; que l&rsquo;on retrouvait dans les rues de Nice avec la seringue toujours piquée dans le bras&#8230;</p>
<p class="article__chapeau">Dans sa famille, c&rsquo;est impossible à surmonter, à assumer. Entre le déni de la mère de <strong>Désiré</strong> et le silence, pesant, de son père. Tandis que son frère (le père de l&rsquo;auteur) essaye d&rsquo;être présent&#8230; Sans tout comprendre. Parce que trop d&rsquo;informations manquent encore, parce qu&rsquo;on parle du &laquo;&nbsp;cancer gay&nbsp;&raquo;, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une maladie mortelle engluée dans la honte encore&#8230;</p>
<p class="article__chapeau">Alors, après chaque chapitre consacré à la vie de cette famille au début des années 80, un autre s&rsquo;ouvre en alternance, expliquant très précisément ce qui se passe chez les chercheurs. Ceux qui essaient de comprendre, de trouver l&rsquo;origine de ce VIH sida et la course contre la montre dans laquelle ils se sont lancés des deux côtés de l&rsquo;Atlantique.</p>
<p class="article__chapeau"><span id="more-6195"></span></p>
<p class="article__chapeau">Dans les deux histoires, un même sentiment de solitude. Désiré est malade et finira ses jours à l&rsquo;hôpital à une époque où cette maladie encore peu connue fait si peur&#8230; C&rsquo;est un paria. Et pas question que tout cela n&rsquo;affecte l&rsquo;aura de la famille au village.</p>
<p class="article__chapeau">Un roman de filiation, sensible et puissant qui nous rappelle que cette réalité n&rsquo;est pas si lointaine dans le temps. C&rsquo;était il y a 40 ans seulement.</p>
<p class="article__chapeau"><strong>Anthony Passeron</strong> est professeur de français et d’histoire-géographie. Il a 39 ans.</p>
<p class="article__chapeau"><strong>Il raconte ici l&rsquo;histoire de son livre :</strong></p>
<section class="edito edito--link">
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><a href="https://youtu.be/XY8dVoLlR3g">https://youtu.be/XY8dVoLlR3g</a></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<blockquote><section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Extraits</strong></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 49 : </strong><em>&laquo;&nbsp;Au cours de l&rsquo;année 1982, le nombre de malades diagnostiqués en France progresse. Willy Rozenbaum a trouvé un poste à l&rsquo;hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où il peut de nouveau recevoir ses patients. Aucun d&rsquo;entre eux ne voit son état s&rsquo;améliorer. Les décès s&rsquo;accumulent. </em></section>
</blockquote>
</section>
<blockquote><section class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em>L&rsquo;infectiologue est habitué à côtoyer la mort, mais dans le cas de cette maladie, le condamnation des patients est double : une mort physique et aussi sociale. Les articles de presse, les reportages de télévision sur la maladie ont propagé la peur dans la population. Les proches sont rares au chevet des malades, qui sont réduits à leur homosexualité, leur toxicomanie, la plupart d&rsquo;entre eux n&rsquo;ayant plus que de rares médecins comme interlocuteurs.&nbsp;&raquo;</em></section>
</blockquote>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<section class="edito__link-container--premium edito__link-container"></section>
<blockquote>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 136 :</strong><em>&laquo;&nbsp;La souffrance avait pris le pas sur le plaisir depuis un bon moment déjà. Après plusieurs semaines de défonce, peu après leur rencontre, le couple s&rsquo;était calmé quelques jours. Et puis ils s&rsquo;étaient réveillés un matin, fatigués, fiévreux et courbaturés. Ils n&rsquo;étaient pas malades à proprement parler. L&rsquo;héroïne les appelait. C&rsquo;était la première fois qu&rsquo;ils s&rsquo;étaient sentis à sa merci. Cette sensation ne les avait plus jamais lâchés. ils avaient entamé une chute sans fin. Incapables aujourd&rsquo;hui d&rsquo;aller travailler, ils se retrouvaient privés de salaires. Il n&rsquo;était plus question de plaisir, de transe, ni de cette sorte d&rsquo;expérience transcendantale que Désiré avait découverte, un soir de fête, à Amsterdam [&#8230;] &laquo;&nbsp;</em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><strong>Page 265 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Un dimanche, quelques mois après l&rsquo;enterrement de notre cousine, alors que mon père bricolait des étagères dans le garage, mon frère et moi l&rsquo;avons soudain entendu hurler des injures et briser une à une, à coups de pied et de poing, les planches de bois. Il n&rsquo;a jamais soldé sa colère. Un jour, il a tout quitté, sa famille, la boucherie et le village. </em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em>Ma mère, encore aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est pas plus bavarde. Après le départ de mon père, elle a refait sa vie. Il ne reste chez elle, de cette époque, qu&rsquo;un cadre posé à côté du téléphone que personne n&rsquo;a le droit de toucher. Un cadre ornant la photographie d&rsquo;une petite fille [&#8230;].&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container"><em><strong>Les enfants endormis, Anthony Passeron, Globe. </strong></em></p>
<p class="edito__link-container--premium edito__link-container">
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		</item>
		<item>
		<title>A cette femme qu&#8217;il aimera toujours&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/06/07/a-cette-femme-quil-aimera-toujours/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2020/06/07/a-cette-femme-quil-aimera-toujours/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2020 09:13:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA["Ainsi parlait ma mère"]]></category>
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		<category><![CDATA[politologue]]></category>
		<category><![CDATA[premier roman]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Benzine]]></category>
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		<description><![CDATA[Un premier roman ! Oui, je sais, vous allez me dire, &#171;&#160;elle va encore en faire des caisses&#8230;&#160;&#187;. Eh bien oui Sauf que ce premier roman a été écrit par un auteur déjà prolixe, auteur d&#8217;essais notamment. Sa pièce &#171;&#160;Lettres à Nour&#160;&#187; a été mise en scène avec succès dans plusieurs pays. Rachid Benzine est islamologue, politologue, enseignant. Né [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CVT_Ainsi-parlait-ma-mere_2188.jpg" rel="lightbox[5174]"><img class="alignleft size-full wp-image-5176 colorbox-5174" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/CVT_Ainsi-parlait-ma-mere_2188.jpg" alt="CVT_Ainsi-parlait-ma-mere_2188" width="250" height="356" /></a>Un premier roman ! Oui, je sais, vous allez me dire, &laquo;&nbsp;elle va encore en faire des caisses&#8230;&nbsp;&raquo;. Eh bien oui <img src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif" alt=";-)" class="wp-smiley colorbox-5174" /> Sauf que ce premier roman a été écrit par un auteur déjà prolixe, auteur d&rsquo;essais notamment. Sa pièce <strong>&laquo;&nbsp;Lettres à Nour&nbsp;&raquo;</strong> a été mise en scène avec succès dans plusieurs pays. <strong>Rachid Benzine</strong> est islamologue, politologue, enseignant.</p>
<p>Né en 1971, il est arrivé en France à l&rsquo;âge de 7 ans avec sa famille marocaine.</p>
<p>Codirecteur de la collection Islam des lumières aux éditions Albin Michel, il s&rsquo;attache à penser un islam en phase avec notre temps et s&rsquo;investit également dans le dialogue islamo-chrétien.</p>
<p>Avec <strong>&laquo;&nbsp;Ainsi parlait ma mère&nbsp;&raquo;</strong>, il nous plonge dans la vie d&rsquo;un quinquagénaire qui n&rsquo;a eu d&rsquo;autre choix que retourner vivre chez sa mère de 93 ans, pour l&rsquo;aider et la soutenir alors que ses forces s&rsquo;amenuisent. Ses quatre frères ont fait leur vie. lui, le benjamin, enseignant à l&rsquo;université catholique de Louvain, n&rsquo;a pas fondé de famille. Alors que la mémoire de sa mère commence à dérailler, il s&rsquo;installe. Quinze ans que cette étonnante cohabitation dure. Pour le meilleur.</p>
<p><span id="more-5174"></span></p>
<p>Chez sa mère, il se charge des courses, du ménage, de la toilette intime de sa mère aussi&#8230; Et lui lit, à chaque fois qu&rsquo;elle le lui demande,<strong> &laquo;&nbsp;La peau de chagrin&nbsp;&raquo; d&rsquo;Honoré de Balzac</strong>. Elle connaît désormais le roman par coeur, mais qu&rsquo;importe.  C&rsquo;est le lien qu&rsquo;ils tissent depuis des années.</p>
<p>Alors au fil des pages de ce court roman de 91 pages (lues d&rsquo;une traite tant j&rsquo;ai été touchée et emportée par l&rsquo;écriture), le narrateur nous emmène parmi les souvenirs de la famille, arrivée du Maroc en Belgique. Avec pudeur et justesse.</p>
<p>Il nous parle du père, mort alors qu&rsquo;il n&rsquo;était encore qu&rsquo;un enfant, il nous évoque sa mère, analphabète et dont, avec ses frères, il se moquait de l&rsquo;accent. Il nous parle de la passion de sa mère, qui fut toute sa vie femme de ménage, pour Sacha Distel, des astuces qu&rsquo;elle a toujours trouvé pour que ses cinq fils ne manquent jamais de rien. Des pages de sa vie manquent pourtant. Celle d&rsquo;avant le départ pour l&rsquo;Europe et la Belgique.</p>
<p>Au final, un court roman d&rsquo;une justesse incroyable. On rit, on pleure. Et on se dit qu&rsquo;elle a bien de la chance, cette nonagénaire à l&rsquo;accent incroyable d&rsquo;avoir un fils comme ça !</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 27 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Dans les années 70, au terme de ses vingt premières années de travail, ma mère a pu nous acheter une télévision. Elle regardait souvent les mêmes feuilletons, cherchant à reproduire les intonations de voix et les expressions qu&rsquo;utilisaient les actrices qui l&rsquo;enthousiasmaient le plus. Ainsi, dans nos discussions, au milieu d&rsquo;une de ses phrases où se mêlaient maladroitement et sans aucune logique grammaticale berbère, français et arabe, nous n&rsquo;étions pas surpris de voir surgir un &nbsp;&raquo; tout à fait, très chère &nbsp;&raquo; ou un &laquo;&nbsp;mais je n&rsquo;en ferai rien, après vous &nbsp;&raquo; qu&rsquo;elle utilisait parfois à bon escient mais fréquemment à contre-emploi, déclenchant invariablement nos éclats de rire.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 53 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Je m&rsquo;occupe certes de ma mère &#8211; on me loue souvent pour ça. Mais me suis-je jamais vraiment intéressé à elle ? Je veille à ce qu&rsquo;elle ne manque de rien par devoir. Je l&rsquo;aime sincèrement. Mais la fracture culturelle que l&rsquo;école a établie entre mes frères et elle d&rsquo;un côté et moi de l&rsquo;autre me semble définitivement insurmontable. Les transfuges de classe ont toujours le cul entre deux chaises. Ce n&rsquo;est pas la position physique qui fait mal mais la douleur muette qui vous donne ce sentiment ineffaçable d&rsquo;être un traître à votre propre famille. A  celles  et ceux qui vous sont les plus chers. Et qu&rsquo;inconsciemment et patiemment vous avez appris à mépriser.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 87 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Quand elle regarde sa télé, ou quand elle dort, j&rsquo;observe son visage, intensément. Je refais le parcours de la moindre de ses rides, je redessine la forme de ses yeux, je remplis ma mémoire du moindre détail. Je ne veux pas penser à cet &laquo;&nbsp;après&nbsp;&raquo;. Au vide qui va planer dans la maison, au silence qui m&rsquo;attend. Peut-on survivre à celle qui a vous a donné la vie, qui vous a offert SA vie, veillant jusqu&rsquo;au vieil âge sur  votre bien-être, votre bonheur, soucieuse de  votre santé et de vos ennuis ? Sur quels genoux poserai-je ma tête embrumée ? Quelles mains tiendrai-je pour me réconforter ? Quels yeux pourront irradier l&rsquo;amour que seule une mère sait donner ?&nbsp;&raquo; </em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Ainsi parlait ma mère&nbsp;&raquo;, de Rachid Benzine, Seuil, 13€.</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Moi, Annie D., au commencement de ma vie de femme&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2016/07/28/moi-annie-d-au-commencement-de-ma-vie-de-femme/</link>
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		<pubDate>Thu, 28 Jul 2016 07:06:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sa vie, elle la raconte. La décortique. Et nous, lecteurs ( je devrais dire lectrices), en prenons des bouts. Tout nous parle dans la vie d&#8217;Annie Ernaux. Et pour cause. Elle parle de nous. Depuis des décennies, cette septuagénaire aux cheveux auburn sait trouver les mots pour parler de l&#8217;enfant qui meurt, de l&#8217;amour qui [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/ERNAUX.jpg" rel="lightbox[3601]"><img class="alignleft size-full wp-image-3602 colorbox-3601" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/ERNAUX.jpg" alt="ERNAUX" width="195" height="290" /></a> Sa vie, elle la raconte. La décortique. Et nous, lecteurs ( je devrais dire lectrices), en prenons des bouts. Tout nous parle dans la vie d&rsquo;<strong>Annie Ernaux</strong>. Et pour cause. Elle parle de nous.</p>
<p>Depuis des décennies, cette septuagénaire aux cheveux auburn sait trouver les mots pour parler de l&rsquo;enfant qui meurt, de l&rsquo;amour qui s&rsquo;éteint, de l&rsquo;avortement, de la maladie d&rsquo;un parent, de la jalousie qui s&rsquo;installe ou du temps qui passe et fait son oeuvre&#8230; Elle nous tend un miroir. Se sert de ce matériau autobiographique pour raconter nos vies.</p>
<p>Avec <strong>&laquo;&nbsp;Mémoire de fille&nbsp;&raquo;</strong>, elle pose la dernière pièce du puzzle de sa vie. La pièce manquante. La faille qui explique. Qui justifie. La <strong>&nbsp;&raquo; fille de 58 &laquo;&nbsp;</strong> se raconte. Enfin.</p>
<p><strong>Annie Ernaux</strong> l&rsquo;a souvent dit, écrit : ce sont les deux années passées entre ses dix-huit et ses vingt ans qui l&rsquo;ont rendue écrivain. Une période explorée, exploitée désormais. Grâce à ses souvenirs, ses impressions. Ses carnets intimes, eux, ont été brûlés par sa mère depuis longtemps.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au fil des pages,<strong> &laquo;&nbsp;la fille de 58&Prime;</strong> se laisse donc approcher. Elle s&rsquo;appelle <strong>Annie Duchesne.</strong>  Nous sommes en 1958. Elle va avoir 18 ans pendant la colonie qu&rsquo;elle a rejoint à Sées, dans l&rsquo;Orne, comme monitrice.</p>
<p>La fille de l&rsquo;épicier d&rsquo;Yvetot, libre enfin, évolue dans un univers éloigné de son lycée tenu par les soeurs. Là, elle découvre autre chose. Elle est gauche, presque niaise.</p>
<p>Choisie puis rejetée par le beau H., le moniteur en chef, elle raconte, explique la meurtrissure de cette première expérience sexuelle ratée. La honte qui en suivra. Le mépris aussi dans lequel le reste de l&rsquo;équipe va la laisser alors qu&rsquo;elle se donne aux autres garçons comme pour laver l&rsquo;affront du rejet initial.</p>
<p>Après la colonie, elle mettra deux ans à errer, à se perdre. Pas guérie. Son corps le lui dira. Cinq ans plus tard, elle rencontrera celui qui deviendra son mari.</p>
<p>Dans <strong>&laquo;&nbsp;Mémoire de fille&nbsp;&raquo;,</strong> <strong>Annie Ernaux</strong> passe du &laquo;&nbsp;je&nbsp;&raquo; au &laquo;&nbsp;elle&nbsp;&raquo; pour évoquer la fille de 58. Une distanciation qui oblige à essayer de comprendre. Et de ne pas oublier. Cette fois encore, l&rsquo;auteure du &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; frappe au coeur du lecteur. Sa conscience de classe fait mouche. Son approche sociologique aussi d&rsquo;ailleurs. Et son talent d&rsquo;écrivain fait le reste. Absolument indispensable, comme l&rsquo;ensemble de son oeuvre, d&rsquo;ailleurs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 50 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Je me passe et repasse la scène dont l&rsquo;horreur ne s&rsquo;est pas atténuée, celle d&rsquo;avoir été aussi misérable, une chienne qui vient mendier des caresses et reçoit un coup de pied. Mais ce visionnement réitéré ne vient pas à bout de l&rsquo;opacité d&rsquo;un présent disparu depuis un demi-siècle, laisse intacte et incompréhensible cette aversion d&rsquo;une autre fille à mon égard. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Ne reste que cette certitude : Annie D, la petite fille gâtée de ses parents, l&rsquo;élève brillante est, à ce moment précis, un objet de mépris et de dérision dans le regard de Monique C. et de Claude L., de tous ceux qu&rsquo;elle aurait voulu ses pairs. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong> Pages 63-64 :</strong><em>&laquo;&nbsp;La fille de 58 ne s&rsquo;offusque pas, il me semble même qu&rsquo;elle s&rsquo;en amuse, comme d&rsquo;une agressivité moqueuse usuelle à son égard. Peut-être y voit-elle une preuve supplémentaire de la fausseté de leur jugement. Il y a erreur. Elle n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;ils disent qu&rsquo;elle est. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Cette certitude, à quoi l&rsquo;attribuer aujourd&rsquo;hui ? A sa virginité, qu&rsquo;elle conserve avec détermination, à son brillant parcours scolaire, sa lecture de Sartre ? Plus que tout  : à son amour fou pour H, l&rsquo;Archange comme elle continue de l&rsquo;appeler jusque devant Claudine D – qui, le doigt sur la tempe, la traite de </em>complètement siphonnée<em> – à cette espèce d&rsquo;incorporation de lui en elle qui la tient au-dessus de la honte. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Ce n&rsquo;est pas elle, la honte, j&rsquo;en suis sûre, qui a fixé le souvenir des mots au dentifrice rouge, c&rsquo;est la fausseté de l&rsquo;insulte, de leur jugement à eux, de l&rsquo;inadéquation entre putain et elle. Je ne vois rien dans cette période qui puisse s&rsquo;appeler honte. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 149 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Il me semble aussi que j&rsquo;avais voulu revenir à S et revoir la colonie parce que j&rsquo;espérais ainsi puiser la force d&rsquo;écrire le roman que je voulais entreprendre. Une sorte de préalable nécessaire, bénéfique à l&rsquo;écriture, de geste propitiatoire – le premier d&rsquo;une série qui me fera plus tard retourner dans divers endroits – ou de prière, comme si le lieu pouvait être un obscur intercesseur entre la réalité passée et l&rsquo;écriture. Le détour par S s&rsquo;apparentait, au fond, au baiser que, à la suite des pèlerins et au grand dégoût de M. qui s&rsquo;en était gardée, j&rsquo;ai déposée sur le pied de la Vierge noire de Montserrat en formulant le voeu d&rsquo;écrire un roman.&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Mémoire de fille&nbsp;&raquo;, Annie Ernaux, Gallimard, 15€.</strong></em></p>
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		<title>Jours de dèche&#8230; et d&#8217;espoir</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2015/12/28/jours-de-deche-et-despoir/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2015/12/28/jours-de-deche-et-despoir/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 28 Dec 2015 21:02:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà un roman ancré dans son époque. Terriblement. Il y a quelques semaines, je découvrais l&#8217;auteure et journaliste Sophie Divry grâce à une libraire bretonne. Je me rappelais juste du titre de son précédent roman, &#171;&#160;La condition pavillonnaire&#160;&#187; sans rien savoir de l&#8217;univers de cette trentenaire qui vit à Lyon après avoir grandi dans la [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/DIABLE.jpg" rel="lightbox[3392]"><img class="alignleft size-full wp-image-3393 colorbox-3392" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/DIABLE.jpg" alt="DIABLE" width="250" height="391" /></a></p>
<p>Voilà un roman ancré dans son époque. Terriblement.</p>
<p>Il y a quelques semaines, je découvrais l&rsquo;auteure et journaliste <strong>Sophie Divry</strong> grâce à une libraire bretonne. Je me rappelais juste du titre de son précédent roman, <strong>&laquo;&nbsp;La condition pavillonnaire&nbsp;&raquo;</strong> sans rien savoir de l&rsquo;univers de cette trentenaire qui vit à Lyon après avoir grandi dans la région de Montpellier.</p>
<p>Comme <strong>Sophie</strong>, le personnage principal de son nouvel opus – son quatrième roman – <strong>&laquo;&nbsp;Quand le diable sortit de la salle de bain&nbsp;&raquo;</strong>.</p>
<p>L&rsquo;histoire ? C&rsquo;est donc celle de<strong> Sophie</strong>. Une jeune femme bien née en fin de droit. Elle a changé de vie, perdu son boulot, a choisi de devenir écrivain, s&rsquo;est retrouvée seule&#8230; et sans ressources. Déclassée, elle vit aujourd&rsquo;hui dans un studio de 12 m2 et panique à l&rsquo;arrivée de la moindre facture. Pour se calmer, il lui arrive de s&rsquo;allonger et de regarder le plafond.</p>
<p>Entre petites combines et grosses galères, elle essaye de garder la tête hors de l&rsquo;eau. Sans renoncer à son rêve d&rsquo;écriture. Pas simple.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-3392"></span></p>
<p>Autour d&rsquo;elle, une vieille dame, un ami et voisin <strong>Hector</strong> qui ne pense qu&rsquo;à échafauder des plans pour pouvoir mettre l&rsquo;une de leurs voisines dans son lit. Il y a aussi <strong>Lorchus, l</strong>e diable en personne, qui vient régulièrement empoisonner ses pages et son histoire. Et puis il y a sa mère, ses six frères qu&rsquo;elle retrouve lors du baptême de l&rsquo;un des neveux, son futur patron&#8230;</p>
<p>Autour de cela, un dispositif littéraire. Tandis que la fermeture sociale et économique autour de Sophie s&rsquo;aggrave, tandis qu&rsquo;elle s&rsquo;isole et qu&rsquo;elle n&rsquo;appelle pas à l&rsquo;aide, les mots s&rsquo;amusent et s&rsquo;ouvrent au maximum. Jouent avec la typographie.  Ils changent de taille et/ou de police. Il y a aussi sa mère, qui, bien qu&rsquo;absente, intervient très souvent au fil des pages. <strong>&laquo;&nbsp;J&rsquo;ai voulu m&rsquo;amuser&nbsp;&raquo;</strong>, explique l&rsquo;auteure dans une interview. On la suit. Jusqu&rsquo;au bout.</p>
<p><!--more--></p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Pages 16-17 : </strong><em>&laquo;&nbsp;A qui la faute ? Aux ampoules ? Aux plaques de cuisson ? A la bouilloire ? Au chauffe-eau ? A la box ? Mon appartement est tout électrique. Le mois de janvier avait été particulièrement rude. La Saône avait gelé. Le quartier entier s&rsquo;était figé sous le froid, un brouillard glacial interdisant le moindre mouvement  ; seules des fumées blanches s&rsquo;échappaient des toits, preuve, pour certains, du secours d&rsquo;un chauffage central, et, dans ce paysage tétanisé, ces fumerolles semblaient comme autant de drapeaux blancs demandant grâce à l&rsquo;hiver. Quatre mois plus tard, alors que le printemps est censé ramener de la joie au coeur, je fusillai du regard mes convecteurs qui, indifférents à mes difficultés, hibernaient sous la poussière. Salauds de radiateurs. 300-260=40. Affolé par cette simplissime et répétée soustraction, mes esprit essayait de nier l&rsquo;évidence du résultat. Il recalculait sans cesse, espérant qu&rsquo;apparaisse un autre monde, afin d&rsquo;éviter la question d&rsquo;après  : comment faire pour tenir dix jours avec quarante euros ?&nbsp;&raquo;</em><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 97 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Le lendemain, je me dis que l&rsquo;heure n&rsquo;était plus à trouver du travail, mais de l&rsquo;argent. Alors je fis ce que tout le monde aurait fait à ma place : j&rsquo;allumai mon ordinateur. Via le site PriceMinister, j&rsquo;avais vendu de nombreuses affaires du temps de mon Grand Exode. Le Grand Exode est le moment où je me suis arrachée à ma vie précédente. Chacun a dans son coeur son après-guerre, sa Libération ; chacune a vécu sa sortie d&rsquo;Egypte, son New Deal, sa Grande Dépression ; chaque biographie personnelle peut s&rsquo;écrire de la même manière qu&rsquo;un livre d&rsquo;histoire, avec ses périodes glaciaires et ses révolutions.&nbsp;&raquo;<strong><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 150 : </strong><em>&laquo;&nbsp;– Alors, la Lyonnaise, pas trop débordée ?<strong><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: left"><em>Je répondis que oui, ça allait, il faisait beau à Lyon, le printemps était arrivé. Je ne voulais pas m&rsquo;étendre. La seule chose qui me tracassait vraiment, c&rsquo;était de savoir si Hector allait bien relever mon courrier. Je lui avais laissé le double de mes clefs, cinquante centimes pour la photocopie de mon bulletin de salaire, ainsi qu&rsquo;une enveloppe timbrée à l&rsquo;adresse de Pôle emploi ; mais, comme je ne pouvais pas parler de ça sans déclencher des mines sombres, je parlai d&rsquo;autres choses, je bottai en touche, je semelai en coin, je fis diversion, j&rsquo;éludai les sujets graves, je donnai le change, je changeai de sujet, je fifoulai dans le flou, je vis une issue, je sus m&rsquo;en sortir, je sortis une blague, je blablatai un truc, je truculai une miche, je rapilassai les oustilles, je réformai la canicule, je décoinçai une tiche, je libérai la calichane, je diversifiai la trinitaire, je décalibrai les stations, je déformaila mandibule, j&rsquo;anecdotiquai dans la couture, je modulai la déraison, je renouvelai la juvamine, je fluctuai dans le décile, je remaniai la glycine, je déguisai l&rsquo;alter égo, je respirai la ventoline, je modifiai la chambardine, je glorifiai la mutation, je barbotai dans le trouble, je pinaillai la tentacule, je témoignai des zozottiers, je donnai dans le leurre, je démembrai le pointillé, je rigotai la suspension, et chaque fois il me fallait trouver une autre idée, car, comme vous le savez, j&rsquo;ai six frères et chacun me demandait : </em></p>
<p style="text-align: left"><em>– Qu&rsquo;est-ce que tu racontes ? </em></p>
<p style="text-align: left"><em>– Quoi de neuf ? </em></p>
<p style="text-align: left"><em>Rien de neuf, hélas.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;Quand le diable sortit de la salle de bain&nbsp;&raquo;, Sophie Divry, Les éditions Noir sur blanc, 18€.</strong></em></p>
</blockquote>
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		<item>
		<title>Après ça, Eddy s&#8217;est évadé&#8230;</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2014/02/10/apres-ca-eddy-sest-evade/</link>
		<comments>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2014/02/10/apres-ca-eddy-sest-evade/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2014 14:35:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sélection Prix Roblès 2014 Voilà un roman dont tout le monde parle&#8230; Avec &#171;&#160;En finir avec Eddy Bellegueule&#160;&#187;, celui qui s&#8217;appelle désormais Edouard Louis a braqué les lumières sur lui. Et sur sa vie. Celle d&#8217;avant. Quitte à créer de l&#8217;incompréhension et de la colère parmi ses proches, sa mère et ses frères et soeurs [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/EDDY-OK.jpg" rel="lightbox[2342]"><del><em></em></del><img class="alignleft  wp-image-2361 colorbox-2342" style="margin: 10px" alt="EDDY OK" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/EDDY-OK.jpg" width="205" height="300" /></a></p>
<p><strong><span style="color: #008000">Sélection Prix Roblès 2014</span></strong></p>
<p>Voilà un roman dont tout le monde parle&#8230; Avec <strong>&laquo;&nbsp;En finir avec Eddy Bellegueule&nbsp;&raquo;</strong>, celui qui s&rsquo;appelle désormais <strong>Edouard Louis</strong> a braqué les lumières sur lui. Et sur sa vie. Celle d&rsquo;avant. Quitte à créer de l&rsquo;incompréhension et de la colère parmi ses proches, sa mère et ses frères et soeurs qui vivent à Hallencourt, dans la Somme (lire ici à ce sujet l&rsquo;article du <strong><a href="http://www.courrier-picard.fr/region/les-deux-visages-d-eddy-bellegueule-ia0b0n306422">Courrier Picard</a></strong>). Son père, lui, ne lui adresse plus la parole depuis plusieurs années déjà.</p>
<p><strong>Edouard Louis</strong>, autrefois <strong>Eddy Bellegueule</strong> a, dans ce premier roman, raconté sa vie. Celle d&rsquo;un gamin trop efféminé pour être accepté dans un village picard où<em> &laquo;&nbsp;faut être un dur&nbsp;&raquo;</em>. Tout le temps. Celle d&rsquo;un enfant et d&rsquo;un adolescent qui se sait différent ( sans mettre encore un nom sur son homosexualité), contraint d&rsquo;évoluer dans une famille pauvre, au bord du quart-monde. Sans beaucoup d&rsquo;éducation ni d&rsquo;avenir autre que celui des femmes et des hommes du village avant lui. Les mères au supermarché, les pères à l&rsquo;usine, dans le meilleur des cas.</p>
<div id="attachment_2355" style="width: 373px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/edouard-louis-bellegueule_4717665.jpg" rel="lightbox[2342]"><img class=" wp-image-2355  colorbox-2342" style="margin: 10px" alt="Photo Seuil" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/edouard-louis-bellegueule_4717665.jpg" width="363" height="162" /></a><p class="wp-caption-text">Photo Seuil</p></div>
<p><strong>Edouard Louis</strong> a 21 ans. Ce jeune Normalien à l&rsquo;allure raffinée, signe là son premier roman, pas son premier livre. L&rsquo;an dernier, il publiait en effet <em>&laquo;&nbsp;Pierre Bourdieu : l&rsquo;insoumission en héritage&nbsp;&raquo;</em>. Déjà l&rsquo;occasion de mieux comprendre la filiation que s&rsquo;est inventée le jeune homme qui a dédicacé son roman à<strong> Didier Eribon</strong>. Un autre signe. <strong>Didier Eribon</strong>, sociologue et philosophe, est notamment l&rsquo;auteur de <strong>&laquo;&nbsp;Retour à Reims&nbsp;&raquo;</strong>, un récit fort. L&rsquo;auteur, qui a fui à 20 ans, sa mère femme de ménage et son père manoeuvre revient sur son passé, et dans sa ville. Et révèle qu&rsquo;il est né pauvre.  Une honte sociale qu&rsquo;il occultera longtemps, il doit déjà assumer son homosexualité. Un schéma qui résonne particulièrement aux oreilles d&rsquo;E<strong>douard Louis.</strong></p>
<p><span id="more-2342"></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;histoire? C&rsquo;est donc celle d&rsquo;<strong>Eddy</strong>. Une enfant au milieu de quatre autres et de ses parents. Celle de la pauvreté au quotidien dans une maison trop humide, de la bêtise aussi, des a-priori et des schémas qu&rsquo;on reproduit. Celle d&rsquo;un combat aussi. Celui d&rsquo;Eddy à vouloir faire comme les autres, pour faire oublier sa différence.  Pendant des années, il va s&rsquo;évertuer à faire comme son milieu le lui demande, le lui commande. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ensuite qu&rsquo;il prendra la fuite. Après trop de coups, d&rsquo;abus sexuels aussi.</p>
<p><strong>Edouard Louis</strong> utilise deux langages pour montrer son cheminement. Le sien, celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;un jeune homme qui vit à Paris et étudie au milieu des livres et des penseurs. Et puis l&rsquo;autre, celui de sa mère, de son père, de sa fratrie et de son entourage. Celui de la pauvreté et d&rsquo;absence d&rsquo;ouverture sur le monde qu&rsquo;il écrit &laquo;&nbsp;en italique&nbsp;&raquo;. Le jeune auteur alimente de  toute cette violence ressentie et vécue un espace littéraire. <em><strong>&laquo;&nbsp;C&rsquo;était moi avant que je le tue&nbsp;&raquo;, explique l&rsquo;auteur.</strong> </em></p>
<p><strong> Découvrez Edouard Louis sur France 5 dans l&rsquo;émission &laquo;&nbsp;La grande librairie&nbsp;&raquo; :<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center"><iframe width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/tWxMe7jvUOU?feature=oembed" frameborder="0" allow="autoplay; encrypted-media" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 59 :</strong><em>&laquo;&nbsp;Il y a ma mère. Elle ne voyait pas ce qui m&rsquo;arrivait au collège. Elle me posait parfois des questions d&rsquo;un air détaché et distant pour savoir comment s&rsquo;était passée ma journée. Elle  ne le faisait pas souvent, ça ne lui ressemblait pas. C&rsquo;était une mère presque malgré elle, ces mères qui ont été mères trop tôt. Elle avait dis-sept ans, elle est tombée enceinte. Ses parents lui ont dit que ce n&rsquo;était pas prudent ni très adulte comme comportement </em>T&rsquo;aurais pu faire plus gaffe. Elle a dû interrompre son CAP cuisine et sortir du système scolaire sans diplôme<em> </em>J&rsquo;ai dû arrêter mes études, pourtant j&rsquo;avais des capacités, j&rsquo;étais très intelligence, et j&rsquo;aurais pu faire des grandes études, continuer mon CAP et des des autres trucs après.</p>
<p style="text-align: left"><em>Tout se passe comme si, dans le village, les femmes faisaient des enfants pour devenir des femmes, sinon elles n&rsquo;en sont pas vraiment. Elles sont considérées comme des lesbiennes, des frigides.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 107 :</strong><em> &laquo;&nbsp;Chez mes parents nous ne dînions pas, nous mangions. La plupart du temps, même, nous utilisions le verbe </em>bouffer<em>. L&rsquo;appel quotidien de mon père </em>C&rsquo;est l&rsquo;heure de bouffer<em>. Quand des années plus tard je dirai dîner devant mes parents, ils se moqueront de moi</em> Comment il parle l&rsquo;autre, pour qui il se prend. Ca y est il va à la grande école il se la joue au monsieur, il nous sort sa philosophie<em>.</em></p>
<p style="text-align: left"><em>Parler philosophie, c&rsquo;était parler comme la classe ennemie, </em>ceux qui ont les moyens, les riches<em>. Parler comme ceux-là qui ont la chance de faire des études secondaires et supérieures et, donc, d&rsquo;étudier la philosophie. Les autres enfants, ceux qui </em>dînent<em>, c&rsquo;est vrai, boivent des bières parfois, regardent la télévision et jouent au football. Mais ceux qui jouent au football, boivent des bières et regardent la télévision ne vont pas au théâtre. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 197 :</strong><em>&laquo;&nbsp;La fuite était la seule possibilité qui s&rsquo;offrait à moi, la seule à laquelle j&rsquo;étais réduit. </em></p>
<p style="text-align: left"><em>J&rsquo;ai voulu montrer ici comment ma fuite n&rsquo;avait pas été le résultat d&rsquo;un projet depuis toujours présent en moi, comme si j&rsquo;avais été un animal épris de liberté, comme si j&rsquo;avais toujours voulu m&rsquo;évader, mais au contraire comment la fuite a été la dernière solution envisageable après une série de défaites sur moi-même. Comment la fuite a d&rsquo;abord été vécue comme un échec, une résignation. A cet âge, réussir aurait voulu dire être comme les autres. J&rsquo;avais tout essayé.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="color: #0000ff">Mon avis</span></strong></p>
</blockquote>
<p style="text-align: left"><span style="color: #0000ff">Ce livre, annoncé comme un roman, est dérangeant. Je l&rsquo;ai lu d&rsquo;une traite. Avec un côté un peu voyeur sûrement. Avec l&rsquo;envie aussi de savoir jusqu&rsquo;où Eddy-Edouard était prêt à raconter ce qu&rsquo;il a vécu. Ce livre est un témoignage percutant mais qui ne laisse aucune chance à sa famille. Ni par les mots, ni par les gestes. Certains crient à la caricature, Edouard Louis a joué sa vie. Moi, j&rsquo;ai refermé ce roman avec un sentiment ambivalent. A vous de vous faire votre avis.<br />
</span></p>
<p style="text-align: left"><em><strong>&laquo;&nbsp;En finir avec Eddy Bellegueule&nbsp;&raquo;, d&rsquo;Edouard Louis, Seuil, 17€.</strong> </em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le meilleur des jours</title>
		<link>http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2013/03/23/le-meilleur-des-jours/</link>
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		<pubDate>Sat, 23 Mar 2013 16:24:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[vanina]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Kesketuli ?]]></category>
		<category><![CDATA[Venus d'ailleurs]]></category>
		<category><![CDATA[autofiction]]></category>
		<category><![CDATA[Behrouz]]></category>
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		<category><![CDATA[Yassaman Montazami]]></category>

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		<description><![CDATA[Encore un premier roman ? Et pourquoi pas. Les derniers exemples étaient plutôt intéressants. Continuons ! Cette fois, nous suivons Yassaman Montazami,auteure de &#171;&#160;Le meilleur des jours&#160;&#187;, publié chez Sabine Wespieser éditeur, cette maison d&#8217;édition indépendante qui, depuis, dix ans, s&#8217;est construit un intéressant catalogue. Yassaman Montazami,  qui vit en France depuis 1974, est née [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un premier roman ? Et pourquoi pas. Les derniers exemples étaient plutôt intéressants. Continuons ! Cette fois, nous suivons <strong>Yassaman Montazami</strong>,auteure de <strong>&laquo;&nbsp;Le meilleur des jours&nbsp;&raquo;</strong>, publié chez <a title="Découvrez le site de la maison d'édition" href="http://www.swediteur.com/"><strong>Sabine Wespieser éditeur</strong></a>, cette maison d&rsquo;édition indépendante qui, depuis, dix ans, s&rsquo;est construit un intéressant catalogue.</p>
<p><strong><a href="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2013/03/23/le-meilleur-des-jours/c_le-meilleur-des-jours_1346/" rel="attachment wp-att-1540"><img class="alignleft  wp-image-1540 colorbox-1533" style="margin: 10px" alt="C_Le-Meilleur-des-jours_1346" src="http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/files/C_Le-Meilleur-des-jours_1346.jpeg" width="120" height="157" /></a>Yassaman Montazami, </strong> qui vit en France depuis 1974, est née à Téhéran en 1971. Docteur en psychologie, elle a travaillé de nombreuses années auprès de réfugiés politiques et a enseigné à l’université Paris VII. Elle exerce actuellement en milieu hospitalier.</p>
<p>Dans <strong>&laquo;&nbsp;Le meilleur des jours&nbsp;&raquo;</strong>, elle raconte la vie d&rsquo;un personnage de fiction fortement inspiré par son propre père, <strong>Behrouz,</strong> ce qui signifie &laquo;&nbsp;le meilleur des jours&nbsp;&raquo;, en persan. D&rsquo;où le titre de ce court roman.</p>
<p><strong>Behrouz</strong>, c&rsquo;est un enfant né prématurément dans une famille d&rsquo;Iran cossue. Behrouz, cet éternel étudiant, adulé par sa mère. Un intellectuel fantasque mais fragile assez éloigné des contingences du quotidien.</p>
<p>La preuve ? Il n&rsquo;a jamais travaillé, entretenu jusqu&rsquo;à la fin par l&rsquo;argent de sa mère. Un point commun qu&rsquo;il partageait avec le personnage de sa thèse jamais achevée, Karl Marx. <strong>&nbsp;&raquo; Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas&nbsp;&raquo;, affirmait mon père. Cet état de fait lui paraissait logique : on ne pouvait pas oeuvrer à l&rsquo;abolition du salariat et être salarié – c&rsquo;était incompatible&nbsp;&raquo;,</strong> écrit l&rsquo;auteure.</p>
<p><span id="more-1533"></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Autre caractéristique de ce personnage atypique : il avait déjà quitté son pays avant la révolution de 1979. C&rsquo;est de Paris qu&rsquo;il a vécu le changement de régime et ses dommages collatéraux. Et il en a honte. Pour se racheter, il accueille des réfugiés qu&rsquo;ils soient militants communistes ou épouse de colonel&#8230;</p>
<p><strong>L&rsquo;auteure évoque le personnage inspiré par son père</strong></p>
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<p style="text-align: center"><strong>Extraits</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><strong>Page 17</strong> :<em> &laquo;&nbsp;A compter de ce jour, convaincue que sa survie dépendrait uniquement des soins qu&rsquo;elle et elle seule pourrait lui prodiguer, Rosa exerça sur l&rsquo;enfant une attention de chaque instant, qui ne tarda pas à tourner à la persécution. Elle était littéralement obsédée par les repas du petit, leur confection, leur présentation et, en dernier, lieu, leur ingestion. [&#8230;] Faire manger son fils était devenu son unique préoccupation&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 51 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;A force d&rsquo;entendre toutes ces histoires, il m&rsquo;était apparu qu&rsquo;un vrai Iranien était nécessairement un fugitif. Aussi m&rsquo;arrivait-il quelquefois de regretter que nous nous soyons installés en France avant la révolution : nous n&rsquo;avions pas pu mettre à l&rsquo;épreuve notre endurance et notre courage – nous connaissions l&rsquo;exil, mais nous n&rsquo;avions pas connu l&rsquo;exode.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: left"><strong>Page 97 :</strong> <em>&laquo;&nbsp;Le relatif assouplissement politique du régime islamique par suite de l&rsquo;élection du président réformateur Mohammad Khatami en 1997 fut le première raison pour laquelle, quand il se sépara de ma mère, mon père choisit de retourner en Iran, où il n&rsquo;avait plus posé les pieds depuis près de vingt ans, plutôt que de rester à Paris, ville qui était en outre irrémédiablement associée à l&rsquo;échec de son mariage et à celui de sa thèse. Après plusieurs semaines d&rsquo;insouciance en compagnie de Bibi, dont les élans passionnés l&rsquo;enivrèrent commun un jeune homme vivant son premier grand amour, il partit à la recherche de ses vieux amis communistes, dont il n&rsquo;avait cessé, deux décennies durant, de recevoir de tragiques nouvelles : comme il l&rsquo;aurait été s&rsquo;il n&rsquo;avait pas quitté Téhéran six mois avant la Révolution, la plupart avait été arrêtés, emprisonnés et torturés sous l&rsquo;accusation de faits de subversion, de complot contre l&rsquo;Etat ou de collusion avec l&rsquo;étranger.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="color: #0000ff">Mon avis</span></strong></p>
<p style="text-align: left"><span style="color: #0000ff">Pour tout vous dire, c&rsquo;est la quatrième de couverture ( on ne se refait pas !) qui m&rsquo;a donné envie de lire ce premier roman. Un court livre de 138 pages qui ne pas cependant pas laissé de souvenir impérissable. On a du mal à s&rsquo;attacher aux personnages. Ils manquent peut-être un peu de profondeur. Dommage ! Avec Persepolis, Marjane Satrapi nous avait plongés dans l&rsquo;Iran en révolution. Là, on l&rsquo;observe de loin. De Paris. Un bel hommage cependant à celui que l&rsquo;auteure a chéri tout au long de sa vie. Malgré des faiblesses et ses contradictions.</span></p>
<p style="text-align: left"><em><strong><span style="color: #000000">&laquo;&nbsp;Le meilleur des jours&nbsp;&raquo;, de Yassaman Montazami, Sabine Wespieser éditeur, 15€.</span></strong></em></p>
</blockquote>
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